Un procureur allemand corrompu refait surface dans un vaste dossier de cocaïne lié à Anvers

Le parquet a requis 27 ans de prison contre Othman El Ballouti, présenté comme le parrain du trafic de cocaïne anversois. De Morgen révèle qu'un procureur allemand corrompu est apparu dans un dossier connexe.

Un procureur allemand corrompu refait surface dans un vaste dossier de cocaïne lié à Anvers

Le parrain anversois, 16 tonnes de cocaïne et un magistrat sous influence

La semaine dernière, Othman El Ballouti, présenté comme le discret « patron » de la mafia de la drogue anversoise, a comparu devant le tribunal pour l'importation de plus de 11 tonnes de cocaïne. Le parquet a requis 27 ans d'emprisonnement à son encontre. Lui affirme n'être qu'un « mythe » fabriqué par la presse. De Morgen rapporte que la presse allemande avait également fait le déplacement pour suivre l'audience.

Un suspect moins médiatisé, mais redouté

El Ballouti, 38 ans, originaire de Borgerhout, jouit d'un profil plus discret que ses homologues Nordin El Hajjioui ou Flor Bressers. Son entourage a pourtant connu une violence extrême : son frère Younes a été kidnappé par des criminels parisiens, et sa nièce de 11 ans, Firdaous, a été tuée dans un attentat. Ces éléments expliquent en partie pourquoi il est moins exposé médiatiquement, tout en étant estimé, selon les autorités, à un niveau supérieur en termes de fortune et de position.

Le dossier hambourgeois et Sebastian Marset

L'intérêt des médias allemands s'explique par une affaire parallèle : en Allemagne, une enquête distincte porte sur la saisie de 16 tonnes de cocaïne, interceptées début 2021 dans le port de Hambourg. Plusieurs figures de l'entourage d'El Ballouti apparaissent dans ce dossier, dont le fugitif Youssef Ben Azza. Ce chargement aurait été expédié par Sebastian Marset, un baron du cartel uruguayen récemment arrêté en Bolivie, que les services américains décrivent comme un partenaire commercial d'Othman El Ballouti.

Un procureur sur la masse salariale des trafiquants

C'est dans ce même dossier des 16 tonnes que surgit le cas du procureur Yashar G., chargé de l'enquête sur l'organisation importatrice. Selon De Morgen, il touchait en parallèle 5 000 euros par mois pour transmettre des informations sensibles aux suspects, les alertant notamment sur des arrestations imminentes afin qu'ils puissent prendre la fuite. En Allemagne, la révélation a provoqué un véritable choc : la corruption au sein de la police ou de la magistrature est perçue là-bas comme un phénomène étranger.

La Belgique n'est pas à l'abri

L'enquête SKY ECC a mis au jour plusieurs cas de corruption en Belgique, mais le nombre d'agents ou de magistrats ayant collaboré avec le crime organisé reste limité, et aucun haut fonctionnaire n'y a figuré — contrairement à ce qui s'est produit en Allemagne.

Pourtant, la corruption dans les parquets belges n'est pas inexistante. Des années auparavant, un magistrat du parquet d'Anvers avait été entendu dans le cadre de l'enquête sur Marc De Schutter, escroc et suspect de meurtre décédé depuis. Ce substitut du procureur entretenait des liens si étroits avec le criminel qu'il avait été interrogé dans l'affaire de la disparition de la compagne de De Schutter, Vera Van Laer.

De Schutter serait mort aux Philippines en 2017, emportant avec lui le scandale naissant. Le procès d'assises prévu n'a jamais eu lieu. Quant au magistrat mis en cause, il a été élevé il y a quelques semaines au rang de commandeur dans l'Ordre de Léopold, à titre de substitut du procureur du Roi honoraire.

Source: De Morgen