Procès Falzone : l'avocat plaide l'assassinat, Paolo Falzone avait 22 secondes pour agir
Me Mayence soutient que Paolo Falzone a délibérément foncé sur le cortège carnavalesque, tuant le gille Frédéric D'Andrea. Il réclame sept condamnations pour meurtre et 81 tentatives.

Procès Falzone devant la cour d'assises : la thèse de l'assassinat prémédité
Selon DHnet, Me Jean-Philippe Mayence a développé une plaidoirie offensive devant la cour d'assises, soutenant que Paolo Falzone était animé d'une intention homicide au moment où sa BMW a percuté le cortège carnavalesque. L'avocat réclame que l'accusé réponde de sept meurtres et de 81 tentatives de meurtre.
Pour le décès du gille Frédéric D'Andrea, Me Mayence va plus loin : il qualifie les faits d'assassinat, estimant qu'ils présentent un caractère prémédité. Il rejette fermement la thèse de la défense, qui invoque un homicide involontaire résultant d'un défaut de prévoyance ou de précaution.
« Quand c'est un accident, on s'arrête et on porte secours. Ce n'est pas ce qui s'est passé ici », a-t-il affirmé devant les jurés.
La vidéo du compteur, pièce maîtresse de l'accusation
La qualification retenue pour le décès de Frédéric D'Andrea a été renforcée après la découverte d'une vidéo montrant Paolo Falzone filmant son compteur quelques secondes avant l'impact. Cette séquence démontre, selon Me Mayence, que l'accusé avait menti sur les circonstances : il roulait à vitesse excessive tout en portant son attention sur son téléphone.
L'avocat décrit, avant l'impact, un conducteur qui transforme sa voiture en « arme » : véhicule modifié, utilisé en mode sport, conduit à des vitesses qualifiées d'« astronomiques » sur un trajet que Paolo Falzone connaissait parfaitement, fréquenté par des riverains et soumis à des limitations de vitesse.
Au moment de l'impact, la BMW circulait à environ 105 km/h. Me Mayence affirme que l'accusé disposait du temps nécessaire pour éviter la collision : il aurait aperçu la foule mais n'aurait freiné qu'une seconde avant le choc, sans effectuer la moindre manœuvre d'évitement. Après l'impact, le conducteur aurait poursuivi sa route malgré la présence de victimes sur et dans son véhicule — ce que l'avocat interprète comme la continuité de l'intention homicide.
Vingt-deux secondes de silence dans la salle d'audience
Le cœur de la démonstration de Me Mayence repose sur une séquence temporelle précise. Entre le point où Paolo Falzone a aperçu la foule et le freinage qui a provoqué la chute du gille, vingt-deux secondes se sont écoulées. « La jurisprudence considère que le temps n'est pas un élément déterminant », a rappelé l'avocat, avant de marquer un silence de vingt-deux secondes dans la salle d'audience — le même laps de temps qu'au moment des faits.
L'expert cité par la partie civile n'a relevé aucune trace de panique. « Il a eu le geste parfait », a souligné Me Mayence en reprenant ses conclusions. Puis le véhicule a roulé sur la victime.
« Il a délibérément choisi de rouler sur le gille alors qu'il avait le temps de changer d'avis », a lancé l'avocat.
Plusieurs déclarations de l'accusé lui-même ont été rappelées à l'appui de cette thèse. À un policier, Paolo Falzone avait confié avoir tué un gille. Devant la cour, interrogé par Me Mayence, il a également reconnu avoir voulu « éviter » le gille — une formulation que l'avocat juge révélatrice d'une pleine conscience de la présence de la victime. La reconstitution et les témoignages, dont celui du juge d'instruction, ont en outre établi que le gille était clairement visible. « C'est une certitude qu'il l'a vu », a martelé Me Mayence.
Enfin, la partie civile s'est interrogée sur la raison du freinage à cet endroit précis. « Aucune raison », a répondu l'expert. Pour illustrer l'impossibilité d'entendre l'avertissement sonore d'un gille, Me Mayence a diffusé une vidéo en silence total avant de secouer une apertintaille devant les jurés.
Antonino Falzone : la thèse du sommeil écartée
L'avocat n'a pas davantage ménagé Antonino Falzone, passager de la BMW. Me Mayence conteste fermement la version selon laquelle ce dernier dormait au moment de l'impact.
Il s'appuie sur plusieurs éléments : Paolo Falzone a déclaré à plusieurs reprises que les deux hommes étaient en train de discuter avant le drame ; le bruit généré par la vitesse et le mode sport activé rendaient le sommeil peu plausible ; les données téléphoniques du dossier seraient, selon lui, incompatibles avec un état de sommeil.
« Il s'associe totalement à ce que l'autre fait », a soutenu Me Mayence, estimant qu'Antonino Falzone suivait l'évolution de la vitesse affichée au compteur. L'avocat a également évoqué une vidéo enregistrée peu avant le drame, dans laquelle une voix prononce « oh, oh » : si cette voix est celle d'Antonino Falzone, cela constituerait un élément supplémentaire établissant qu'il était éveillé.
Une plaidoirie achevée au bord des larmes
La chambre du conseil puis la chambre des mises en accusation avaient déjà retenu sept meurtres et 81 tentatives de meurtre, estimant que le dossier contenait suffisamment d'éléments pour justifier un renvoi devant la cour d'assises. Me Mayence a rappelé que plusieurs magistrats étaient parvenus à cette même conclusion avant lui.
« Il a réfléchi aux gestes à poser. Et il les a posés », a-t-il conclu, après avoir terminé sa plaidoirie au bord des larmes, remerciant l'assistance pour sa « leçon de vie ».
Source: DHnet