Affaires de viol relancent le débat sur les peines : « Je sens encore ses mains sur moi »

Deux affaires de viol collectif, l'une à Geel, l'autre à Kortrijk, soulèvent une vague d'indignation en Belgique face à des peines jugées trop légères.

Affaires de viol relancent le débat sur les peines : « Je sens encore ses mains sur moi »

Des verdicts controversés attisent la colère en Belgique et au Royaume-Uni

« Inacceptable. Si le Royaume-Uni peut réviser une peine similaire parce qu'elle est trop clémente, nous pouvons faire de même ici. » C'est en ces termes que De Morgen rapporte la réaction de nombreux citoyens à la suite d'une grave affaire de viol à Kortrijk, révélée vendredi.

Une fille de quatorze ans y avait été attirée à plusieurs reprises dans un bois par son petit ami, puis violée par un groupe de garçons. Les auteurs, des mineurs âgés de 11 à 16 ans, ont écopé de peines avec sursis — une décision accueillie avec indignation par une large partie de l'opinion publique.

Cette affaire intervient quelques jours après qu'un verdict concernant un viol collectif commis à Geel en 2021 avait lui aussi suscité une vive indignation sur les réseaux sociaux. La victime, une jeune fille alors âgée de 15 ans, avait été invitée dans une « mancave » à Geel pour regarder le match de l'Euro entre la Belgique et l'Italie.

À son arrivée, on lui avait servi une boisson après laquelle elle s'était sentie très étourdie. Le lendemain matin, elle ressentait des douleurs et constatait des suçons sur l'ensemble de son corps, sans pouvoir se souvenir de ce qui s'était passé.

Ce n'est que deux ans plus tard, en visionnant une vidéo qui circulait en ligne, qu'elle a découvert la vérité. Les images la montraient allongée, sans mouvement, sur un lit, tandis qu'un des garçons criait : « C'est où le préservatif, man ? » Sans cet enregistrement, elle n'aurait jamais appris ce qui lui avait été infligé.

Deux auteurs, qui avaient tout juste 18 ans au moment des faits, ont été condamnés à trois ans de prison avec sursis. Un troisième, encore mineur à l'époque, a été jugé par le tribunal de la jeunesse.

Un écho britannique

Les faits belges résonnent avec une affaire qui secoue actuellement le Royaume-Uni. Trois garçons — âgés de 13 et 14 ans au moment des faits — avaient attiré des filles dans des pièges pour les violer. Dans un cas, une victime avait été menacée avec un couteau. Là aussi, les auteurs avaient tout filmé ; on les entend sur les images s'encourager mutuellement.

L'annonce d'une peine de « youth rehabilitation order » — un suivi éducatif — a choqué de nombreux Britanniques. Le parquet a fait appel du jugement, sans que la peine soit pour autant révisée à ce stade.

Une des victimes a confié à la BBC l'ampleur des séquelles. « Je sens leurs mains sur mon corps en permanence », a-t-elle déclaré. « Même si je me frotte fort, cette sensation ne part pas. Mon corps ne m'appartient plus. » Elle décrit des insomnies et des « flashbacks vivaces » qui l'empêchent d'étudier, avec une chute notable de ses résultats scolaires.

Son père estime que le tribunal lui a infligé une profonde injustice : sa fille purgerait en quelque sorte une « peine à vie », tandis que ses agresseurs échappent à toute incarcération.

Des cicatrices qui durent

Ce sentiment d'injustice est partagé par d'autres victimes de viol. « Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à ce qu'on m'a fait il y a quinze ans », témoigne Lore Baeten, qui a raconté son expérience dans un livre. « Quelque chose me le rappelle constamment. »

Lorsque des images des faits existent, les conséquences sont selon elle doublement lourdes. L'avocat de la victime de Geel, Alek Dom, confirme que sa cliente a été harcelée après la diffusion de la vidéo. « Elle a eu énormément de difficultés au lycée », précise Dom. « Elle n'a pas poursuivi ses études dans la région de Geel, de peur d'être reconnue. »

Entre sévérité et réinsertion

L'indignation suscitée par ces affaires révèle une tension profonde dans la société. Si la sensibilité collective aux violences sexuelles a nettement progressé, beaucoup estiment que les auteurs de faits graves s'en tirent trop facilement.

Liesbet Stevens, professeure de droit pénal sexuel à la KU Leuven, appelle toutefois à nuancer. Après une longue peine de prison — et trois ans en est une selon elle — la réintégration des condamnés dans la société devient beaucoup plus difficile. C'est pourquoi les juges privilégient souvent l'accompagnement et la thérapie. Le même raisonnement s'applique aux auteurs mineurs.

Une peine avec sursis conserve selon elle un fort effet dissuasif. « C'est une épée de Damoclès qui pèse en permanence sur le condamné », explique Stevens. « Dès qu'il ne respecte pas les conditions, il doit purger ses trois ans. »

Stevens formule cependant des réserves. La durée maximale du sursis est de cinq ans — soit précisément ce qu'ont obtenu les condamnés de Geel —, après quoi cette pression disparaît. « Je pense qu'il serait préférable de permettre une durée plus longue », dit-elle. « Mais cela nécessite une modification de la loi. »

Elle soulève également la question des indemnisations. Si les montants accordés aux victimes de violences sexuelles sont globalement en hausse, ils restent selon elle insuffisants. Dans l'affaire de Geel, la victime reçoit 12.500 euros.

« Cela peut sembler beaucoup, mais il faut tenir compte du fait que les victimes ont souvent besoin d'une thérapie pendant des années », souligne Stevens. « Des entreprises spécialisées peuvent faire retirer des images abusives d'internet, mais elles pratiquent des tarifs élevés. Les coûts pour les victimes peuvent ainsi s'accumuler rapidement. »

Source: De Morgen