Cartel de Sinaloa exige le silence de ses distributeurs québécois avant le procès
Un ex-avocat arrêté à Montréal avec 40 kg de cocaïne devait prouver son silence aux «boss du Mexique». Le cartel de Sinaloa réclamait l'accès aux dossiers judiciaires canadiens.

Ex-avocat et cartel de Sinaloa : les parrains mexicains surveillent les tribunaux québécois
Selon lapresse.ca, le cartel mexicain de Sinaloa exige de ses distributeurs canadiens qu'ils gardent le silence après leur arrestation — et va jusqu'à réclamer l'accès aux dossiers des tribunaux avant l'ouverture des procès, afin de vérifier qu'aucun accusé ne collabore avec la justice. C'est ce qu'a révélé une décision rendue lundi au palais de justice de Gatineau dans l'affaire Simon-Didier Perron.
Perron, 27 ans, est un ex-avocat radié du Barreau après moins de deux ans de pratique. Il a été intercepté en juillet 2025 sur l'autoroute à Montréal avec 40 kg de cocaïne dans le coffre de la Mercedes de sa mère — la plus importante saisie de drogue jamais réalisée par le Service de police de la Ville de Gatineau. Les kilos saisis portaient le logo du Real Madrid.
Une chaîne d'approvisionnement reliée à Ryan Wedding
La preuve présentée lors d'une révision de détention a établi que Perron s'approvisionnait via le cartel de Sinaloa et le réseau de Ryan Wedding, ancien athlète olympique canadien lui-même protégé du cartel jusqu'à son arrestation au Mexique par le FBI l'hiver dernier. Des informateurs confidentiels avaient mis les enquêteurs de Gatineau sur la piste de Perron, décrit comme un important fournisseur alimentant plusieurs livreurs et des gangs de rue.
Dans la nuit du 8 au 9 juillet 2025, les policiers ont constaté que Perron s'était rendu dans la région de Toronto avant de repartir immédiatement vers Montréal par l'autoroute 401, sans dormir. La majorité de la cocaïne acheminée à Montréal ces dernières années empruntait exactement ce corridor. Il a été intercepté avec l'aide de la Sûreté du Québec et de l'unité Antigang de la police de Montréal. Une perquisition à son domicile — le sous-sol de la résidence de sa mère — a permis de saisir un pistolet, des munitions, de l'ecstasy et du GHB.
« Les boss du Mex » vérifient l'obéissance depuis leur cachette
Après son arrestation, des messages interceptés montrent que Perron a dû obtenir l'approbation de hauts responsables criminels au Mexique, qu'il désignait dans ses communications comme « les boss du Mex ». Le juge Steve Baribeau, dans son jugement rendu lundi, note que Perron devait démontrer à ces patrons qu'il avait gardé le silence.
« Selon la preuve présentée, ces éléments sont compatibles avec l'existence d'une chaîne d'approvisionnement reliée au cartel de Sinaloa et à Ryan Wedding », a écrit le magistrat. Perron a prouvé son obéissance « notamment en autorisant son avocat à communiquer avec eux et à leur donner accès à son dossier afin qu'ils puissent eux-mêmes vérifier qu'il n'avait pas collaboré avec les policiers ». Depuis leur cachette mexicaine, les trafiquants pouvaient ainsi consulter l'ensemble de la preuve avant même que la date du procès soit fixée.
Une méthode documentée par le FBI
Ce mode opératoire correspond à celui identifié par le FBI dans son enquête sur Ryan Wedding. Selon les enquêteurs américains, lorsqu'un courrier de l'ex-athlète se faisait intercepter en possession de drogue, l'organisation mandatait des avocats canadiens et américains pour obtenir la divulgation de preuve et déterminer si l'intéressé avait accepté de coopérer. Un avocat ontarien est d'ailleurs accusé d'avoir aidé Wedding à accéder à des éléments de preuve dans plusieurs dossiers. Selon un message intercepté par le FBI, l'organisation aurait également évoqué la possibilité de tuer des camionneurs s'ils avaient parlé aux policiers.
Détention maintenue au nom de la sécurité nationale
Le juge Baribeau a refusé de remettre Perron en liberté avant son procès. Il a notamment souligné que le gouvernement canadien a inscrit le cartel de Sinaloa sur la liste des entités terroristes l'année dernière.
« Le gouvernement fédéral a alors reconnu que cette organisation participe à des activités qui dépassent largement le simple trafic de stupéfiants et soulève désormais des préoccupations liées à la sécurité nationale », a précisé le magistrat. La détention préventive se justifie, selon lui, pour assurer la protection du public et préserver la confiance dans l'administration de la justice.
Le juge a également tenu compte des nombreux actes de violence extrême liés aux conflits pour le contrôle du marché des stupéfiants au Québec. Il a cité, entre autres, un cas de torture rapporté la semaine dernière par le Journal de Montréal à la prison de Bordeaux, ainsi que plusieurs vidéos de sévices documentées par La Presse.
Source: Google News MA — Crime (fr)