Affaire Lyhanna : le député Taupiac réclame une réforme systémique de la justice pour les violences sexuelles sur mineurs

Un an après avoir alerté sur les manques du Tribunal d'Auch, le député gersois David Taupiac lie ces défaillances au meurtre de la jeune Lyhanna, 11 ans.

Affaire Lyhanna : le député Taupiac réclame une réforme systémique de la justice pour les violences sexuelles sur mineurs

Le député gersois David Taupiac interpelle le gouvernement après la mort de Lyhanna

Le corps de Lyhanna, 11 ans, a été retrouvé le jeudi 4 juin 2026 dans le Gers, non loin de Fleurance. Selon france3-regions.franceinfo.fr, le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plusieurs plaintes et signalements pour violences sexuelles, sans jamais avoir été inquiété par la justice ni par les gendarmes. Pour David Taupiac, député gersois du groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires), ce drame est indissociable des dysfonctionnements structurels qu'il dénonçait déjà un an auparavant.

Une alerte ignorée au Tribunal d'Auch

En avril 2025, Taupiac avait saisi l'Assemblée nationale d'une question écrite au gouvernement après avoir constaté, au contact du Tribunal judiciaire d'Auch, un déficit criant en magistrats — notamment ceux en charge des affaires impliquant des mineurs. Le logiciel Cassiopée, outil de gestion des dossiers judiciaires, présentait des pannes récurrentes contraignant parfois à reporter des audiences. Les budgets avaient été réduits sur plusieurs années.

La réponse du ministère de la Justice, reçue quelques mois plus tard, se voulait rassurante : Cassiopée était « en développement depuis 2024 » et devait être amélioré, sans date précise ; de nouveaux magistrats allaient être nommés dans les mois suivants. « Ça a été le cas pour certains, mais les difficultés persistaient », indique Taupiac. Il salue néanmoins l'effort fourni par les magistrats en place : « Pendant de nombreux mois, ils ont dû redoubler d'efforts pour traiter des dossiers avec un effectif réduit. Je leur tire quand même mon chapeau. »

Une plainte non traitée pendant neuf mois

Le 3 juin 2026, la veille de la découverte du corps de Lyhanna, Taupiac est intervenu lors des questions d'actualité au gouvernement, cette fois pour interpeller le ministre de l'Intérieur. Les médias avaient révélé qu'une plainte déposée en août 2025 contre Jérôme Barella n'avait toujours pas été traitée neuf mois plus tard, et que le suspect n'avait pas été entendu dans le cadre de cette procédure.

« Je lui ai demandé des comptes : s'il y avait effectivement des dysfonctionnements, pourquoi ce dossier n'avait pas été traité », explique le député. Il pointe une responsabilité partagée entre le ministère de la Justice, du côté de l'instruction, et le ministère de l'Intérieur, du côté des auditions menées par la gendarmerie.

« Un dysfonctionnement de la justice sur les affaires de violences sexuelles »

Pour Taupiac, l'affaire Lyhanna n'est pas un cas isolé : « Cette affaire traduit une problématique plus large à l'échelle nationale. Il y a un dysfonctionnement de la justice sur les affaires de violences sexuelles, notamment envers les enfants, où il y a des délais beaucoup trop longs et des personnes dangereuses qui sont toujours en liberté. »

Il rappelle que la Commission indépendante sur les violences sexuelles (CIVIS) avait formulé, dès 2023, des préconisations au ministère de la Justice : renforcer le recueil de la parole de l'enfant, créer des unités dédiées, réduire les délais de traitement. En 2024, un collectif transpartisan de députés a travaillé à une proposition de loi visant à lutter « de manière intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les enfants. Ce texte a été déposé en décembre 2025.

Un rendez-vous au Premier ministre toujours sans réponse

Le 2 juin 2026, soit la veille de l'intervention de Taupiac à l'Assemblée, ce collectif de députés publiait une tribune dans L'Humanité pour réclamer à nouveau un rendez-vous avec le Premier ministre afin que la proposition de loi soit inscrite à l'ordre du jour. « Nous n'avions toujours pas de réponse », souligne Taupiac. « Je pense que peut-être maintenant nous en aurons une. »

Le député formule une exigence concrète : « Il faut créer des unités et des juridictions dédiées aux violences sexuelles, notamment envers les enfants, et qu'on puisse recueillir la parole des enfants, la sacraliser et la traiter de manière prioritaire. »

Le rôle du député face aux défaillances institutionnelles

Interrogé sur les leviers dont il dispose, Taupiac décrit une fonction de remontée d'information autant que de pression politique. Présent sur le terrain, il documente les dysfonctionnements — manque de moyens, de personnels, de matériels — et les signale aux ministères compétents. Il s'appuie également sur des associations qui identifient les problématiques à l'échelle nationale pour alimenter les travaux législatifs.

La mort de Lyhanna, survenue dans un contexte où les signalements contre le principal suspect étaient connus des autorités sans avoir été pleinement instruits, concentre désormais le débat sur la capacité du système judiciaire français à traiter en priorité les dossiers de violences sexuelles visant des enfants.

Source: Google News LU FR