Trafic de drogue à Pissevin (Nîmes) : 620 000 € et 16 policiers, mais des doutes persistent
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé jeudi un nouveau poste de police et des renforts pour le quartier de Pissevin à Nîmes, accueillis avec scepticisme par syndicats et acteurs locaux.

Pissevin à Nîmes : le nouveau poste de police divise policiers, élus et associations
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est rendu à Nîmes le jeudi 4 juin pour annoncer une aide de 620 000 euros destinée à la création d'un poste de police dans le quartier prioritaire de Pissevin, selon france3-regions.franceinfo.fr. Seize policiers nationaux supplémentaires doivent également rejoindre la ville au 1er septembre. Si le maire a accueilli ces annonces favorablement, un syndicat de police et plusieurs acteurs de terrain jugent les mesures insuffisantes face à l'ampleur du narcotrafic.
Un bâtiment neuf après l'incendie de 2024
Le futur poste de police sera installé dans le bâtiment Kennedy Sud, actuellement en construction le long de l'avenue Kennedy. L'État finance le projet à hauteur de 620 000 euros, et la livraison est prévue en septembre. Ce local accueillera à la fois la police nationale et la police municipale, dans l'objectif de renforcer la coopération entre services de l'État et de la ville.
Le projet répond à une attente ancienne : un premier bureau de police avait été incendié en août 2024, la veille même de son inauguration. Le nouveau poste est présenté comme plus grand et pérenne. « C'est une bonne nouvelle pour les habitants du quartier Pissevin », a déclaré le maire de Nîmes, Vincent Bouget. « Les services publics, notamment ceux de la sécurité, n'abandonnent pas. Au contraire, ils reviennent. »
Le maire entre satisfaction et prudence
Sur les renforts en effectifs, Vincent Bouget précise que deux départs sont déjà prévus parmi les policiers en poste, ce qui porterait le solde net à 14 agents supplémentaires. Le maire reconnaît lui-même les limites de ces annonces. « Ce n'est sans doute pas suffisant au regard des besoins », admet-il. Il défend néanmoins une approche plus globale, rappelant que Pissevin-Valdegour compte environ 16 000 habitants. « Où qu'on habite dans cette ville, on a les mêmes droits et la même considération. »
Bouget souligne également que la sécurité ne peut constituer à elle seule une réponse durable. « Ce n'est pas l'existence d'un poste de police qui va supprimer les trafics. Il faut un continuum de réponses, et pas simplement des réponses sécuritaires. »
Le syndicat Unité 30 attend du concret
Le syndicat Unité 30 se montre beaucoup plus réservé. Wissem Guesmi, secrétaire départemental adjoint, conditionne son jugement à la mise en œuvre effective des mesures. « Des annonces ministérielles, c'est bien, on prend, mais il faut du concret », déclare-t-il.
Le syndicat soulève notamment une ambiguïté sur le chiffre des 16 policiers annoncés. « La question, c'est de savoir si ces 16 effectifs sont en plus des effectifs déjà prévus au 1er septembre, ou s'ils les englobent », explique Guesmi. Sur le poste de police lui-même, la position du syndicat est claire : un bâtiment vide ne résout rien. « Avoir un bâtiment vide, ça ne sert à rien. Il nous faut du monde pour le remplir. »
Guesmi pointe aussi un manque structurel : selon lui, le département du Gard souffre surtout d'un déficit en officiers de police judiciaire, indispensables pour faire avancer les enquêtes. « Sur Nîmes, Alès et Bagnols, il nous manque plus de 40 officiers de police judiciaire. » Il décrit des équipes épuisées. « Mes collègues sont fatigués. Ils ont une pression constante dans le quartier liée au narcotrafic, à la délinquance qui explose et au manque d'effectifs. »
Les associations veulent une présence humaine, pas des murs
Dans le quartier, les acteurs associatifs ne rejettent pas le renforcement policier, mais refusent d'en faire la seule réponse. Raouf Azzouz, directeur du centre social Mille Couleurs, place la priorité sur les espaces de rencontre et les adultes présents sur le terrain. « La priorité pour un directeur de centre social, c'est d'avoir des espaces où la population puisse se réunir », explique-t-il.
Il réclame depuis plusieurs années davantage d'éducateurs et d'animateurs. Sur la police, sa demande porte sur la présence de proximité, pas sur le bâtiment. « On voulait une police de proximité, de la présence humaine sur le territoire, rencontrer les gens, discuter, échanger. » Il précise attendre « une police mobile, sur le quartier, qui discute, qui rassure. »
Azzouz évoque également la disparition annoncée de services publics comme La Poste. « Un service public qui disparaît, c'est laisser la place aux trafiquants. C'est la République qui recule. »
Un quartier endeuillé par les violences liées au trafic
Pissevin reste marqué par le meurtre de Fayed, 10 ans, tué par une balle perdue en août 2023 lors de rivalités liées au trafic de drogue. Depuis ce drame, plusieurs ministres de l'Intérieur se sont succédé dans le quartier. Selon l'entourage de Laurent Nuñez, 47 opérations ont été menées à Pissevin depuis le début de l'année, avec pour objectif de perturber les points de deal et de démanteler les réseaux.
Le poste de police pourrait ouvrir d'ici la fin de l'année, si les travaux avancent comme prévu.
Source: Google News FR — Crime (fr)