Disparition de Lyhanna : une ex-juge dénonce des lenteurs judiciaires face aux violences sexuelles sur mineurs
Jérôme Barella, mis en examen pour l'enlèvement de Lyhanna, 11 ans, est visé par au moins cinq procédures pour violences sexuelles sur mineurs. Une magistrate honoraire appelle à un « électrochoc ».

Affaire Lyhanna : une ancienne magistrate pointe les défaillances du suivi judiciaire du suspect
Au septième jour de recherches sans résultat, l'affaire de la disparition de Lyhanna, 11 ans, portée manquante depuis vendredi dans le Gers, soulève des questions sur le traitement judiciaire du principal suspect. Selon France Info, Jérôme Barella, mis en examen pour enlèvement et séquestration, est visé par au moins cinq procédures concernant des violences sexuelles sur mineures, antérieures à la disparition de l'enfant.
Parmi ces procédures figure une plainte pour viol sur mineur déposée durant l'été 2025. À ce stade, le suspect n'a pas encore été entendu dans ce cadre. Une enquête administrative a été annoncée mercredi par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
« Neuf mois sans entendre le suspect, c'est trop long »
Marie-Pierre Porchy, magistrate honoraire ayant exercé comme juge des enfants, procureure, juge d'instruction, juge des libertés et de la détention ainsi que vice-présidente du tribunal judiciaire de Lyon, a réagi sur France Info. « Même si les magistrats sont absolument débordés, nous avons quand même tous les moyens pour traiter ces affaires en temps réel », a-t-elle déclaré.
Elle appelle à un « électrochoc » face aux lenteurs constatées dans les dossiers de violences sexuelles sur mineurs, dénonçant des « manquements » systémiques. Sur la plainte pour viol déposée à l'été 2025 sans qu'aucune audition du suspect n'ait eu lieu, Porchy est catégorique : « Neuf mois sans entendre l'homme visé, c'est trop long. »
Elle plaide pour que les classements sans suite n'interviennent qu'à l'issue d'une enquête menée à son terme : « Les classements sans suite, il faut qu'ils aboutissent uniquement quand on a fait l'enquête. »
Des procédures qui peuvent être accélérées
La magistrate souligne que l'urgence n'est pas incompatible avec les procédures existantes. « Dans une affaire de terrorisme, ça peut se résoudre en 24 heures, le transfert d'une procédure sur une autre juridiction », illustre-t-elle. Ce niveau de réactivité, selon elle, devrait également s'appliquer aux affaires de violences sexuelles sur mineurs lorsque la gravité des faits l'exige.
Porchy replace ces difficultés dans un contexte de hausse marquée des signalements : « Actuellement des centaines de procédures pour viol s'entassent dans toutes les procédures, parce que la libération de la parole, parce que maintenant les enfants parlent et que les parents déposent plainte. »
Un manque de moyens humains pointé du doigt
Au-delà des pratiques judiciaires, l'ancienne magistrate met en cause l'insuffisance des ressources humaines dans les juridictions concernées. « Les procureurs reçoivent des circulaires pour que ces affaires soient traitées en priorité », reconnaît-elle, avant d'ajouter : « Est-ce que tout le monde est en capacité de le faire ? Ce n'est pas sûr. Surtout quand il y a un procureur absent pendant des mois, ce qui semble avoir été le cas pour une des juridictions visées. »
Elle conclut sur un constat sans détour : « Il faut que les choses changent. »
L'enquête se poursuit dans le Gers
Lyhanna n'avait toujours pas été retrouvée au terme du sixième jour de recherches. Les investigations se concentrent notamment sur la voiture et le téléphone du suspect, décrits comme des indices centraux dans le dossier. Jérôme Barella, qui avait fait l'objet de deux signalements et de deux plaintes pour viol sur mineure avant la disparition de l'enfant, reste le principal mis en examen dans cette affaire.
Source: France Info