Procès du clan Yoda à Marseille : guerre des gangs et chute d'un narcotrafiquant
Félix Bingui, dit « le Chat », est jugé depuis le 18 mai à Marseille pour avoir dirigé le clan Yoda. Le réseau, décimé lors d'une guerre avec la DZ Mafia en 2023, a perdu l'essentiel de son emprise sur la ville.

Le clan Yoda face à la justice après une guerre sanglante
Le procès de Félix Bingui, alias « le Chat », s'est ouvert lundi 18 mai à Marseille. Selon RFI, il est soupçonné d'avoir dirigé le clan Yoda, l'un des plus importants réseaux de narcotrafic de la cité phocéenne. À ses côtés comparaissent 19 codétenus présumés membres de l'organisation. Félix Bingui encourt jusqu'à 20 ans de prison pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment. Le verdict est attendu le 5 juin.
Une rivalité née en Thaïlande
Pour comprendre la chute du clan Yoda, il faut remonter à 2022. C'est dans une boîte de nuit en Thaïlande que la rupture se consomme entre les deux gangs. Félix Bingui croise Mehdi Laribi, chef de la DZ Mafia, et lui jette un seau de glaçons au visage. Ce geste est « l'apothéose de deux ans de tensions », explique Davidé Brémi, doctorant au CNAM et membre de l'association Crim'HALT, interrogé par RFI.
L'objet de la discorde : la Paternelle, un point de deal devenu particulièrement lucratif pendant la période du Covid-19. Situé à proximité d'une autoroute et d'un marché international, il voit passer de nombreux camions de livraison, vecteurs de marchandises légales comme illicites. En 2021, Mehdi Laribi sort de prison et juge son second trop laxiste. Une guerre de territoire s'engage aussitôt.
La DZ Mafia prend le dessus
Le conflit tourne rapidement à l'avantage de la DZ Mafia. Selon Davidé Brémi, le gang de Laribi s'est montré « bien plus efficace militairement et stratégiquement » que le clan Yoda. La DZ Mafia a notamment eu recours à de jeunes hommes inexpérimentés envoyés en première ligne, tandis que les têtes dirigeantes du clan Yoda étaient mises à prix.
Le bilan pour le clan Yoda est lourd. Des figures de haut rang ont été éliminées, dont Scar, beau-frère de Félix Bingui, tué en Espagne. De son côté, le clan Yoda n'a réussi qu'à atteindre des « petites mains » sans jamais parvenir à neutraliser les chefs adverses. L'élément décisif intervient en mars 2024 : l'arrestation de Félix Bingui lui-même. À ce moment-là, le clan avait déjà perdu une large partie de ses points de deal à Marseille. Cette interpellation signe, selon Brémi, « la fin de la guerre ».
Un réseau affaibli, pas nécessairement disparu
La question de l'avenir du clan Yoda reste ouverte. Davidé Brémi distingue ce qui est définitivement perdu de ce qui subsiste. Le point de deal de la Paternelle et le réseau mobilisé lors de la guerre de 2023 n'existent plus. En revanche, le chercheur estime qu'il serait prématuré de parler de disparition totale.
« Le clan Yoda avait de nombreuses alliances très puissantes et il reste des membres encore en liberté », précise-t-il. Les narcotrafiquants liés à Félix Bingui opèrent désormais principalement hors de Marseille, ou seront contraints, selon Brémi, « par la force des choses de dialoguer avec la DZ Mafia ». La guerre a redistribué les cartes du narcotrafic marseillais sans pour autant effacer l'ensemble du réseau.
Un procès sous haute tension
Vingt prévenus au total font face aux juges dans cette affaire. Le dossier met en lumière les mécanismes d'un conflit entre organisations criminelles structurées, capable de traverser les frontières — de la Thaïlande à l'Espagne — avant de se régler dans les rues de Marseille. Les charges retenues contre Félix Bingui couvrent l'ensemble de l'activité présumée du clan : trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d'argent. Le tribunal rendra son verdict le 5 juin.
Source: RFI