Procès du meurtre de Corinne Di Dio : la fille de l'accusée dépose à la barre des Yvelines
Nancy H., fille de Marie-Thérèse Garcia, a témoigné lundi à la cour d'assises des Yvelines sur le meurtre de 1995. Sa déposition mêle aveux rapportés et zones d'ombre questionnées par la présidente.

Nancy H. à la barre : entre accusations et contradictions au procès Garcia
La troisième et dernière semaine du procès de Marie-Thérèse Garcia s'est ouverte lundi 29 juin devant la cour d'assises des Yvelines avec la déposition la plus attendue depuis le début des audiences : celle de Nancy H., fille cadette de l'accusée. Selon bfmtv.com, c'est précisément sur son témoignage de 2004 que repose la relance d'une affaire classée sans suite quatre ans plus tôt.
Dès ses premiers mots à la barre, Nancy H. surprend l'ensemble des parties. « Je n'ai aucun conflit avec ma mère », déclare-t-elle d'une voix légèrement tremblotante, veste tailleur vert pistache sur le dos. Un préambule inattendu pour celle que la défense considère comme la principale accusatrice de Marie-Thérèse Garcia, surnommée Ma Dalton.
Le corps dans la malle et une affaire longtemps sans suite
Le 28 juin 1995, le corps sans tête ni mains d'une femme est découvert dans une malle métallique flottant sur la Seine, dans l'Eure. Les autorités mettent deux ans à l'identifier : il s'agit de Corinne Di Dio, commerciale de 37 ans portée disparue depuis le 19 juin 1995. Évoluant dans le milieu du grand banditisme, la victime fait l'objet de plusieurs pistes d'enquête, sans résultat probant. Le dossier est refermé en 2000, faute d'éléments solides.
C'est le témoignage de Nancy H., en août 2004, qui relance les investigations. Elle se présente au siège de la Police judiciaire de Versailles et rapporte les confidences de Francisco Marquez-Gomez, ex-compagnon de sa mère, rencontré alors qu'il était en détention. Celui-ci lui aurait affirmé que Marie-Thérèse Garcia lui avait avoué avoir participé au meurtre de Corinne Di Dio. « Il m'a dit que Madame Garcia avait eu sa vengeance, qu'elle avait été chez Corinne, qu'elle avait été découpée et jetée dans un étang », relate Nancy H. à la barre.
Un souvenir de 1989 et des détails troublants
La témoin évoque également un souvenir antérieur au meurtre, remontant à 1989. Elle affirme avoir surpris sa mère en train de comploter avec une voisine pour se débarrasser d'une femme dont elle dit n'avoir pas saisi l'identité à l'époque. « Elle disait qu'elle voulait piéger une personne, lui mettre un gogo dans les pattes pour la faire venir le plus souvent possible à Saint-Hilarion. Elle a parlé de faire disparaître une voiture, des dents. »
Le soir même, selon son récit, sa mère l'emmène à Rambouillet pour repérer un lac. « On a été voir un lac pour faire disparaître une voiture. Elle a dit qu'il fallait qu'elle vienne ici pour sonder la profondeur. »
Nancy H. rapporte enfin une scène survenue quelques jours après sa déposition en 2004, lors d'une visite chez sa mère. À une question posée spontanément sur l'affaire Corinne Di Dio, Marie-Thérèse Garcia lui aurait répondu en désignant la chaise où se trouvait sa fille : « Tu vois, là où tu es, c'est là qu'elle a été étranglée. On a eu du mal. »
Des incohérences relevées par la présidente
Si ces déclarations représentent une aubaine pour les parties civiles et le ministère public, plusieurs points soulèvent des questions au sein de la cour. La présidente interpelle Nancy H. sur la date de la conversation présumée avec la voisine : « Vous parlez de 1989, mais Corinne Di Dio a disparu en 1995. Vous êtes certaine de cette date ? » La témoin répond par l'affirmative, malgré le constat que les deux femmes ne se seraient plus fréquentées entre 1989 et 1995.
La présidente relève également une discordance entre la déposition de 2004 — où Nancy H. évoquait une discussion téléphonique — et sa version actuelle d'une conversation en face à face avec la voisine présente au domicile maternel. « Il doit y avoir une erreur quelque part », maintient la témoin.
Une avocate générale pousse l'interrogatoire plus loin, demandant si la conversation de 1989 aurait pu concerner une autre personne que Corinne Di Dio. « Non », tranche Nancy H., alors même qu'elle avait indiqué plus tôt ne pas avoir su à l'époque de qui il s'agissait. « Je ne vois pas quelle autre personne ça pourrait concerner. Ça ne peut pas être quelqu'un d'autre. »
Une famille fracturée par les années
Tout au long de l'audience, Nancy H. donne par moments l'impression d'esquiver certaines questions sur ses relations avec sa mère. Elle assure ne nourrir aucune rancœur : « J'ai toujours respecté ses choix, même si je ne suis pas d'accord. Je suis quelqu'un qui ne fait pas d'histoires. »
Dans le box des accusés, Marie-Thérèse Garcia, 79 ans, souffle régulièrement et secoue la tête. Selon l'enquêtrice de personnalité entendue en début de procès, l'accusée décrivait sa fille cadette comme une « vipère » qui lui « pourrissait la vie ».
Les années ont accentué la fracture familiale. Nancy H. a progressivement été ostracisée au sein du clan Garcia : ses propres filles ont rompu tout contact avec elle, et elle s'est vu interdire l'accès aux obsèques de son aînée, Bettina, décédée dans un accident de voiture. Les réseaux sociaux témoignent également, selon bfmtv.com, de l'atmosphère délétère qui s'est installée au fil du temps au sein de la famille.
Marie-Thérèse Garcia est jugée pour le meurtre de Corinne Di Dio, 28 ans après les faits. Le procès se tient devant la cour d'assises des Yvelines.
Source: Google News FR — Crime (fr)