Enlèvements crypto en France : des commanditaires à l'étranger, des exécutants recrutés sur Telegram

Une mère et son fils enlevés dans l'Yonne en avril, six suspects âgés de 17 à 20 ans arrêtés : France Info révèle les rouages d'un réseau criminel piloté depuis le Maroc.

Enlèvements crypto en France : des commanditaires à l'étranger, des exécutants recrutés sur Telegram

Cryptorapts : anatomie d'un enlèvement orchestré depuis Tanger

Une intervention du GIGN à l'aube, dans un hôtel de Boissy-Saint-Léger, en Val-de-Marne : c'est ainsi que s'est terminée, en avril, une prise d'otages de vingt-quatre heures liée aux cryptomonnaies. France Info, en partenariat avec le « 20 Heures » de France 2, dévoile le 20 mai les détails de cette affaire à travers des documents exclusifs, et interroge la montée en violence de ce type de rapts.

La cible des ravisseurs était Franck T., un ancien maçon reconverti dans la cryptomonnaie, installé à Quarré-les-Tombes, un village de l'Yonne. « J'étais maçon à mon compte. Il y a deux ans, je me suis lancé dans la cryptomonnaie. Je vis désormais des revenus de ma cryptomonnaie », a-t-il déclaré aux enquêteurs. Sa discrétion n'a pas suffi à le protéger.

Le matin du 13 avril : irruption au domicile familial

Le 13 avril au matin, six individus cagoulés et armés font irruption au domicile de la famille. Le père est neutralisé sur place. Les agresseurs réclament 400 000 dollars en cryptomonnaie, mais les fonds ne sont pas disponibles immédiatement. Face à cet obstacle, ils décident d'enlever la mère et le fils de l'entrepreneur, un enfant de 11 ans, et prennent la fuite en voiture.

Deux heures plus tard, sur l'autoroute, le véhicule — emprunté à la mère de l'un des suspects — tombe en panne d'essence. Le groupe appelle un dépanneur, qui les conduit jusqu'à une station-service. Les images de vidéosurveillance obtenues par les enquêteurs montrent l'un des ravisseurs en chasuble, accompagné de l'enfant jusqu'à la caisse. La mère, elle, est enfermée dans le coffre du véhicule.

Des amateurs pilotés à distance

Deux cents kilomètres plus loin, les ravisseurs enferment la mère et l'enfant dans une chambre d'hôtel. Le père reçoit une photo de ses proches, assortie du message : « T'en fais pas, ils vont bien. » C'est précisément le numéro de téléphone utilisé pour envoyer ce message qui permet aux enquêteurs d'identifier les suspects.

Pour Sarah Mauger-Poliak, avocate de l'un d'eux, le groupe est loin de constituer une organisation rodée : « On est très loin de professionnels aguerris de la grande délinquance. En réalité, ce sont des amateurs, des tout jeunes, qui vont obéir à des directives plus ou moins fluctuantes qu'on leur donne. On tente de s'adapter aux situations totalement imprévues, et évidemment, on s'adapte très mal, on fait très mal les choses. »

Les six exécutants, âgés de 17 à 20 ans, ont été recrutés sur les réseaux sociaux. L'un d'eux a précisé les conditions de son recrutement : « J'ai été recruté par une annonce sur un groupe Telegram appelée "Travailler pour gagner de l'argent". Celui qui m'a proposé la mission se faisait appeler "Pur-Sang". » Aucun des suspects n'a jamais rencontré ce donneur d'ordres en personne.

Le commanditaire localisé à Tanger

Le commanditaire a été localisé à Tanger, au Maroc, opérant sous le pseudonyme « Pur-Sang ». Identifier la personne physique derrière ce nom reste, à ce stade, une difficulté pour les enquêteurs.

La question de la désignation de la cible depuis l'étranger trouve une réponse dans les fuites de données. Selon les informations recueillies, le nom de Franck T. est apparu dans plusieurs brèches issues de plateformes de cryptomonnaies. Gérome Billois, expert en cybersécurité, décrit le mécanisme utilisé par ces réseaux : « Les informations de cryptomonnaies sont finalement assez visibles sur internet. On va savoir le montant qu'il y a sur tel ou tel compte. Ce qu'on ne sait pas, c'est l'identité de la personne associée à ce compte. Mais en faisant des recoupements, en utilisant une fuite précédente, en regardant ce qu'il se passe sur les réseaux sociaux, les groupes criminels arrivent à recoller ces informations. »

Six mis en examen, des charges passibles de la perpétuité

Les six suspects ont été incarcérés et mis en examen pour enlèvement et séquestration en bande organisée, ainsi que pour vol et extorsion avec arme. Ces chefs d'inculpation sont passibles de la réclusion criminelle à perpétuité.

L'affaire illustre, selon France Info, une tendance plus large : le nombre d'enlèvements liés aux cryptomonnaies est en hausse, et leur degré de violence s'accroît. Les commanditaires, basés hors de France, s'appuient sur des exécutants locaux jeunes et sans expérience criminelle, recrutés via des canaux numériques ouverts, pour mener des opérations improvisées à haut risque.

Source: France Info