Ostéopathe jugé à Strasbourg pour viols sur une vingtaine de patientes
Un ostéopathe de 37 ans comparaît devant la cour criminelle du Bas-Rhin pour viols et agressions sexuelles sur au moins 22 femmes. Il risque vingt ans de réclusion.

Procès d'un ostéopathe strasbourgeois accusé de viols par 22 patientes
Au moins 22 femmes se sont constituées parties civiles dans l'affaire qui s'est ouverte lundi 1er juin à 9 heures devant la cour criminelle du Bas-Rhin, selon France Info. Aux âges et aux profils très variés, elles accusent toutes le même praticien de les avoir violées ou agressées sexuellement lors de consultations dans l'eurométropole de Strasbourg.
Pierre G., 37 ans, est jugé jusqu'au vendredi 12 juin pour des viols et agressions sexuelles "commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction". Cette circonstance aggravante porte la peine maximale encourue à vingt ans de réclusion criminelle.
"La confiance thérapeutique au cœur des débats"
L'avocate de plusieurs plaignantes, Sendegul Aras, contactée par France Info, résume ainsi la situation de ses clientes : "Entre les mains d'un sachant, elles se pensaient en sécurité." Elle indique que la "confiance thérapeutique" sera "au cœur des débats", précisant que "leur vulnérabilité a été exposée, puisqu'elles étaient dans un cabinet de soins".
De son côté, la défense conteste l'ensemble des accusations. "Il conteste tous les faits. Il n'y a pas de caractère sexuel dans les actes reprochés", a déclaré son avocat, Yves Sauvayre, qui parle d'"une maladresse professionnelle". Ce dernier souligne également que le casier judiciaire de son client est vierge. Pierre G. comparaît libre, mais sous contrôle judiciaire. Depuis sa mise en examen, il y a quatre ans et demi, il lui est interdit d'exercer sa profession.
Une affaire partie d'une première plainte en 2018
Selon France Info, l'affaire remonte à 2018, lors du premier dépôt de plainte. Une patiente affirmait alors que l'ostéopathe avait glissé une main dans sa culotte au cours d'une séance. Entendu par la gendarmerie, Pierre G. avait soutenu qu'il s'agissait d'un quiproquo et présenté ses excuses. L'affaire avait été classée sans suite.
C'est en août 2020 qu'une nouvelle signalante, accompagnée d'une amie ayant consulté le même praticien, dépose un signalement sur la plateforme publique en ligne dédiée aux violences sexistes et sexuelles. Deux mois plus tard, deux autres plaintes indépendantes sont enregistrées à la gendarmerie. Pierre G. est alors placé en garde à vue. Il réfute avoir commis "des gestes intrusifs", les qualifiant à nouveau de "maladresses".
Mis en examen en octobre 2021, d'abord pour des faits concernant six femmes, le praticien voit le nombre de victimes identifiées quadrupler après que les enquêteurs envoient un questionnaire à l'ensemble des 470 patients répertoriés dans son fichier. Certaines dénoncent des viols digitaux, d'autres des attouchements sans pénétration.
Des actes incompatibles avec la pratique réglementée de l'ostéopathie
Les plaignantes consultaient Pierre G. pour des douleurs à l'épaule, au dos, à la mâchoire, au genou ou encore pour des maux de tête. Selon les accusations, le praticien orientait pourtant ses actes vers les parties intimes de ses patientes.
Un décret de mars 2007 encadrant la pratique de l'ostéopathie stipule que le praticien doit effectuer "des actes de manipulations et mobilisations non instrumentales, directes et indirectes, non forcées", conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santé. Ce même texte interdit explicitement les "manipulations gynéco-obstétricales" et les "touchers pelviens".
En février, le quotidien Dernières Nouvelles d'Alsace a publié le témoignage d'Eva, une quadragénaire qui consultait Pierre G. régulièrement jusqu'en 2019. Elle rapporte qu'au cours d'une séance, l'ostéopathe a "placé sa main au niveau de son pubis, sous la culotte, en lui demandant de mettre la sienne par-dessus, de façon à pouvoir sentir ce qu'il faisait". Selon le journal, il a ensuite "lentement fait descendre sa main non gantée et a introduit ses doigts dans le vagin de la patiente, qui est restée tétanisée", avant de s'écrier : "L'âme de votre maman était coincée dans votre utérus et elle vient de sortir, je l'ai libérée !"
Audience publique, sans huis clos
Les débats devraient se tenir en audience publique, sans demande de huis clos pour la totalité de l'audience. L'avocate Sendegul Aras indique que ses clientes "souhaitent témoigner" devant la cour "pour que toute la lumière soit faite sur les faits dénoncés et pour que d'autres personnes qui pourraient se reconnaître dans certaines situations n'hésitent pas à s'exprimer".
Source: France Info