Fraude à l'Assurance maladie : les professionnels de santé responsables de 70 % des montants
Un rapport IGF-Igas révèle que les professionnels de santé concentrent 433 M€ sur 628 M€ de fraudes détectées en 2024. Les assurés, souvent montrés du doigt, n'en représentent que 17,3 %.

Fraude à la Sécurité sociale : l'Igas met en cause les professionnels de santé, pas les assurés
Selon Google News FR — Crime (fr), un rapport conjoint de l'Inspection générale des finances (IGF) et de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), publié fin juillet 2026 après avoir été finalisé en octobre 2025, renverse l'image habituellement associée à la fraude sociale. Sur les 628 millions d'euros de fraudes détectées et stoppées en 2024, 70 % sont imputables à des professionnels de santé ou à des personnes usurpant leur identité. Les assurés sociaux, généralement désignés comme principal vecteur de fraude, ne représentent que 17,3 % des montants frauduleux, bien qu'ils concentrent 52 % des dossiers traités.
Epoch Times estimait que la fraude aux prescriptions et aux facturations se situerait entre 1,4 et 1,9 milliard d'euros par an, soit un volume nettement supérieur aux sommes effectivement détectées. Ce constat intervient dans un contexte de forte tension budgétaire : les dépenses du régime général de l'Assurance maladie ont atteint 244 milliards d'euros en 2024, tandis que le déficit s'élève à 13,8 milliards d'euros pour 2026.
Un rapport retenu plusieurs mois
Le Canard enchaîné a rapporté que le document aurait été retenu plusieurs mois dans les tiroirs de l'administration. Selon cette source, le gouvernement aurait cherché à éviter sa publication pendant les débats parlementaires sur la loi relative à la lutte contre les fraudes, promulguée fin juin. La diffusion tardive du rapport jette un éclairage nouveau sur les priorités réelles de la politique de contrôle.
Prestations fictives et facturations multiples
Les chiffres du rapport sont précis. En 2024, les professionnels de santé concentrent 433 millions d'euros de fraudes détectées et stoppées — 68,9 % du total — alors qu'ils ne représentent que 27 % des dossiers. Les manquements les plus fréquents concernent les prestations fictives et les facturations multiples d'un même acte : ces pratiques représentent à elles seules près de 250 millions d'euros de préjudice, soit 41 % de l'ensemble des fraudes détectées par l'Assurance maladie en 2024.
Sur la période 2016-2024, les infirmiers arrivent en tête des professions de santé avec 330 millions d'euros cumulés de fraude détectée et stoppée. Les pharmaciens totalisent 312 millions d'euros, les transporteurs sanitaires 180 millions. Les médecins spécialistes représentent 108 millions d'euros, les généralistes 67 millions, et les chirurgiens plasticiens 88 millions supplémentaires, comptabilisés séparément dans le rapport.
Audioprothèses : une hausse marquée en 2024
L'année 2024 a également été marquée par une forte progression des fraudes aux audioprothèses, qui ont atteint 115 millions d'euros dans le cadre du déploiement du dispositif « 100 % santé ». Le rapport de l'Igas décrit des cas de détournement de numéros de Sécurité sociale d'assurés afin de facturer des équipements fictifs, illustrant la sophistication croissante des schémas frauduleux.
Redéployer les contrôles vers les professionnels
L'IGF et l'Igas recommandent explicitement de « prioriser davantage les dossiers de contrôle des professionnels de santé, porteurs de forts enjeux financiers, par rapport au contrôle des assurés ». Les dossiers inférieurs à 1 000 euros — principalement liés aux assurés — représentent actuellement 30 % des dossiers traités, mais moins de 1 % du préjudice total. À l'autre extrémité, les professionnels de santé sont impliqués dans plus de 80 % des dossiers à fort préjudice, ceux dépassant 500 000 euros.
Selon une simulation présentée dans le rapport, transférer la moitié des quelque 18 000 contrôles actuellement consacrés aux assurés vers des professionnels permettrait de détecter entre 270 et 360 millions d'euros supplémentaires. Les inspections soulignent toutefois qu'aucune garantie n'existe quant au recouvrement intégral de ces sommes : seulement la moitié des montants concernés sont effectivement récupérés.
Source: Google News FR — Crime (fr)