Guets-apens homophobes : un phénomène en hausse facilité par les applis de rencontre

Selon France Info, un guet-apens homophobe se produirait tous les quatre jours en France en 2025. Les autorités alertent sur le rôle croissant des applications de rencontre.

Guets-apens homophobes : un phénomène en hausse facilité par les applis de rencontre

Applications de rencontre, nouveau terrain de chasse pour les agresseurs homophobes

Un guet-apens homophobe tous les quatre jours en France en 2025 : c'est le chiffre que révèle le dernier rapport de l'association SOS Homophobie, publié le 11 mai, tel que rapporté par France Info. Des victimes pensent se rendre à un rendez-vous romantique ou sexuel, et se retrouvent agressées, parfois tuées.

Les applications de rencontre jouent un rôle central dans cette évolution. Il suffit désormais aux agresseurs de créer un pseudonyme et d'utiliser une fausse photo pour cibler leur victime. L'Office central de lutte contre les crimes de haine, dirigé par le colonel Nicolas Philippotin, a identifié ces plateformes comme un vecteur majeur de ces attaques.

« Les plateformes facilitent la façon d'organiser et de traquer les victimes », explique Philippotin. « Alors qu'auparavant, il fallait se rendre sur un lieu de rencontre. C'était plus difficile. On pouvait être détecté, alors que là, on peut organiser à loisir son plan d'agression. » Il décrit le phénomène comme « une forme de jeu » pour les auteurs : « Arriver à attirer quelqu'un, à réussir son stratagème. Ce n'est pas si compliqué que ça. »

Un chiffre noir difficile à mesurer

Le phénomène tend à augmenter, mais aucun décompte officiel n'existe. Philippotin reconnaît qu'il est très « difficile » de le quantifier, en raison notamment d'un nombre important de victimes qui ne déposent pas plainte. « Les faits les plus graves sont connus parce que, souvent, il y a des hospitalisations. Lorsque les médecins voient arriver les personnes victimes d'agression, il y a une prise en charge. Néanmoins, il y a une sous-déclaration des faits », constate-t-il. Il est donc « difficile de dire qu'il y en a plus qu'avant », ajoute-t-il.

La circonstance aggravante d'homophobie rarement retenue

L'autre obstacle majeur réside dans la difficulté à qualifier juridiquement ces actes comme homophobes. L'avocat Étienne Deshoulières observe cette réticence de façon récurrente chez les magistrats. Il cite un dossier dans lequel il doit prochainement intervenir : des auteurs avaient avoué avoir ciblé des personnes sur le réseau social Coco précisément parce qu'elles étaient homosexuelles. « Malgré cela, le parquet et le juge d'instruction n'ont pas retenu la circonstance aggravante d'homophobie », déplore-t-il.

Deshoulières rapporte deux justifications qui lui sont régulièrement opposées. La première : « C'est très difficile de savoir ce qu'il se passe dans la tête de l'auteur des faits. » La seconde : « Il y a déjà suffisamment de circonstances aggravantes pour que la peine maximale soit la perpétuité, et donc on n'a pas besoin de caractériser la circonstance aggravante d'homophobie. »

Cette pratique judiciaire a pour effet direct d'invisibiliser le phénomène, selon l'avocat. Elle limite en conséquence, à ses yeux, la prise de conscience collective et les réponses politiques qui pourraient en découler.

Source: France Info