Féminicide d'Assia Matoug aux Buttes-Chaumont : Lakhdar Matoug jugé à Paris
Lakhdar Matoug, 54 ans, comparaît devant la cour d'assises de Paris pour le meurtre et le démembrement de son épouse Assia, dont les restes ont été retrouvés dans un parc parisien.
Procès du féminicide d'Assia Matoug : les enfants témoins d'une mise en scène macabre
Le lundi 13 février 2023, à 15h05, un jardinier du parc des Buttes-Chaumont, dans le 19e arrondissement de Paris, découvre un sac-poubelle noir posé sur un tas de branchages. À l'intérieur : un bassin de femme, encore vêtu d'un jean. D'autres membres du corps, dont la tête, sont retrouvés non loin, à proximité d'une ancienne voie ferrée traversant le parc. Une partie restera introuvable pendant plusieurs semaines.
C'est sur cette découverte que s'ouvre, depuis le lundi 6 juillet, le procès jugé devant la cour d'assises de Paris. Selon liberation.fr, Lakhdar Matoug, 54 ans, est renvoyé pour meurtre sur conjoint — la qualification légale du féminicide — après avoir étranglé puis démembré son épouse Assia, 46 ans au moment des faits, et mère de leurs trois enfants. En détention provisoire depuis trois ans, il reconnaît les faits mais nie toute intention homicide.
Le rapprochement avec une disparition signalée
Le lien entre les restes humains retrouvés aux Buttes-Chaumont et la disparition d'Assia Matoug, signalée dix jours plus tôt par son mari au commissariat, est établi dès le lendemain de la découverte. Les enquêteurs de la brigade criminelle, tout en explorant d'abord la piste d'une mauvaise rencontre, remontent progressivement le fil d'une mise en scène qui n'est pas sans rappeler d'autres affaires de féminicide, comme celles d'Alexia Daval ou de Delphine Jubillar.
Premier élément troublant : alors que sa femme est censée avoir disparu le 31 janvier au petit matin en quittant leur domicile à Montreuil (Seine-Saint-Denis), Lakhdar Matoug attend le 3 février pour signaler sa disparition. Dans l'intervalle, il simule des recherches — appels sur le téléphone de la victime, déplacement à l'association Aides où elle travaillait, visites à des braderies à Pantin — et contacte BFMTV pour médiatiser l'affaire. Au moment de l'annonce du décès, il s'effondre en larmes devant les enquêteurs et ses enfants.
Les téléphones et les caméras racontent autre chose
L'exploitation des données téléphoniques et de la vidéosurveillance contredit la version du mari. La dernière antenne relais activée par la ligne d'Assia Matoug, le 1er février, couvre son domicile. Aucun mouvement n'est ensuite enregistré sur son compte bancaire. La dernière image d'elle en vie, captée par une caméra de surveillance, date du 27 janvier, alors qu'elle rentrait chez elle.
Après la disparition, son mari effectue des recherches internet sur la manière de localiser un téléphone éteint et de signaler une disparition inquiétante, tout en continuant à jouer à des jeux en ligne et à consulter des sites pornographiques. Avant même l'identification officielle du corps des Buttes-Chaumont, il tape sur un moteur de recherche : « Comment réagir en direct à BFMTV ? »
Les investigations établissent par ailleurs que Lakhdar Matoug achète une meuleuse, des gants, des sacs-poubelles et des bâches de protection dans un magasin Castorama le 2 février. Ce même jour, une caméra le filme effectuant des allers-retours entre son immeuble et le parc, un cabas rempli à la main, son téléphone en mode avion.
Les enfants au cœur du récit
Les auditions des trois enfants du couple, âgés de 8 à 16 ans, apportent des éléments déterminants. Ils déclarent avoir vu leur mère pour la dernière fois le 30 janvier vers 17 heures, endormie sur le canapé. Leur père leur avait demandé de ne pas la déranger, prétextant qu'elle était malade. Le lendemain matin, elle était, selon lui, partie tôt à une braderie.
Les proches d'Assia rapportent également des confidences alarmantes qu'elle leur avait faites peu de temps avant sa mort : « On dirait quelqu'un qui m'étrangle. Je suis sûre que je vais mourir. Attention, prends soin de mes enfants. »
Des dettes et une dispute autour de 1 400 euros
La famille fait aussi état de graves difficultés financières. L'entreprise de bâtiment de Lakhdar Matoug avait été liquidée en 2021, le laissant criblé de dettes, dont 18 000 euros dus au fisc — une somme finalement réglée par sa femme. Au moment des faits, le couple accusait trois mois de loyer impayés. La veille de la disparition, Lakhdar Matoug avait passé près de trois heures devant un café pour tenter de récupérer une créance.
Placé en garde à vue le 23 février, acculé par les preuves, il reconnaît avoir tué son épouse lors d'une dispute au sujet d'une liasse de 1 400 euros qu'elle conservait dans son sac à main — somme qu'il encaissera peu après le meurtre. Selon sa version, elle s'est jetée sur lui pour récupérer l'argent, une lutte s'en est suivie et il l'a saisie par le cou avec son coude pour « la faire taire, vu qu'elle criait "Arrête, arrête, lâche-moi, tu me fais mal" ». Il affirme avoir agi dans la panique et ne pas avoir voulu la tuer. L'accusation souligne qu'il n'a pas appelé les secours après avoir constaté qu'elle ne respirait plus.
Des lésions qui interrogent
Sur les indications de Lakhdar Matoug, la dernière partie du corps d'Assia est retrouvée dans une friche industrielle à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Les autopsies révèlent de nombreuses ecchymoses et hématomes. Selon le médecin légiste, ces lésions ne sont pas compatibles avec une simple altercation. L'accusation et la partie civile entendent démontrer qu'il s'agissait d'un acte délibéré, contredisant la thèse de l'homicide involontaire avancée par la défense.
Source: Google News FR — Crime (fr)