Disparition de Lyhanna : ce que Jérôme Barella a déclaré lors de sa garde à vue

Le principal suspect du viol et de la mort de la collégienne de 11 ans a tenté de rediriger les enquêteurs vers la piste de la fugue. France Info a eu accès à ses déclarations.

Disparition de Lyhanna : ce que Jérôme Barella a déclaré lors de sa garde à vue

Garde à vue de Barella : un récit truffé d'incohérences

Jérôme Barella, intérimaire de 41 ans et principal suspect dans la disparition et la mort de Lyhanna, une collégienne de 11 ans dans le Gers, a cherché à orienter les enquêteurs vers de fausses pistes lors de son interrogatoire des 30 et 31 mai derniers. C'est ce que révèle France Info, qui a eu accès à ses déclarations.

Au moment de sa garde à vue, le corps de la fillette n'avait pas encore été retrouvé. Barella n'était alors entendu que pour enlèvement et séquestration. Les gendarmes lui ont demandé de retracer sa journée du 29 mai depuis son réveil.

Un emploi du temps fabriqué

Selon son récit, Barella dépose ce matin-là sa fille aînée à l'école, devant Lyhanna et une autre camarade. Il décrit une relation de proximité habituelle avec les amies de sa fille : « C'est presque tous les matins comme ça. Les filles arrivent, elles discutent un peu avec ma fille et moi. Souvent, Lyhanna me parle quand elle a eu des soucis avec ses parents. Je lui paie régulièrement des choses à Intermarché pour goûter notamment, devant le collège. »

Il affirme ensuite que Lyhanna lui avait demandé, depuis plusieurs jours, de venir la chercher au collège à 15 heures ce vendredi-là pour acheter un cadeau pour la fête des mères. Il détaille minutieusement le trajet prétendument emprunté et soutient l'avoir déposée à la piscine. « Elle avait l'air joyeuse et parlait beaucoup plus que d'habitude. De la fête des mères et des affaires de la piscine », a-t-il déclaré aux gendarmes.

Barella dit être ensuite rentré chez lui pour prendre un bain, puis être allé chercher sa plus jeune fille à l'école — sans son téléphone, qu'il affirme avoir laissé à charger. Il assure être retourné ensuite sur son lieu de travail, ses deux filles dans la voiture, pour fermer une porte à un silo à grains. Ce lieu est distinct de l'endroit où le corps de Lyhanna a été retrouvé le 4 juin.

La mère de Lyhanna l'appelle pendant la fête scolaire

Vers 18 heures, Barella se rend à la fête de l'école de sa fille cadette. C'est là que la mère de Lyhanna tente de le joindre à plusieurs reprises. « Elle était inquiète car elle n'était pas rentrée. Je lui ai dit qu'on ne l'avait pas vue à 16 heures. Je ne lui ai pas parlé du fait que je l'avais déposée à 15 heures à la piscine, je n'y ai pas pensé sur le moment », déclare-t-il.

Les enquêteurs relèvent rapidement de nombreuses incohérences dans son emploi du temps. Interrogé sur ce qu'il pensait être arrivé à Lyhanna, Barella réoriente les gendarmes vers la thèse de la fugue : « Je ne sais pas, peut-être qu'elle a fugué. Je sais qu'elle s'était fait engueuler par ses parents il n'y a pas longtemps, elle s'était fait confisquer son téléphone, elle avait déjà parlé de fuguer. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé. »

Pourtant, les premiers éléments de l'enquête écartaient rapidement cette hypothèse : selon ses parents, Lyhanna n'avait aucune raison de fuguer.

Des SMS jugés inappropriés

Sur sa relation avec la fillette, Barella se montre évasif. « C'est une amie de ma fille et quand elle me parlait je lui donnais des conseils », répond-il aux gendarmes. Il tient également des propos décalés par rapport à l'âge de l'enfant : « Moi j'étais content qu'elle arrive à me parler, à me dire les problèmes qu'elle avait et surtout réussir à l'aider, je me sentais utile. »

Confronté à des SMS échangés avec Lyhanna — dont « Et toi les amours ça se passe bien ? » —, il balaie les questions : « Je ne la drague pas, ni quoi que ce soit, je ne vois pas le mal là-dessus en fait. » Il affirme par ailleurs ne pas être attiré par les fillettes.

Des plaintes antérieures minimisées

Selon France Info, Barella est également interrogé sur des procédures antérieures à son encontre. Au moment de son interpellation, il faisait l'objet de plaintes pour viols sur mineures déposées en 2022 et en 2025, bien que son casier judiciaire soit vierge. Parmi ses accusatrices figure Rosa, 11 ans, qui a déclaré avoir été violée une cinquantaine de fois par Barella entre septembre 2024 et avril 2025.

Face aux enquêteurs, il minimise ces accusations. Concernant la plainte de 2022, il déclare : « Même les gendarmes pensaient que c'était faux. C'était la mère qui racontait. [Elle] avait 6 ou 7 ans. Je ne me rappelle plus. J'ai été auditionné. L'affaire avait été abandonnée. »

Mis en examen, puis le corps retrouvé

À l'issue des quarante-huit heures d'interrogatoire, Barella est mis en examen et placé en détention provisoire. À ce stade, il est formellement mis en examen pour enlèvement et séquestration. Le parquet d'Agen a toutefois pris un réquisitoire supplétif afin qu'il soit également mis en examen pour viol et meurtre.

Le 4 juin, le corps de Lyhanna est découvert dans une exploitation agricole du Gers. L'autopsie a établi qu'elle avait été violée, mais n'a pas permis de déterminer « avec certitude » la cause du décès, selon le parquet d'Agen. Cette découverte a provoqué une vague d'émotion et de colère dans le pays, et déclenché une mission d'inspection qui a conclu à des dysfonctionnements au sein de la justice.

Source: France Info