Trafic de cocaïne en Guadeloupe : cinq jeunes jugés à Pointe-à-Pitre
Cinq hommes de 24 à 28 ans ont comparu pour trafic de stupéfiants entre la Guadeloupe et l'Hexagone. Des peines allant jusqu'à 5 ans ferme ont été requises.

Cocaïne, jet-ski et dettes : portrait d'un réseau de petites mains jugé en Guadeloupe
Cinq jeunes hommes âgés de 24 à 28 ans ont comparu le mardi 2 juin devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre pour trafic de stupéfiants. Selon la1ere.franceinfo.fr, l'affaire porte sur un réseau de cocaïne et de cannabis actif en Guadeloupe de février à septembre 2024, dont les ramifications s'étendent jusqu'à l'Hexagone. Cousins, anciens camarades de lycée ou simples connaissances de quartier, aucun des prévenus ne présente le profil du grand banditisme.
À la barre, les motivations avouées sont sans détour. « Je voulais me faire un peu de sous », lâche l'un des prévenus. Un autre décrit comment le train de vie d'un proche l'a entraîné dans l'engrenage : « Je voyais son Audi Q5, son jet-ski… Et toi, t'es là, tu n'as rien, tu galères. » Les cinq hommes sont poursuivis pour transport, détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants.
Maël A., 26 ans, désigné comme tête du réseau
Au cœur du dossier figure Maël A., 26 ans, présenté par les enquêteurs comme le commanditaire. À l'époque des faits, il suit une formation en alternance dans le secteur de la mécanique au sein d'une grande compagnie aérienne — une situation stable, assortie de perspectives professionnelles. Son train de vie interpelle pourtant les enquêteurs : Audi Q5, TMax, jet-ski. Lors des perquisitions menées à son domicile à Sainte-Anne, les gendarmes retrouvent plusieurs bijoux de valeur ainsi qu'un gilet par balles. Depuis le début de la procédure, Maël A. nie l'ensemble des accusations.
12,74 kilos saisis à l'aéroport
Le 21 septembre 2024, Dylan T., ancien camarade de BTS de Maël A. et pièce maîtresse du dossier, est intercepté à l'aéroport alors qu'il s'apprête à embarquer pour Paris sur le vol de 18h. Dans ses deux bagages, les douaniers découvrent 12 pains de cocaïne dissimulés dans des cartons de robots ménagers et dans un cubi de rhum. La saisie atteint 12,74 kilos — présentée par le ministère public comme l'une des trois plus importantes réalisées par les douanes de Guadeloupe parmi les 48 mules interceptées cette année-là.
Face au tribunal, Dylan T. reconnaît avoir accepté le voyage, motivé par 20 000 euros de dettes et la promesse de 10 000 euros pour transporter ce qu'il croyait être deux kilos. Le billet d'avion, d'un montant de 700 euros, aurait été financé par la tête du réseau.
« Je lui ai fait confiance, je n'aurais pas dû… Quand les douaniers ont ouvert la valise, l'amitié est partie. »
Il affirme n'avoir découvert la quantité réelle — 12 kilos — qu'au moment de son interpellation. Maël A. rejette catégoriquement cette version : « Je ne lui ai jamais donné de valise. Je ne suis pas concerné. »
Des plants de cannabis à Sainte-Anne et Saint-François
En remontant les contacts téléphoniques, notamment via Snapchat, l'enquête conduit les gendarmes jusqu'à deux terrains situés à Sainte-Anne et à Saint-François. Sur place, 102 plants de cannabis sont découverts. Trois autres prévenus entrent alors dans le dossier, décrits comme des « jardiniers » chargés d'entretenir les plantations, d'arroser les cultures et de surveiller les parcelles.
À l'audience, les rôles sont minimisés. L'un assure n'avoir fait que « donner un coup de main pour acheter du terreau et de l'engrais ». Un autre indique qu'il passait « de temps en temps, pas forcément tous les jours ». Le troisième affirme avoir agi pour sa seule consommation personnelle.
Des promesses rarement tenues
Un constat traverse l'ensemble des débats : hormis le commanditaire présumé, aucun des prévenus ne semble avoir réellement profité du trafic. Les sommes promises n'ont, pour la plupart, jamais été versées. Tous espéraient améliorer un quotidien précaire ou accéder au mode de vie qu'ils observaient chez leurs proches. « Je me disais qu'un jour, moi aussi, j'aurais des voitures de luxe », résume l'un d'eux.
Pour les enquêteurs, cette affaire illustre les ressorts d'une partie du trafic local : des réseaux constitués de proches, sans hiérarchie véritablement structurée, où l'appât du gain suffit à recruter de nouvelles petites mains.
Peines requises : jusqu'à 5 ans ferme
Le ministère public a requis des peines allant d'un an à cinq ans d'emprisonnement ferme, assorties pour certains prévenus d'amendes pouvant atteindre 5 000 euros. Le tribunal a rendu sa décision après délibération, suivant globalement les réquisitions du parquet.
Source: Google News FR — Crime (fr)