Narcotrafic à Rennes : huit fusillades en un an, le procureur réclame plus de moyens
La Bretagne, longtemps épargnée par le grand banditisme, fait face à une flambée de violences liées au trafic de drogue. Le procureur de Rennes exige des renforts.

Rennes sous pression du narcotrafic : le procureur Teillet tire la sonnette d'alarme
Selon france3-regions.franceinfo.fr, la Bretagne connaît une montée rapide des violences liées au narcotrafic, obligeant les autorités judiciaires et policières à revoir en profondeur leur dispositif. À Rennes, le procureur de la République Frédéric Teillet réclame une accélération nette des moyens humains et matériels.
Huit fusillades en douze mois
Rennes a enregistré huit fusillades en l'espace d'un an. Des tirs à l'arme automatique ont été signalés dans plusieurs quartiers, faisant des blessés et plongeant les habitants dans la peur. Une réalité qui tranche avec l'image longtemps associée à la région.
« La région ouest, et notamment Rennes, a longtemps été perçue comme moins impactée », rappelle Frédéric Teillet. Cette perception a pesé sur les dotations de l'État : les effectifs n'ont pas progressé au même rythme qu'ailleurs. Cette période est désormais révolue, selon le procureur.
Des réseaux mobiles et violents
Le trafic de drogue a profondément changé de nature. Les enjeux financiers sont devenus « colossaux », portés notamment par l'arrivée massive de cocaïne. Pour contrôler les points de deal, les réseaux sont prêts à recourir à toutes les formes de violence.
Les têtes de ces organisations opèrent souvent loin de Rennes, parfois à l'étranger. Sur le terrain, ils s'appuient sur une main-d'œuvre mobile, venue d'autres régions — « des mercenaires », selon Teillet — sans attache locale et sans retenue à l'usage des armes.
Le recours à des mineurs et à des personnes vulnérables est également en nette progression. Les trafiquants cherchent ainsi à réduire leur exposition pénale, allant jusqu'à contraindre des adultes fragiles à dissimuler armes et stupéfiants. Des méthodes que le procureur qualifie d'« habituelles » et de particulièrement choquantes.
La justice en mode réactif
Les auteurs de violences sont souvent identifiés rapidement et placés en détention. Mais Teillet reconnaît les limites de cette approche : « Nous sommes en réaction. » Les arrestations peuvent temporairement stabiliser un territoire, sans pour autant démanteler des réseaux hautement organisés et mobiles.
Les effectifs ont certes été renforcés ces dernières années : un groupe spécialisé stupéfiants a été étoffé et le parquet a obtenu quelques postes supplémentaires. Mais pour le procureur, ces ajustements restent insuffisants face à l'ampleur du phénomène.
« Changer de braquet »
Frédéric Teillet appelle à une montée en puissance globale : davantage de policiers, de magistrats et de greffiers, aussi bien au parquet qu'au siège. « Nous avons besoin de juges pour juger les dossiers que nous instruisons », insiste-t-il. « Il faut impérativement continuer d'augmenter les effectifs », martèle le procureur, en précisant que tous les maillons de la chaîne sont concernés.
Pour Teillet, le diagnostic est sans ambiguïté : la Bretagne n'est plus à l'écart des grandes formes de criminalité. Sans réponse de l'État à la hauteur, la pression sur les quartiers ne faiblira pas.
Source: Google News FR — Crime (fr)