Roissy : les douanes face à l'explosion du trafic d'espèces sauvages
Dix-sept personnes condamnées pour contrebande de civelles, des cornes de rhinocéros saisies à l'export : RFI dresse l'état des lieux du trafic à l'aéroport Charles de Gaulle.

Cornes de rhinocéros, pythons et civelles : le fret de Roissy face au trafic d'espèces protégées
Dix-sept personnes ont été condamnées à des peines pouvant atteindre cinq ans d'emprisonnement pour avoir organisé la contrebande de civelles — des alevins d'anguilles — à destination de l'Asie. Les sacs remplis de ces alevins avaient été interceptés à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle. Comme le rapporte RFI, cette affaire illustre l'ampleur d'un trafic mondial estimé à 20 milliards de dollars par an selon l'ONU.
Dans le hangar de fret de Roissy, plus de deux millions de tonnes de marchandises transitent chaque année. Chaque jour, les douaniers y procèdent à des fouilles aléatoires de colis — stupéfiants, cigarettes, mais aussi espèces animales ou végétales dont le commerce est encadré ou interdit par la convention CITES sur les espèces protégées.
Bile d'ours, poudre de corne et peaux de caïmans
Valérie Besson, cheffe du bureau des douanes de Roissy, supervise ces contrôles. Devant une table couverte de saisies récentes, elle décrit la diversité des produits interceptés : « Il y a beaucoup de médicaments qui contiennent des espèces soit de flore, soit de faune protégées par la CITES. Vous avez par exemple dans des médicaments la bile des ours qui est prélevée sur des ours vivants. Vous avez de l'hippocampe séché, des espèces de flore aussi, qui rentrent dans la fabrication de médicaments asiatiques pour leurs vertus soi-disant thérapeutiques, de force, de virilité. »
Parmi les pièces exposées ce jour-là : deux peaux de caïmans en provenance des États-Unis, des orchidées et des agaves importés pour des collectionneurs français, des fragments d'os, des morceaux de pattes, de queues ou de poils d'animaux. Besson évoque également « les petits poils des queues des éléphants » et deux cornes de rhinocéros, une petite et une grande, saisies lors d'un contrôle à l'export vers l'Asie. « Elles portent des traces qui prouvent qu'elles étaient accrochées sur des trophées, donc elles ont certainement été volées », précise-t-elle. Une enquête doit déterminer leur origine. Le kilo de corne de rhinocéros se négocie à plus de 40 000 euros.
Des animaux vivants glissés dans des colis postaux
Le trafic va parfois jusqu'à l'expédition d'animaux vivants. « Il arrive que des gens mettent des animaux vivants dans des envois de la Poste, poursuit Besson. C'est très rare, mais ça peut arriver quand même. Par la Poste, on a déjà trouvé notamment des serpents, un python royal. » Une fois saisis, ces animaux sont orientés vers des refuges ou des aquariums agréés pour y recevoir les soins adaptés.
Le trafic ne se limite pas au fret : il est également détecté dans les bagages des passagers lors des contrôles aléatoires.
Quatrième trafic mondial, derrière la drogue et les armes
Laurent Authier, responsable adjoint du fret à Roissy, replace ces saisies dans un contexte international : « Au niveau mondial, le trafic des espèces protégées est le quatrième trafic le plus lucratif, le plus rentable après celui relatif aux stupéfiants, à la traite des êtres humains et celui relatif au commerce des armes. »
Les données d'Interpol confirment cette tendance. L'an dernier, le trafic d'animaux vivants a atteint des niveaux records à l'échelle mondiale, avec 30 000 saisies recensées — dont plus de 6 000 oiseaux, tortues, reptiles, primates et pangolins. Ce chiffre en hausse est notamment alimenté par la demande croissante d'animaux de compagnie exotiques.
Des sanctions administratives et pénales
Sur le plan judiciaire, les douaniers s'appuient sur deux leviers. Pour les petites quantités, la saisie des marchandises peut s'accompagner d'une amende administrative. Lorsque des suites pénales sont engagées, les peines peuvent aller jusqu'à l'emprisonnement — comme l'ont illustré les cinq ans prononcés dans l'affaire des civelles. « Le but premier, c'est quand même d'essayer qu'il y ait des suites judiciaires qui soient menées sur nos constatations », souligne Authier.
La condamnation des dix-sept membres du réseau de contrebande de civelles constitue, selon les autorités, un signal fort adressé aux filières organisées qui exploitent les flux de fret aérien pour acheminer des espèces protégées vers les marchés asiatiques.
Source: RFI