Procès libyen en appel : Sarkozy réclame son innocence avant le verdict du 30 novembre

Le procès en appel du financement libyen présumé de la campagne Sarkozy en 2007 s'est clos sur un discours émotionnel de l'ancien président. Le verdict est attendu le 30 novembre.

Procès libyen en appel : Sarkozy réclame son innocence avant le verdict du 30 novembre

Derniers mots, réquisitoire sévère : le procès libyen en appel se referme

Mercredi 29 mai, Nicolas Sarkozy a prononcé ses derniers mots devant la cour d'appel de Paris, la voix marquée par l'émotion et la colère. L'ancien chef de l'État a affirmé n'avoir « pas trahi la confiance des Français » et demandé à la justice de l'innocenter, qualifiant cette procédure de « chemin de croix ». Selon France 24 - France, la décision sera rendue le 30 novembre, à l'issue de deux mois et demi de débats.

En face, le parquet général a requis sept ans de prison contre l'ancien président, pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de campagne. Les magistrats l'ont désigné comme l'instigateur d'un pacte présumé avec le régime de Mouammar Kadhafi, conclu en échange d'argent et de diverses contreparties politiques.

L'absence de Guéant retournée contre Sarkozy

L'une des tensions les plus vives de la fin d'audience a porté sur la stratégie de défense de Nicolas Sarkozy, qui a mis en cause son ancien bras droit Claude Guéant — absent pour raisons de santé. L'avocat de ce dernier, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a dénoncé devant la cour « la cruauté » et « le cynisme » de cette décision.

« L'absence de Claude Guéant imposée par sa santé a été utilisée par Nicolas Sarkozy », a plaidé Me Bouchez El Ghozi, estimant que son client avait « bon dos » en étant désigné comme le « récipiendaire des espèces libyennes ». L'avocat s'est interrogé sur ce changement de cap : « cynisme du politique ou désespoir du prévenu ? »

Ce revirement tranche avec la première instance, où Guéant et Sarkozy avaient présenté un front commun. Selon Me Bouchez El Ghozi, il s'agit d'une « stratégie à courte vue, désespérée et désespérante », d'une « violence inouïe, aussi soudaine que brutale ». Il a rappelé que Claude Guéant avait écrit deux fois à la cour pour souligner qu'il n'avait « eu de cesse que de suivre les instructions de Nicolas Sarkozy », selon le principe que « le n°2 fait strictement ce que lui dit le n°1 ».

L'avocat a également rappelé que Guéant avait bien informé Sarkozy de sa rencontre discrète d'octobre 2005 avec Abdallah Senoussi, numéro deux du régime libyen, alors recherché par la France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989.

Hortefeux et Woerth plaident la relaxe

Brice Hortefeux, ancien ministre et proche de Nicolas Sarkozy, a pris la parole en fin de procédure pour se décrire comme un homme « physiquement debout » mais « moralement à terre », épuisé par des années de mise en cause. « À terre de voir l'engagement de sa vie soupçonné », « de voir son intégrité mise en cause », a-t-il déclaré devant la cour.

Son avocate Florence Bourg a demandé sa relaxe. Le parquet général avait requis contre lui quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour association de malfaiteurs. Pour Éric Woerth, trésorier de la campagne victorieuse de 2007, dix mois de prison avec sursis ont été requis — lui qui avait été relaxé en première instance du délit de complicité de financement politique illégal. Son conseil, Me Jean-Yves Le Borgne, a également plaidé la relaxe.

La défense dénonce « treize ans sans preuve »

Les avocats de Nicolas Sarkozy ont livré leurs plaidoiries en ciblant la durée et la fragilité de l'enquête. « Cela fait 13 ans qu'on cherche, 13 ans qu'on fouille, 13 ans qu'on perquisitionne en France, en Suisse, en Libye, au Liban », a déclaré Me Christophe Ingrain, premier des quatre avocats de l'ancien président à intervenir. Il a qualifié l'accusation de « roman grotesque » bâti sans « preuves directes ».

Sur le fond, la défense a soutenu que Sarkozy n'aurait pas été informé des rencontres de Hortefeux et Guéant fin 2005 avec Abdallah Senoussi, au cours desquelles le pacte présumé aurait été noué. Sa propre visite du 6 octobre 2005 n'aurait constitué qu'un « déplacement officiel du ministre de l'Intérieur qui s'inscrivait dans le rapprochement entre la France et la Libye », selon Me Ingrain.

Me Sébastien Schapira a, lui, interrogé le mobile attribué à son client, plaidant le « bon sens » : il a mis en avant l'« invraisemblance » du scénario d'un homme « aux portes de l'Élysée » qui se serait engagé dans « un pacte faustien » avec Mouammar Kadhafi, décrit comme « un fou furieux » dont tout le monde savait qu'il était ingérable.

L'accusation soutient que ce pacte prévoyait de l'argent libyen en échange de contreparties, notamment un réexamen de la situation pénale de Senoussi, condamné à la perpétuité en France pour l'attentat du DC-10 d'UTA en 1989, qui avait causé 170 morts.

« Je ne demande qu'une chose »

Dans ses dernières déclarations à la cour, Nicolas Sarkozy a répété qu'il n'avait « pas trahi la confiance des Français » et a réclamé son innocentement. La cour d'appel de Paris rendra sa décision le 30 novembre.

Source: France 24 - France