Tentative de meurtre d'un blogueur azerbaïdjanais à Nantes : le récit du procès de Rennes
Mahammad Mirzali a témoigné devant la cour d'assises spéciale de Rennes de l'attaque au couteau subie à Nantes en 2021. Neuf accusés d'origine azerbaïdjanaise encourent jusqu'à la perpétuité.

Procès de Rennes : un dissident azerbaïdjanais raconte l'attaque au couteau qui a failli le tuer
Le blogueur azerbaïdjanais en exil Mahammad Mirzali a témoigné mardi devant la cour d'assises spéciale de Rennes de l'agression dont il a été victime à Nantes en mars 2021, selon boursorama.com. « Je me pensais mort », a-t-il déclaré en français, costume clair, face aux sept prévenus présents dans la salle.
Mirzali, 32 ans, a décrit avec précision la minute durant laquelle trois agresseurs l'ont lardé de coups de couteau. « Je pensais que c'était la dernière fois que je respirais. Je mourais », a-t-il affirmé devant la cour, sous le regard des accusés — six dans le box, un sous contrôle judiciaire, deux absents. Il s'est même allongé au sol pour montrer la position qu'il avait adoptée pour tenter de parer les coups.
Un « crime politique » venu d'Azerbaïdjan
Le blogueur a qualifié l'attaque de « crime politique » émanant « du gouvernement d'Azerbaïdjan ». Titulaire du statut de réfugié politique en France depuis 2016, il alimente une chaîne YouTube et un blog comptant des centaines de milliers d'abonnés, dénonçant régulièrement le régime de Bakou.
Jeanne Cavelier, responsable de Reporters sans frontières (RSF) pour l'Asie centrale et l'Europe de l'Est, a témoigné dans la foulée. « Cette agression ne vient pas de nulle part, c'est quelque chose que RSF observe depuis des années dans plusieurs pays », a-t-elle déclaré. Elle a décrit une « répression transnationale » visant à « intimider, menacer et agresser » des journalistes et opposants à l'étranger, pratique attribuée notamment à la Chine, l'Iran, l'Égypte, la Turquie, la Russie et la Biélorussie.
Neuf accusés, tous d'origine azerbaïdjanaise
Les trois membres présumés du commando et les six hommes accusés de les avoir assistés à travers l'Europe sont tous de nationalité ou d'origine azerbaïdjanaise. Le principal accusé, Emin Gasimov, est incarcéré à la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe. Les enquêteurs le présentent comme membre de la mafia russophone des « voleurs dans la loi ». Durant le témoignage de Mirzali, Gasimov a plusieurs fois élevé la voix, au point que le président de la cour a menacé de lui couper le micro.
Une vie sous protection permanente
Mirzali a décrit une existence quasi monacale : appartement « plongé dans le noir, volets baissés », parents qui ignorent son adresse. « Même chez moi je ne me sens pas bien en sécurité », a-t-il dit, rappelant le meurtre d'un autre opposant azerbaïdjanais poignardé en octobre 2024 à Mulhouse. En 2025, il a été condamné par contumace dans son pays d'origine à six ans et demi de prison et fait l'objet de menaces de mort récurrentes.
La défense met en doute l'intention de tuer
Les avocats des accusés ont tenté de semer le doute sur la préméditation, suggérant que le commando aurait interrompu l'agression s'il avait réellement voulu tuer. Mirzali a rejeté cette interprétation : « Quand ils venaient vers moi, je zigzaguais, ils ont perdu du temps et tout le monde klaxonnait » — les agresseurs avaient immobilisé leur véhicule sur les voies de circulation. « Je pense qu'ils ont perdu du temps et qu'ils ont stressé. Ils ont bien essayé de m'assassiner », a-t-il répondu.
Interrogé sur sa volonté de poursuivre ses critiques du régime azerbaïdjanais, le blogueur a répondu sans détour : « Pourquoi arrêter ? Le gouvernement ne me lâchera pas. »
Les neuf accusés sont poursuivis selon les cas pour tentative de meurtre en bande organisée, complicité ou association de malfaiteurs. Les peines encourues vont de dix ans d'emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu en fin de semaine prochaine.
Source: Google News MA — Crime (fr)