Enquête : un opérateur chypriote derrière 127 plateformes de paris interdites en France
France Télévisions et Investigate Europe dévoilent le fonctionnement d'un groupe de jeux en ligne basé à Chypre, qui capterait des millions d'euros de parieurs français via des sites sans autorisation.

Enquête : un opérateur chypriote derrière 127 plateformes de paris interdites en France
Un reportage de franceinfo, réalisé avec le consortium Investigate Europe, expose les agissements d'une société de jeux en ligne établie à Chypre. L'entité Soft2bet, dont le dirigeant est Uri Poliavich, célébrait récemment ses neuf ans d'existence lors de soirées fastueuses. En coulisses, elle gérerait un vaste éventail de sites de paris sans agrément français.
Les enquêteurs ont dénombré 127 plateformes visant explicitement les internautes de l'Hexagone, bien qu'aucune ne dispose de l'autorisation requise. Frumzi, Only Spins et Rabona en font partie. Ces portails proposent des mises sportives, mais aussi des activités de casino strictement illégales sur le territoire national. L'une d'elles affichait ouvertement : l'accès depuis la France se fait vite et sans complication.
Un utilisateur, Rémi Thomassin, a vu sa situation financière s'effondrer sur l'une de ces interfaces. En l'espace de trois journées, il a dilapidé 4 000 euros, l'équivalent de deux mois de rémunération. Pourtant inscrit sur le fichier des personnes interdites de jeux, il a pu ouvrir un compte sans contrôle. « J'étais accro, tout le temps en train de recharger le portable », confie-t-il. Un ex-salarié du groupe, chargé de la clientèle francophone, affirme que les délais de retrait sont délibérément étirés pour inciter les parieurs à remiser leurs gains.
Des pièces comptables et administratives internes ont permis de tracer les flux financiers. Les recettes de ces portails aboutissent à Outono, une société holding liée au groupe. Sur quatre exercices, le montant total approcherait les 600 millions d'euros.
L'Autorité nationale des Jeux (ANJ), contactée par les journalistes, a reconnu ignorer que tous ces portails dépendaient d'une seule et même structure. Jérôme Labarbe, qui supervise la lutte contre l'offre non réglementée, décrit une course permanente : chaque fermeture d'adresse entraîne la naissance d'un clone sous une URL infime différente. « Demain ils créeront un nouveau site 0065 puis 0066, 67, 68 », illustre-t-il.
Interrogée sur ces éléments, la société a livré une réponse laconique, assurant prendre la conformité et la gouvernance au sérieux. Depuis, plusieurs des interfaces identifiées ont cessé d'accepter l'ouverture de comptes depuis la France.
Source: France Info