Clan Yoda à Marseille : condamné à 12 ans, Félix Bingui va faire appel
L'avocat de Félix Bingui, chef présumé du clan Yoda, a dénoncé un réquisitoire « tout politique » après la condamnation de son client à 12 ans de prison.

Clan Yoda : la défense de Félix Bingui conteste la condamnation à 12 ans de prison
Selon lamarseillaise.fr, l'avocat de Félix Bingui, Philippe Ohayon, a vivement critiqué les réquisitions du parquet lors des plaidoiries du mercredi 3 juin au tribunal correctionnel de Marseille. Son client, présenté comme le dirigeant présumé du clan Yoda et responsable présumé du point de deal de la Paternelle selon les enquêteurs, a finalement été condamné à 12 ans de prison. Le délibéré a été rendu le vendredi 5 juin.
« Seize ans, c'est une peine d'assises qui est requise », a dénoncé maître Ohayon, contestant la sévérité de la peine initialement demandée par le ministère public. Pour la défense, la procédure repose sur des bases fragiles : une « quinzaine de déclarations éparses » issues de « centaines d'heures d'écoutes », sans élément précis sur un trafic de stupéfiants. « Moins il y a de preuves, plus [Bingui] est coupable », a ironisé l'avocat.
Des policiers mis en examen au cœur du dossier
La défense a également pointé une irrégularité majeure : les trois policiers en charge de la vidéosurveillance et des écoutes dans le dossier Bingui sont eux-mêmes mis en examen dans le cadre de l'affaire Trident, révélée en octobre 2025 par Libération et Mediapart. Maître Ohayon a rappelé l'existence de « sonorisations illégales », affirmant que ces policiers « ont pris des risques déontologiques incroyables pour faire tomber un dénommé "Mimo", ce qui a raté ».
« La procédure est construite sur une pyramide à la gloire de Monsieur Bingui dont on se demande si elle n'est pas un hologramme », a poursuivi l'avocat, soulignant que l'ensemble des éléments du dossier semblait uniquement destiné à mettre son client en cause.
Un sac plastique comme preuve du trafic ?
Sur les faits eux-mêmes, la défense a minimisé les éléments à charge. Philippe Ohayon a évoqué des parties de cartes ou de barboute — un jeu de dés — dans un local attenant à une alimentation rue Thubaneau, ainsi qu'« un sac plastique donné devant cette épicerie », présenté selon lui comme la preuve du trafic de drogue. « C'est le sac plastique conspiratif... », a-t-il ironisé.
L'avocat a également reproché au ministère public d'avoir « si peu évoqué les débats » des trois semaines d'audience dans ses réquisitions, comme s'il existait « un mur de culpabilités, de certitudes, de convictions ».
Pression politique et « guerre » contre le narcotrafic
Maître Ohayon a exprimé ses craintes quant au contexte général dans lequel s'inscrit ce procès. Il a évoqué une « pression gouvernementale » liée à la « guerre » déclarée contre le narcotrafic, estimant que ce climat pèse sur l'exercice de la justice. « À Marseille il y a de vrais sujets, nous parlons plus en France de trafic que d'éducation, de progrès », a-t-il dit, sans toutefois accuser explicitement le tribunal de « faire de la politique ».
La défense a néanmoins concédé certains points. « Nous ne sommes pas là pour faire passer Monsieur Bingui pour une victime, il y a 35 éléments à charge », a admis l'avocat. Sur le train de vie de son client, jugé par le procureur incompatible avec une activité légale, Philippe Ohayon a reconnu que la « non-justification de ressources » était « possible », tout en contestant le lien avec le point de deal de la Paternelle.
Un appartement à Dubaï sans réponse des Émirats
Concernant le patrimoine immobilier de Félix Bingui, et notamment un appartement à Dubaï dont il serait propriétaire, la défense a indiqué avoir effectué les démarches nécessaires. « Les Émirats arabes unis n'ont toujours pas répondu », a assuré maître Ohayon.
Citant des vers d'Aragon — « rien n'est jamais acquis à l'homme. Ni sa force. Ni sa faiblesse, ni son cœur » —, l'avocat a conclu : « Félix Bingui a un avenir. » Le délibéré prononcé le 5 juin a confirmé une peine de 12 ans d'emprisonnement.
Source: Google News FR — Crime (fr)