Meurtre de Lyhanna : une psychologue alerte sur l'escalade des comportements sexuels criminels

La psychologue Johanna Smith souligne que des interventions précoces auraient pu stopper le suspect Jérôme Barella. France Info l'a interrogée sur la notion de "carrière criminelle".

Meurtre de Lyhanna : une psychologue alerte sur l'escalade des comportements sexuels criminels

Affaire Lyhanna : « Plus on intervient vite, plus c'est dissuasif »

Un signalement pour comportement inapproprié envers une lycéenne de 17 ans en 2017, puis une mise en cause pour l'enlèvement et le meurtre d'une collégienne de 11 ans près de dix ans plus tard. Le parcours de Jérôme Barella, principal suspect dans l'affaire Lyhanna, interpelle. Ce père de famille de 42 ans n'a jamais été entendu par la justice, malgré deux signalements et deux plaintes pour viol.

Selon France Info, qui a interrogé la psychologue Johanna Smith — spécialiste des auteurs de violences sexuelles et autrice de l'ouvrage Protéger son enfant des violences sexuelles —, cette absence d'intervention judiciaire soulève une question centrale : a-t-elle favorisé l'aggravation des passages à l'acte ?

Une « carrière criminelle » qui progresse par étapes

Pour Johanna Smith, la trajectoire de Jérôme Barella peut s'expliquer par le concept de « carrière criminelle », développé au Québec. « Les auteurs de crimes sexuels ont souvent un scénario type, idéal : un acte sexuel de tel type avec un enfant de tel âge », explique-t-elle. Ils progressent par tâtonnement vers cet acte, en affinant leurs scénarios d'approche et de mise sous silence. Un homme peut ainsi commencer par des exhibitions sexuelles alors que ce qui le motive est le passage à un acte plus grave.

Détecter ces premiers signaux reste difficile, reconnaît la psychologue. Sur dix exhibitionnistes, un seul peut décider d'aller plus loin. « Les neuf autres vont être vus, revus, condamnés, sans forcément d'escalade. Cela peut engourdir la vigilance des enquêteurs », souligne Smith. Elle cite l'exemple de Dominique Pélicot, arrêté parce qu'il filmait sous les jupes de femmes, avant que soient découverts des faits bien plus graves — il a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour avoir drogué et livré sa femme à des dizaines d'hommes.

Le rôle clé d'une sanction rapide

La psychologue insiste sur l'effet dissuasif d'une intervention précoce. « Plus on intervient vite sur des comportements problématiques repérables, plus c'est dissuasif », affirme-t-elle. Lorsqu'une sanction arrive rapidement, le cerveau établit plus facilement un lien de cause à effet entre le comportement et ses conséquences. Cela présente un double bénéfice : prévention de la récidive et réduction des affaires lourdes à traiter sur le plan judiciaire.

Les récits des victimes illustrent cette dynamique d'escalade, selon Smith. « Les premières marches sont visibles de tous, mais faute de recadrage, la situation s'envenime. » Elle pointe également un déficit important de moyens dans la protection de l'enfance et un manque de formation des professionnels, appelant à « des choix courageux de la part du gouvernement ».

La société et les pouvoirs publics en première ligne

Au-delà de la justice, la psychologue appelle à une réponse collective. « Le dysfonctionnement de la justice aggrave la situation, mais la société a son rôle à jouer, ainsi que les politiques qui la gouvernent, en fixant un code de conduite sur ce qui est accepté ou non, avant même que cela soit illégal », déclare-t-elle.

Elle évoque également des dispositifs communautaires existants : les « cercles de soutien et de responsabilité », créés au Canada, qui mobilisent des bénévoles — comparables aux parrains des Alcooliques anonymes — pour accompagner les agresseurs sexuels en période de vulnérabilité. Ces cercles commencent à se développer en Europe et en France pour les récidivistes. Johanna Smith suggère de les déployer plus en amont, en lien notamment avec le dispositif téléphonique Stop, destiné aux personnes attirées sexuellement par les enfants.

Un contexte judiciaire sous pression

La polémique autour des dysfonctionnements dans l'affaire Lyhanna s'intensifie, alors que les magistrats français dénoncent régulièrement un manque de moyens. Le corps de la collégienne a été découvert dans le Gers. Jérôme Barella demeure le principal suspect. Aucune condamnation n'a encore été prononcée dans cette affaire.

Source: France Info