Narcotrafic à Toulouse : Mohamed Zerrouki de retour devant la justice pour enrichissement illicite
Le présumé patron du trafic de drogue du quartier des Izards comparaît à la cour d'assises de Haute-Garonne pour des infractions financières. Son train de vie jugé incompatible avec ses revenus officiels est au cœur des accusations.

Zerrouki de nouveau devant la cour d'assises pour des faits de blanchiment liés au narcotrafic toulousain
La cour d'assises spécialement composée de Haute-Garonne examine depuis ce mercredi le volet financier d'un dossier de narcotrafic centré sur le quartier des Izards, au nord de Toulouse. Selon ladepeche.fr, Mohamed Zerrouki, 45 ans, sans casier judiciaire et père de trois enfants, est soupçonné d'avoir été le chef du clan qui contrôlait le trafic de stupéfiants dans ce secteur depuis de nombreuses années. Six audiences sont prévues pour examiner l'affaire.
Une enquête financière ouverte en janvier 2020
C'est début janvier 2020 que la police judiciaire, aujourd'hui rebaptisée Decos, a ouvert une enquête financière ciblant Zerrouki. Les investigations ont rapidement mis en évidence des incohérences marquées entre le train de vie de l'accusé et de sa famille, et ses revenus officiels, quasi inexistants.
Le quartier des Izards est depuis longtemps associé au trafic de drogue. Les enquêteurs ont évalué les revenus générés par le seul trafic de cannabis entre 12 000 et 18 000 euros par jour, selon les éléments réunis au cours de l'instruction. La cocaïne représentait une source de profits supplémentaire, dont le montant exact n'a pas été précisé.
Face à la difficulté de prouver directement l'implication des figures du quartier dans les points de deal, la police a modifié son approche : ses spécialistes financiers ont été chargés d'examiner le patrimoine et les mouvements de fonds de ces individus.
Une maison vendue 552 000 euros au cœur des débats
L'enquête a notamment porté sur la construction d'une maison à Buzet-sur-Tarn, revendue 552 000 euros par le couple. Zerrouki a affirmé avoir "beaucoup travaillé de ses mains avec des amis" pour édifier la propriété. Mais un expert mandaté par la justice a estimé le coût des travaux à plus de 250 000 euros. Le prêt bancaire obtenu ne s'élevait qu'à 180 000 euros, dont 61 000 euros affectés à l'achat du terrain. La justice considère en outre que les documents fournis à la banque pour obtenir ce prêt étaient falsifiés.
L'emploi de Zerrouki dans le Gers a également été examiné. Selon les enquêteurs, cet emploi n'était pas compatible avec ses déplacements constatés. Ses sorties en casino et ses paris sportifs, évoqués pour expliquer certains flux d'argent, lui auraient coûté plus qu'ils ne lui auraient rapporté.
Des téléphones cryptés livrent des preuves embarrassantes
L'enquête a pris une dimension nouvelle grâce aux données extraites de téléphones chiffrés de type SkyGPP, saisies par la juridiction nationale en charge de la criminalité organisée, basée à Paris. Ces appareils, utilisés par des trafiquants toulousains et réputés inviolables, contenaient des conversations compromettantes : des échanges avec le Maroc et l'Amérique du Sud portant sur l'acheminement de centaines de kilos de cannabis et de cocaïne jusqu'à Toulouse. Les enquêteurs y ont également trouvé la photographie de milliers de billets réunis sur la table à manger du domicile familial.
Face à ces éléments, Zerrouki a longtemps nié toute implication. En mars dernier, lors d'un précédent procès portant sur un règlement de comptes, il avait alterné entre le silence, une tentative de suicide et un refus de comparaître. Ces postures n'avaient pas empêché sa condamnation à 27 ans de réclusion, peine contre laquelle il a fait appel.
La femme de l'accusé également sur le banc des accusés
Cette fois, cinq personnes comparaissent, dont un accusé toujours en fuite. Parmi elles figure l'épouse de Zerrouki, âgée de 42 ans, jamais incarcérée depuis son arrestation au printemps 2021. Après dix-sept ans de vie commune et trois enfants, la justice s'interroge sur sa connaissance réelle des activités de son mari. Elle nie toute implication, mais le dossier d'instruction tend à démontrer le contraire.
Hakim Bouddejelah, défendu par Mes Dupoux et Le Bonjour, et Badreddine Abbou, assisté de Me Parra-Bruguière, figurent également parmi les co-accusés. La défense du couple est assurée par Me Mourad Battikh. Selon un avocat cité dans l'article, les textes de loi appliqués sont "copiés sur les lois anti-mafia italienne". Les peines encourues se chiffrent en dizaines d'années de détention.
Verdict attendu la semaine prochaine
Les débats doivent se poursuivre pendant six jours. Le verdict est attendu la semaine prochaine. Pour Zerrouki, ce nouveau procès s'inscrit dans un feuilleton judiciaire qui implique le clan des Izards depuis des années, marquées notamment par une série d'assassinats à l'été 2020 dans ce quartier du nord de Toulouse.
Source: Google News FR — Crime (fr)