Procès Athanor : jusqu'à 30 ans de réclusion requis contre 19 accusés de l'officine criminelle
Le parquet général a requis des peines allant de 18 mois avec sursis à 30 ans de réclusion contre les membres de la loge maçonnique Athanor. Verdict attendu le 17 juillet.

Procès Athanor : les réquisitions tombent après deux jours de débats
À l'issue de deux journées de réquisitions, les avocats généraux ont demandé des peines allant de 18 mois d'emprisonnement avec sursis à 30 ans de réclusion criminelle à l'encontre de 19 des 22 accusés du procès Athanor, rapporte bfmtv.com. Les prévenus sont poursuivis pour leur rôle dans une officine clandestine accusée du meurtre du pilote automobile Laurent Pasquali et de plusieurs tentatives d'assassinat.
La relaxe a en revanche été requise pour trois commanditaires présumés, dont le couple Maarek, poursuivi pour complicité de meurtre en bande organisée dans le cadre de l'assassinat de Pasquali.
Les têtes de réseau visées par les peines les plus lourdes
Les réquisitions les plus sévères ont été prononcées contre ceux que l'avocate générale Anabelle Philippe a désignés comme "les trois accusés qui forment le socle sans lequel rien ne serait arrivé". Trente ans de réclusion criminelle ont été requis contre l'ancien agent de la DCRI Daniel B., 72 ans, et 25 ans contre le chef d'entreprise Frédéric V., 55 ans. Les deux hommes se sont rencontrés au sein de la loge maçonnique Athanor, dans les Hauts-de-Seine, où leur lien fraternel a progressivement glissé vers une relation "commerciale et criminelle".
Vingt-deux ans de prison ont été demandés contre Sébastien L., l'homme de main impliqué dans l'ensemble des contrats criminels examinés par la cour d'assises spécialement composée depuis le 30 mars. Le parquet a également requis 20 ans de réclusion à l'encontre de Dylan B., que l'ex-agent de sécurité de 36 ans accuse d'avoir tiré le coup fatal contre Laurent Pasquali — des accusations que ce dernier conteste depuis le début des investigations.
Des peines de 15 et 13 ans de réclusion ont par ailleurs été demandées contre deux militaires, Pierre B. et Carl E., interpellés en juillet 2020 au pied du domicile d'une coach en entreprise visée par un projet d'assassinat.
Une "PME du crime" dissimulée sous des apparences légales
Le parquet général s'est dit "sidéré par la réalité de ce dossier", face à des accusés "insérés" dans la société, capables de "mettre des contrats sur la tête des gens autour d'un bon repas" et de déguiser "des assassinats sous les attraits de la banalité".
Pendant deux jours, les avocats généraux Nicolas d'Hervé et Anabelle Philippe ont retracé la "montée en puissance" de cette organisation qu'ils ont qualifiée de "société secrète fondée sur la cupidité et l'orgueil", à la structure "rhizomique" — c'est-à-dire capable de s'adapter et d'évoluer en permanence.
Le fonctionnement d'Athanor imitait celui d'une entreprise commerciale ordinaire. Assassinats, passages à tabac, vols, espionnage industriel : des devis, facilités de paiement, relances et même des déductions de TVA étaient adressés aux clients sous l'apparence de prestations légales. Au total, 210 000 euros ont été amassés par ce que le parquet a qualifié de "petite entreprise du crime", dont le "premier mobile" était l'argent.
La répartition des rôles était précise : Frédéric V. était chargé de décrocher les contrats et reversait un tiers des sommes perçues à Daniel B., décrit comme "chargé de la partie opérationnelle et pour qui rien n'est impossible". Tous deux revendiquaient une appartenance, passée ou actuelle, aux services de renseignement, promettant aux exécutants et aux clients une impunité totale.
Des exécutants qui invoquent la manipulation
Plusieurs prévenus ont nié toute intention criminelle, se présentant comme des agents d'État manipulés par leurs donneurs d'ordre. Sébastien L., décrit comme fasciné par le film Matrix et l'univers de l'espionnage, affirme avoir été recruté pour effectuer des missions étatiques "hors cadre" — que l'accusation qualifie d'imaginaires.
"À l'inverse du scénario de Matrix, la pilule rouge est ici un monde d'illusion et d'euphorie", a déclaré Nicolas d'Hervé, décrivant "un jeu de rôle absurde". L'exécutant principal, qui avait échoué au concours de police, "a toujours su", selon le parquet, que Daniel B. — "maître dans l'art de la duplicité" — lui offrait "une vie de barbouze, pas une vie d'agent".
Ce même exécutant se serait lui-même présenté comme un agent pour recruter des militaires de la DGSE, aujourd'hui poursuivis pour tentative de meurtre en bande organisée.
Verdict attendu le 17 juillet
Le procès se poursuivra désormais avec les plaidoiries de la défense. Le verdict est prévu le 17 juillet.
Source: Le Monde - Justice