Affaire Lyhanna : une enquêtrice dénonce la saturation des services de protection des mineurs
Une policière chargée des violences sur mineurs a livré un témoignage anonyme révélant l'impossibilité de traiter correctement les centaines de dossiers qui s'accumulent dans ses services.

Affaire Lyhanna : une enquêtrice dénonce la saturation des services de protection des mineurs
Une policière œuvrant au sein d'une unité dédiée aux atteintes contre les enfants a livré un témoignage anonyme à franceinfo mardi 9 juin, dressant un constat accablant de la situation dans ses services.
Dans sa brigade, chaque fonctionnaire gère aujourd'hui environ 150 affaires, soit une multiplication par deux ou trois par rapport à la période antérieure. L'agente a comparé leur quotidien à celui d'un urgentiste débordé, contraint de faire des choix déchirants entre plusieurs victimes. Les dossiers retenus en priorité sont ceux où l'enfant demeure en contact avec son agresseur, jugés les plus dangereux.
Les retards de traitement génèrent une tension supplémentaire avec les familles. Les proches des victimes appellent régulièrement pour connaître l'avancée de leur affaire, ce qui ajoute à la pression déjà écrasante des équipes. L'enquêtrice a insisté sur le fait que ces délais ne résultent pas d'un manque de volonté : "Ce n'est pas vrai du tout, c'est juste qu'on n'est pas en capacité de traiter comme on aimerait le faire."
Outre le problème d'effectifs, l'officier a dénoncé des outils informatiques inadaptés. Le programme utilisé pour la procédure pénale serait vétuste et bogué, obligeant les enquêteurs à consacrer une part importante de leur temps à des tâches administratives techniques plutôt qu'à l'investigation proprement dite. Elle a précisé que lors de la réforme sur la garde à vue, le logiciel n'avait été actualisé qu'avec un an de retard, forçant les policiers à produire des documents complémentaires pour rester en conformité.
Selon les données du garde des Sceaux, environ trois millions de plaintes seraient actuellement en attente dans les commissariats et les gendarmeries, ce qui représente une augmentation d'un million sur trois ans. L'agente a refusé de blâmer des individus en particulier, estimant que l'ensemble de l'appareil judiciaire et policier est submergé.
Ce témoignage coïncide avec la demande de Gérald Darmanin d'une "mobilisation générale" des magistrats suite aux défaillances révélées dans le cadre de la disparition de Lyhanna, une jeune fille retrouvée décédée dans le Gers après avoir subi des agressions sexuelles.
Source: France Info