Attentat de Nice : les proches des victimes réclament un procès pour les autorités locales
Dix ans après le carnage du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais, les parties civiles réclament que les responsables politiques et administratifs de l'époque répondent de leurs choix en matière de sécurité. L'enquête, longtemps au ralenti, a repris récemment.

Attentat de Nice : les proches des victimes réclament un procès pour les autorités locales
Un camion de 19 tonnes a foncé dans la foule sur la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet 2016. Le bilan : 86 décès et plusieurs centaines de blessés. Dix ans après ce carnage, ceux qui ont survécu et les familles des disparus réclament des sanctions contre les élus et hauts fonctionnaires qui avaient la charge de sécuriser le site.
La justice a déjà jugé et condamné huit complices présumés du tueur, lui-même abattu par les forces de l'ordre dans la nuit. Mais les parties civiles estiment que cette sentence ne suffit pas. Elles veulent que les dirigeants locaux de 2016 soient traduits en justice pour n'avoir pas pris les mesures de protection nécessaires face à une menace terroriste pourtant connue.
L'association Mémorial des Anges, qui porte la voix de nombreux endeuillés, dénonce un sentiment d'isolement prolongé. Après une longue période de stagnation, l'instruction visant les responsables institutionnels a brusquement progressé ces dernières semaines. Le dossier avait été déplacé à Marseille au début de l'année 2024 en raison de difficultés juridictionnelles. En juin, plusieurs fonctionnaires de police ont été auditionnés. Des fouilles ont par ailleurs été effectuées au sein de l'hôtel de ville, de la préfecture, ainsi que dans les bureaux des forces de sécurité nationale et locale.
Thierry Vimal, père d'une enfant de 12 ans tuée ce soir-là, évoque une attente de sept ans sans aucun mouvement. Il se souvient d'une rencontre avec des juges niçois qui s'étaient engagés à faire toute la lumière, avant que le silence ne retombe sur le dossier.
De nombreuses zones d'ombre persistent. Combien d'agents étaient réellement postés le long du front de mer ? Les services de l'État avaient-ils envisagé une agression au véhicule ? Ce soir de fête nationale, aucune barrière n'empêchait le poids lourd de pénétrer sur une artière où 25 000 personnes suivaient le spectacle pyrotechnique.
Pour les plaignants, cette question de la protection du public est primordiale, voire plus encore que la condamnation des aides du terroriste. Thierry Vimal oppose l'attentat en lui-même, acte de guerre perpétré par un adversaire extérieur, aux carences des pouvoirs publics chargés de défendre les citoyens. Cette défaillance génère selon lui une rage particulière, fruit d'un profond sentiment d'abandon.
Cette fracture entre victimes et institutions s'était déjà exprimée lors des audiences antiterroristes, notamment quand l'ancien premier magistrat de la ville Philippe Pradal et son bras droit en charge de la sécurité Christian Estrosi ont comparu. Tous deux sont aujourd'hui visés par la procédure, de même que l'ancien représentant de l'État dans le département et son collaborateur direct.
Pour l'heure, aucun de ces quatre hommes n'a été inculpé. Ils demeurent sous le régime des témoins assistés, un statut qui exclut leur renvoi devant une cour d'assises. Thierry Vimal nourrit toutefois l'espoir qu'un procès puisse un jour s'ouvrir, afin que le drame du 14 juillet 2016 livre enfin ses enseignements une décennie après les faits.
Source : franceinfo
Source: France Info