Procès Debeauvais à Amiens : triple meurtre rue Maberly, « c'était pour le fun »
Jérôme Debeauvais, 52 ans, est jugé à Amiens pour le meurtre de sa compagne, de leur fils de 3 ans et de sa belle-sœur en avril 2022. L'accusé a qualifié les faits de « fun ».
Jérôme Debeauvais face à la cour d'assises de la Somme pour un triple homicide familial
La grande salle de la cour d'assises de la Somme n'avait pas accueilli un tel public depuis le procès Bardon en 2019, selon courrier-picard.fr. Jérôme Debeauvais, 52 ans, comparaît jusqu'à jeudi pour les meurtres de sa compagne Jennifer, 26 ans, de leur fils Eliam, 3 ans, et de sa belle-sœur Amelia, 26 ans, commis entre le 8 et le 13 avril 2022 au 82, rue Maberly à Amiens. Il est également poursuivi pour le viol des deux jeunes femmes.
Une lecture de l'acte d'accusation qui glace la salle
Après le tirage au sort des jurés, le président a résumé le dossier. La strangulation de Jennifer, l'étouffement du petit Eliam avec un coussin, la séquestration d'Amelia — nue, terrorisée au point de s'uriner dessus, soumise à un acte sexuel établi par analyse ADN — puis son exécution d'un coup de couteau à la jugulaire : les faits se sont imposés dans leur brutalité malgré la sécheresse administrative du texte.
Amelia avait été attirée dans l'appartement par un SMS envoyé le 11 avril à 16 h 44 : « Super nouvelle grandiose, est-ce que tu peux passer ce soir ? » La partie civile, Me Daquo, y voit la preuve d'une préméditation. Interrogé sur ces faits, Debeauvais a déclaré que c'était « pour le fun ».
« Je suis le pire des salopards »
Face à la lecture de l'ordonnance de mise en accusation, l'accusé a affiché une froideur remarquée. « C'est terrible, je ne voyais pas ça comme ça. J'ai beaucoup travaillé pour retrouver un peu de mémoire mais là, ce que vous dites, c'est terrible. On a l'impression que j'ai fait un lynchage collectif », a-t-il déclaré. Plus tard, il a ajouté : « Si j'écoute tout ce qui se passe depuis tout à l'heure, je suis le pire des salopards. » La salle a réagi par un murmure d'acquiescement.
Debeauvais soutient avoir tué Jennifer à la suite d'une dispute portant sur la garde de sa fille, née d'une précédente union, après un rapport sexuel qu'il décrit comme « classique » et consenti. Cette version est contredite par la panoplie retrouvée dans la chambre — menottes, fouet, huile, godemichet. Il affirme que Jennifer l'aurait insulté lors de cette altercation, un fait invérifiable.
La question sans réponse : Eliam et Amelia
Le président Damulot a relevé que le féminicide, survenu lors d'un accès de colère, pouvait à la rigueur être « compris, à défaut d'être excusé ». Mais le meurtre du petit Eliam et celui d'Amelia ? Jérôme Debeauvais n'a fourni aucune explication.
Après les meurtres, l'accusé a envoyé des SMS depuis les téléphones des deux femmes pour faire croire qu'elles étaient en vie, retardant ainsi le signalement à la police. La responsable hiérarchique de Jennifer, employée dans une entreprise du secteur de l'énergie, a indiqué avoir trouvé ces messages « bizarres » — truffés de fautes, alors que son employée n'en faisait jamais. Jennifer avait obtenu une promotion deux semaines avant sa mort. « Elle avait peur de l'annoncer à son conjoint », se sont souvenus ses collègues.
Une hypothèse a émergé au fil des témoignages : Debeauvais, décrit comme un homme en échec, aurait-il mal supporté la réussite de Jennifer et d'Amelia, surnommée « la solaire » ? Lors de leur rencontre en 2017, Jennifer était serveuse et Jérôme tenait un bar à Saint-Leu, établissement qui finira incendié — il sera condamné pour escroquerie à l'assurance.
Une enfance marquée par l'abandon et la maltraitance
L'examen de l'enfance de l'accusé, le matin de la première audience, a provoqué un premier frisson dans la salle. Né d'une relation adultérine, Debeauvais a été abandonné à la naissance. Son père s'est suicidé peu après. Sa mère ne l'a jamais repris dans son nouveau foyer pour ne pas contrarier son mari. Elle a témoigné : « J'avais pas de logement, j'avais rien pour lui. » Me Houria Zanovello, avocate de la défense, l'a interpellée : « À la naissance d'accord, mais après ? Pourquoi vous n'allez pas le récupérer avant d'en faire deux autres ? »
L'enfant a grandi de foyers en familles d'accueil, dans des conditions décrites comme maltraitantes. Son beau-père l'aurait humilié, notamment en raison d'une énurésie nocturne persistante jusqu'à l'âge de 14 ans.
Les photos de la scène de crime pétrifient l'audience
La journée s'est conclue par la projection, sur écran géant, des photographies prises par la police dans l'appartement de la rue Maberly. Un corps nu et tuméfié allongé sur un lit. Un cadavre recroquevillé et ensanglanté sur le sol de la salle de bains. Un petit garçon en pyjama dans son lit, entouré de jouets, le visage en cours de décomposition.
La salle est restée pétrifiée. L'audience a été levée.
Source: Google News LU FR