IGPN en Guadeloupe : 15 procédures contre des policiers, 22 000 plaintes en attente
La police des polices recense une quinzaine de dossiers judiciaires visant des fonctionnaires en Guadeloupe depuis janvier. Plus de 22 000 plaintes de citoyens restent non traitées localement.

Bilan de l'IGPN en Guadeloupe : des chiffres dans la moyenne nationale, mais un stock de plaintes inquiétant
Selon la1ere.franceinfo.fr, le directeur de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), en déplacement en Guadeloupe, a présenté le bilan de son institution ce vendredi 28 novembre 2025 lors d'une conférence de presse organisée dans les locaux du tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre. La procureure de la République de Pointe-à-Pitre était également présente, aux côtés du directeur territorial de la police nationale (DTPN).
Depuis le début de l'année, une quinzaine de procédures judiciaires ont été engagées à l'encontre de fonctionnaires de police affectés en Guadeloupe. Ce chiffre reste dans la moyenne nationale : en 2024, l'IGPN a ouvert 914 procédures judiciaires à l'échelle du pays.
Aucun usage d'arme mortel en 2024
Sur la question des violences policières, le directeur de l'IGPN, Stéphane Hardouin, a mis en avant un point positif : « En 2024, en Guadeloupe, nous n'avons pas eu d'usage d'arme mortel ; c'est un point qui mérite d'être souligné, parce qu'on sait qu'il y a des armes, qu'il y a de la violence... et je dois dire que c'est un résultat qui, d'une certaine manière, montre que la situation est maîtrisée, par des policiers qui sont souvent expérimentés. Quand ils arrivent en Guadeloupe, ou en Martinique, c'est rarement leur premier poste. »
Corruption : vigilance renforcée face aux narcotrafiquants
Dans un contexte de développement des organisations criminelles liées au trafic de drogue, la lutte contre la corruption figure parmi les priorités de l'IGPN. Hardouin a affirmé qu'il n'existe pas de « corruption généralisée et systémique au sein de la police nationale » en Outre-mer, tout en reconnaissant la nécessité d'une vigilance accrue face à la capacité de nuisance des narcotrafiquants : « le risque doit être pris en compte », a-t-il admis.
Le directeur a particulièrement évoqué les policiers de la justice spécialisée, exposés par leurs contacts avec des sources : « Ce que nous devons faire, sans doute, c'est renforcer le contrôle interne. C'est ce sur quoi nous travaillons. »
22 000 plaintes en souffrance
Si le bilan disciplinaire est jugé satisfaisant, la gestion des plaintes déposées par les citoyens présente un tableau bien moins favorable. Le DTPN a reconnu que 22 000 affaires sont actuellement en attente de traitement à l'échelle locale. Certains dossiers sont en souffrance depuis plusieurs années, d'autres n'ont été traités que de manière très partielle.
Face à ce stock, une stratégie de priorisation a été mise en place. Le DTPN l'a détaillée en ces termes : « On a mis en place une stratégie qui se veut vertueuse, avec une augmentation du traitement du flagrant délit et, bien évidemment, parallèlement, sans tarder, un traitement des vieux dossiers, du stock profond comme on dit qui, pour certains, concernent des faits graves qui auraient mérité d'être traité plus rapidement. Nous allons tâcher de les prioriser et de les traiter au mieux, compte tenu de la gravité des faits et des victimes qui ne sont pas reconnues comme telles. »
Manque d'effectifs, une problématique nationale
Cette situation est directement liée au manque de personnels, une réalité régulièrement dénoncée par les syndicats de police. Le DTPN a reconnu le déficit tout en tempérant : « On n'a jamais assez de policiers, notamment en matière judiciaire. La problématique est nationale. » Il a évoqué des pistes alternatives — réorganisation des services, partenariat avec la police municipale et le recours à la vidéoprotection — pour compenser, à effectifs constants, les lacunes actuelles.
Une présence policière renforcée sur le terrain est également présentée comme un levier pour réduire le nombre de faits violents et, par conséquent, le volume de plaintes à traiter. « Il y aura moins de plaintes, si les faits n'ont pas lieu », a conclu le DTPN.
L'objectif reste néanmoins ambitieux : améliorer sensiblement le traitement des affaires sans augmentation des moyens humains à court terme.
Source: Google News GP — Crime