Harcèlement sexuel à LADOM : l'ex-directeur régional jugé à Pointe-à-Pitre
L'ancien directeur régional de LADOM Raoul Lebrave comparaît pour harcèlement sexuel sur une ex-collaboratrice. Le délibéré est attendu le 19 mai.

Ex-directeur de LADOM à la barre pour harcèlement sexuel
Le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre a examiné, mardi 5 mai, une affaire de harcèlement sexuel présumé visant une ancienne collaboratrice de LADOM, selon la1ere.franceinfo.fr. Raoul Lebrave, directeur régional de l'établissement de 2012 à 2021, devait s'expliquer sur des faits allégués entre 2013 et 2014. Le délibéré a été mis en attente au 19 mai prochain.
Veste bleue, pantalon beige, Raoul Lebrave s'est présenté à la barre en niant fermement les accusations. Il s'est décrit comme un manager accompagnant et à l'écoute, répétant à plusieurs reprises : « Je sais me tenir en société. » Il impute l'ensemble de la procédure à une cabale syndicale.
Des témoins contredisent la version de la défense
Cette version a été largement battue en brèche par l'un des deux témoins cités par la défense elle-même. Cette ancienne agente d'accueil a décrit un manager au comportement lourd et tactile, affirmant avoir reçu une photo de son pénis. « Toutes les filles qui travaillaient à LADOM faisaient soi-disant partie du harem de Raoul Lebrave. Moi j'ai toujours refusé », a-t-elle déclaré.
L'autre témoin, Jean-Claude Degras, prédécesseur de Lebrave à la direction de LADOM, a dressé le portrait de la victime comme d'une excellente collaboratrice qu'il avait lui-même recrutée en 2004. « Aujourd'hui, j'ai l'impression que l'on a tué Peggy », a-t-il confié.
La victime témoigne de sa souffrance quotidienne
Visiblement toujours traumatisée, la victime a décrit à la barre l'impact des blagues à caractère sexuel, des gestes déplacés — une main dans la nuque ou dans les cheveux — et l'angoisse qui s'était installée à l'idée de venir travailler. Elle avait dans un premier temps dissimulé la situation à son mari. « Ça a détruit ma vie. Aujourd'hui, je veux être protégée car j'ai toujours peur de cet homme », a-t-elle affirmé.
Rappelé à la barre après ces témoignages, Raoul Lebrave a maintenu sa version et accusé le premier témoin ainsi que la victime d'avoir menti.
Réquisitions et plaidoiries
Les deux avocats de la partie civile ont ensuite pris la parole. Me Anis Malouche a souligné le déséquilibre entre un supérieur hiérarchique et une collaboratrice soumise à un environnement qu'il aurait lui-même entretenu. « Ce dernier maîtrise le système qui lui permet d'assurer son impunité », a-t-il déclaré. Me Marjolaine Vignola a estimé que les éléments constitutifs du harcèlement sexuel étaient pleinement caractérisés et que sa cliente attendait une condamnation lui permettant de reconstruire sa vie.
Le ministère public a rappelé qu'en 2024, 85 % des 33 plaintes pour harcèlement sexuel avaient été classées sans suite dans ce ressort, faute d'éléments suffisants. « C'est une réelle problématique dans notre juridiction. Or dans ce dossier, nous avons une cinquantaine de témoignages divers et concordants suite à des dénonciations qui ont débuté en 2018 », a souligné la magistrate. Le parquet a requis 10 mois de prison avec sursis à l'encontre de Raoul Lebrave.
La défense plaide la relaxe
Me Plumasseau, pour la défense, a remis en question la réalité temporelle des faits reprochés. « Nous n'avons aucun élément matériel pour établir un grief. De plus, la période de la prévention est fausse, ou tout le moins mal établie », a-t-il soutenu. Il a également mis en doute la crédibilité du premier témoin, qui aurait reçu copie de son audition de la part de la victime la veille de l'audience.
Me Chicot a conclu la plaidoirie de la défense en comparant la situation de son client à celle de n'importe quel homme. « Demain, l'un d'entre nous peut se retrouver à la place de cet homme pour un mot un peu léger, une situation qui peut prêter à équivoque », a-t-il lancé, avant de demander la relaxe.
Raoul Lebrave, appelé à s'exprimer en dernier, a réaffirmé son innocence et exprimé le souhait que le dossier se conclue. La décision du tribunal est attendue le 19 mai.
Source: Google News GP — Crime