Violence en Guadeloupe : 52 meurtres en 2025, un taux d'homicide neuf fois supérieur au niveau national
En Guadeloupe, 52 homicides ont été enregistrés en 2025, avec 40 000 armes en circulation. Franceinfo.fr dresse un tableau alarmant d'une violence banalisée.

Guadeloupe : armes de guerre, mineurs armés et braquages à la chaîne
Franceinfo.fr s'est rendu en Guadeloupe pour documenter une flambée de violence sans précédent dans l'archipel : 40 000 armes en circulation, soit une pour dix habitants, et un taux d'homicide près de neuf fois supérieur à la moyenne nationale. Seule la Guyane affiche un bilan plus lourd.
Avec 52 morts en 2025 — soit en moyenne un par semaine —, les Antilles font face à un niveau record d'homicides, liés au narcotrafic, mais aussi à des vols à main armée, des violences conjugales, des rivalités amoureuses, ou des différends aussi dérisoires qu'une voiture mal garée ou un simple regard échangé.
Une mère attend toujours justice
Parmi les victimes figure Kimaël, 16 ans, poignardé il y a un an en plein centre de Pointe-à-Pitre, en marge du carnaval. Sa mère, Brigitte Ouikede, rencontrée aux Abymes — commune qui concentre un tiers des homicides de l'île —, décrit une attaque délibérée et acharnée. "C'est mon fils qu'on visait", affirme-t-elle. "Ils étaient 5 ou 6. Ils se sont jetés sur lui. Il a rampé et ils l'ont poursuivi. Ils voulaient en finir avec mon fils."
L'enquête est toujours en cours. Les suspects identifiés par Brigitte sont des jeunes âgés de 14 à 19 ans, toujours en liberté. "Je ne pourrai jamais faire de deuil, dit-elle, tant que je n'entendrai pas que ces gars-là sont arrêtés." Elle appelle néanmoins à l'arrêt des violences, sans revendiquer de vengeance : "La justice doit être faite comme il se doit."
Des mineurs de 13 ans suspects et victimes
L'implication croissante de mineurs est l'un des aspects les plus frappants relevés par franceinfo.fr. En 2025, le plus jeune suspect et la plus jeune victime avaient tous deux 13 ans.
Caroline Calbo, procureure de Pointe-à-Pitre, décrit un tribunal pour enfants qui siège chaque mardi et s'étire régulièrement de 9 heures à 22 heures. "Sont jugés des très jeunes mineurs, entre 13 et 17 ans, qui ont commis notamment des vols avec armes", explique-t-elle. "Il y en a aussi beaucoup qui sont armés, qui n'hésitent pas à s'en servir."
Elle cite le cas d'un adolescent ayant tué son camarade en manipulant une arme, ou encore un garçon de 13 ans impliqué dans un trafic d'armes. "On a beaucoup de 13-17 ans, auteurs de braquages, mais aussi de tentatives de meurtre."
Le 27 mai 2025, jour férié commémorant l'abolition de l'esclavage, trois homicides ont été commis en une seule journée.
Le personnel hospitalier formé à la médecine de guerre
Les tentatives d'homicide ont doublé en deux ans, atteignant 225 en 2025. Cette évolution a contraint le personnel du CHU de Pointe-à-Pitre à se former aux techniques de la médecine de guerre.
Patrick Portecop, chef du Samu du CHU, retrace l'aggravation des blessures observées au fil des décennies. "Dans les années 90, nous avions essentiellement des victimes d'armes de chasse qui occasionnaient des plaies superficielles rarement létales", se souvient-il. L'apparition des armes de poing de calibre 9 millimètres a d'abord alourdi le bilan. Depuis l'introduction d'armes de guerre, les patients présentent "parfois de multiples blessures au niveau du thorax, de l'abdomen et de la tête. Ce sont des blessures souvent létales, et quand elles ne le sont pas, elles sont responsables de traumatismes et de handicaps sérieux."
Des armes importées d'Haïti et de la Dominique
Ces armements arrivent principalement d'Haïti, puis de la Dominique, acheminés sur des bateaux de pêche. Des pistolets d'origine américaine ou brésilienne se négocient entre 1 000 et 3 000 euros ; des fusils d'assaut s'échangent autour de 5 000 euros. Ces armes exercent une fascination sur des jeunes souvent désœuvrés, exposés aux séries ultra-violentes et au gangsta rap.
La BRACO sur le terrain chaque semaine
Franceinfo.fr a suivi des gendarmes du PIGR — le Peloton d'Intervention de la Garde Républicaine —, unité lourdement armée qui opère en pick-up dans les quartiers sensibles. Lors d'un briefing précédant une opération nocturne, l'adjudant Matthieu met en garde ses équipes : "N'oubliez pas qu'il y a beaucoup d'armement qui circule sur la Guadeloupe. La personne visée est très souvent armée."
Ce soir-là, la cible — un homme recherché pour braquage — n'était pas à son domicile. Mais des opérations de ce type se tiennent au moins une fois par semaine, dans le cadre de la BRACO, la Brigade de Répression des Armes et du Crime Organisé. Sa cheffe, la capitaine Marine Huchet, résume le modus operandi des auteurs : "Ce sont des équipes de deux, trois, voire quatre individus qui menacent avec leurs armes les victimes en essayant de leur soustraire soit leurs bijoux, soit leur téléphone, soit leur argent liquide."
"C'est comme aller voler des bonbons chez le boulanger", ajoute-t-elle. "On est dans un usage complètement décomplexé et une banalisation de la mort."
Plus de 500 vols à main armée en 2025
La hausse des braquages s'explique notamment par l'envolée du cours de l'or, qui attise les convoitises sur les bijoux. En 2025, plus de 500 vols à main armée ont été recensés en Guadeloupe — soit plus d'un par jour. Une cadence qui illustre, selon les autorités locales, l'ampleur du défi sécuritaire auquel l'archipel est confronté.
Source: Google News GP — Crime