Trafic d'armes vers Haïti : un expert ONU réclame des inspections renforcées aux États-Unis

Les gangs contrôlent 85 % de Port-au-Prince grâce à des armes importées illégalement, principalement depuis les États-Unis. Un expert de l'ONU exige des mesures urgentes.

Trafic d'armes vers Haïti : un expert ONU réclame des inspections renforcées aux États-Unis

Les gangs haïtiens armés par un flux illégal venu principalement de Floride

Selon news.un.org, William O'Neill, Expert des Nations Unies sur la situation des droits humains en Haïti, tire la sonnette d'alarme : les gangs qui terrorisent ce pays de 11 millions d'habitants ont accès à un arsenal croissant d'armes lourdes, alimenté en grande partie par un trafic illégal en provenance des États-Unis.

Les gangs contrôlent désormais 85 % de la capitale Port-au-Prince. O'Neill, qui s'exprimait après une récente visite sur place, décrit une situation « absolument catastrophique ». « Les gangs ont accès à un nombre croissant d'armes de gros calibre et à des réserves de munitions apparemment inépuisables, et certains gangs possèdent des armes qui percent les blindages », a-t-il déclaré à ONU Info.

Cette réalité représente une menace directe pour les forces de sécurité : un policier kenyan a été blessé par un projectile à l'intérieur de son véhicule blindé, et plusieurs agents de la Police nationale haïtienne ont subi le même sort. La Mission multinationale d'appui à la sécurité dirigée par le Kenya, tout comme la police locale, s'appuient largement sur leurs blindés pour se protéger — une protection que les armes perforantes des gangs mettent désormais en échec.

Les groupes armés disposent également de fusils de précision, et certains de leurs membres ont été formés à les utiliser. « Les gangs possèdent des armes qui provoquent une violence immense et les personnes que j'ai rencontrées disent que c'est absolument terrifiant », souligne O'Neill.

Des armes venues de Floride, de République dominicaine et de Colombie

Haïti ne fabrique ni armes à feu ni munitions. L'essentiel de l'approvisionnement provient des États-Unis, « certaines directement sur de petits navires qui partent majoritairement de Floride », précise l'expert. Un volume croissant transite par la République dominicaine, les armes traversant une frontière décrite comme « très poreuse » sur 400 kilomètres.

Des livraisons récentes proviennent également de Colombie, notamment des FARC et d'autres groupes armés colombiens, qui vendent leurs armes ou se les font confisquer avant qu'elles ne rejoignent Haïti.

Selon O'Neill, le maillon le plus décisif à briser est celui des munitions. « Si les gangs venaient à manquer de munitions, le type d'armes qu'ils possèdent n'aurait plus d'importance. Ils seraient anéantis, faute de soutien populaire », affirme-t-il.

Des contrôles aux frontières quasi inexistants

Les défaillances structurelles sont flagrantes des deux côtés de la frontière. « Le chef de la police frontalière haïtienne m'a dit qu'ils ne disposent que de 350 agents pour surveiller une frontière de 400 km. Ils disposent d'un drone, de véhicules insuffisants et admettent ne même pas pouvoir contrôler les postes-frontières officiels », rapporte O'Neill.

Dans les ports, la situation n'est guère meilleure : il n'existe pas un seul scanner dans l'ensemble du pays. « Un grand scanner à métaux pourrait vérifier ce qui arrive dans ces conteneurs », note l'expert. Il pointe également « un manque de ressources et une certaine corruption » du côté haïtien.

Côté américain, O'Neill constate « un manque constant d'engagement en matière d'inspection des cargaisons sortantes, bien que les inspections aient légèrement augmenté ces derniers temps sous la pression intérieure américaine ». Il juge indispensable que Washington intensifie considérablement ces contrôles et renforce les enquêtes sur les réseaux de trafic opérant en Floride.

Des condamnations récentes jugées encourageantes mais insuffisantes

Des poursuites judiciaires ont récemment abouti à de lourdes peines, dont une concernant un ancien chef de gang haïtien extradé vers les États-Unis. « Son témoignage au procès a révélé comment il se procurait des armes aux États-Unis, ce qui a conduit à l'arrestation d'autres personnes, dont des ressortissants haïtiens aux États-Unis », indique O'Neill. Il estime que de telles condamnations sévères ont un fort effet dissuasif.

L'expert onusien note que les États-Unis semblent désormais plus sensibles au problème, reconnaissant qu'une Haïti stable réduirait les flux migratoires. « Apporter la stabilité à un voisin qui souffre énormément permettrait à ce pays de se développer économiquement et d'être en paix. Parallèlement, cela réduirait le facteur d'incitation à la migration d'Haïtiens désespérés qui souhaitent quitter le pays », souligne-t-il.

La République dominicaine et l'embargo de l'ONU

O'Neill estime que la République dominicaine a un intérêt majeur à la stabilité en Haïti, craignant une propagation de la violence au-delà de la frontière. « Je pense que la République dominicaine redouble d'efforts pour mettre fin au trafic illégal d'armes et de munitions vers Haïti », dit-il.

Il rappelle enfin l'obligation légale qui s'impose à tous les États membres : le Conseil de sécurité de l'ONU a décrété un embargo sur les armes à destination d'Haïti. « Tous les pays ont l'obligation légale de prendre des mesures pour garantir que leurs obligations extraterritoriales concernant la situation des droits humains en Haïti soient liées au respect de l'embargo sur les armes », conclut-il.

Source: Google News HT — Port-au-Prince