Gangs contrôlent 90 % de Port-au-Prince, avertit l'ONU
Près de 90 % de la capitale haïtienne est sous emprise criminelle, selon de hauts responsables onusiens. La mission multinationale manque de personnel et de financement.

Haïti au bord du gouffre : les gangs maîtres de la capitale
Près de 90 % de Port-au-Prince est désormais sous le contrôle de groupes criminels, ont averti mercredi de hauts responsables de l'ONU devant le Conseil de sécurité. Selon ledevoir.com, qui rapporte ces déclarations, les autorités haïtiennes se révèlent incapables d'enrayer l'escalade de la violence.
Extension territoriale au-delà de la capitale
Ghada Fathy Waly, directrice générale de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a dressé un tableau alarmant devant le Conseil de sécurité. Les gangs étendent leurs attaques bien au-delà de la capitale, ciblant désormais des zones jusqu'ici épargnées.
« Le sud d'Haïti, jusqu'à récemment épargné par la violence, a connu une forte augmentation des incidents liés aux gangs », a-t-elle déclaré. Dans l'est du pays, les groupes criminels exploitent les routes terrestres et les points de passage clés, notamment Belladère et Malpasse, où des attaques contre des policiers et des douaniers ont été signalées.
Le contrôle des principales routes commerciales par ces groupes a paralysé le commerce légal, provoquant une flambée des prix du combustible de cuisson et du riz, l'aliment de base de la population. En parallèle, les gangs mettent en place des « structures de gouvernance parallèles » là où les services publics sont absents ou défaillants.
« Rapprocher la situation du gouffre »
Le sous-secrétaire général des Nations Unies, Miroslav Jenca, a averti que « l'encerclement continu de Port-au-Prince par les gangs » et leur implantation renforcée dans la capitale et au-delà « rapprochent la situation du gouffre ». Sans une réaction accrue de la communauté internationale, a-t-il prévenu, « l'effondrement total de la présence de l'État dans la capitale pourrait devenir un scénario bien réel ».
Les gangs ont considérablement gagné en puissance depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 — époque à laquelle ils contrôlaient déjà environ 85 % de la capitale. Haïti n'a eu aucun président depuis cet assassinat.
Une mission multinationale sous-équipée
Une mission soutenue par l'ONU et dirigée par la police kenyane est arrivée en Haïti l'année dernière pour contribuer à réprimer la violence des gangs. Elle ne dispose toutefois que d'environ 40 % des 2 500 effectifs initialement prévus, faute de personnel et de financement suffisants.
La proposition formulée en février par le Secrétaire général Antonio Guterres — fournir des drones, du carburant, des transports terrestres et aériens ainsi que d'autres moyens de soutien non létaux à cette mission — est restée sans suite au Conseil de sécurité.
Violences sexuelles et groupes d'autodéfense
Entre mars et avril, la Mission politique des Nations Unies en Haïti a recensé 364 incidents de violences sexuelles commis par des gangs, impliquant 378 survivantes. Jenca a par ailleurs signalé une augmentation globale de ces violences au cours des trois derniers mois.
Face à la progression des gangs, le nombre de sociétés de sécurité privées et de groupes d'autodéfense a rapidement augmenté. Certains cherchent à protéger leurs communautés, tandis que d'autres agissent illégalement, voire collaborent avec les gangs, a noté Waly. Au cours des trois derniers mois, ces groupes auraient tué au moins 100 hommes et une femme soupçonnés de liens avec des gangs, selon Jenca.
Corruption et blocage politique
Un nouveau rapport d'experts de l'ONU, couvrant la période d'octobre à février, indique que les gangs ont exploité les troubles politiques et la réponse désorganisée à la crise sécuritaire. Les experts pointent des ambitions politiques concurrentes et des allégations de corruption au sein des organes de transition haïtiens.
« Si l'expansion du contrôle territorial apporte aux gangs des sources de revenus et un pouvoir de négociation supplémentaires, ces attaques sont également soutenues par des individus qui tentent de déstabiliser la transition politique à leurs propres fins politiques », ont déclaré ces experts.
Très peu de progrès ont été réalisés dans le rétablissement de la sécurité publique ou dans la mise en œuvre de la feuille de route visant à organiser des élections nationales d'ici février 2026, ont-ils conclu.
Police affaiblie et exécutions extrajudiciaires
Face à une police nationale traversée par de vives tensions internes, une armée à reconstruire et les capacités limitées de la force multinationale, les experts ont averti que les gangs continueraient à « prendre le dessus sans un soutien international plus fort ».
La police nationale haïtienne elle-même fait l'objet de critiques sévères. Les experts ont relevé 281 exécutions sommaires commises par des unités de police spécialisées en 2024, parmi lesquelles 22 femmes et 8 enfants. Les groupes d'autodéfense « comprennent souvent des policiers locaux, dont certains participent activement à des violations des droits de la personne », ont-ils ajouté.
Armes malgré l'embargo
Malgré l'embargo sur les armes imposé par l'ONU à destination d'Haïti, les gangs continuent de s'approvisionner en armements plus puissants. Ils les obtiennent non seulement sur les marchés civils régionaux, mais également dans les stocks de la police haïtienne et en République dominicaine voisine, selon les mêmes experts chargés de surveiller l'embargo et les sanctions contre les principaux chefs de gangs.
Source: Google News HT — Port-au-Prince