Mort d'Abderrahim Fakir à Bologne : enquête pour homicide involontaire contre policiers et soignants
Un Marocain de 42 ans est décédé le 19 juillet à Bologne lors d'une interpellation policière. Deux policiers et quatre soignants font l'objet d'une enquête préliminaire.

Décès d'Abderrahim Fakir lors d'une arrestation à Bologne : l'Italie face à ses méthodes policières
Selon Google News MA, Abderrahim Fakir, ressortissant marocain de 42 ans résidant légalement en Italie depuis plus de trente ans, a perdu la vie le 19 juillet 2026 à Bologne au cours d'une intervention policière. Le drame, filmé par un voisin depuis sa fenêtre, a déclenché une onde de choc dans toute la péninsule italienne.
Tout commence vers midi dans le quartier du Pilastro. Des voisins inquiets, alertés par l'état de grande agitation de Fakir — possiblement lié à une détresse psychologique —, contactent la police. À l'arrivée des agents, la situation dégénère rapidement : Fakir est accusé d'avoir frappé un véhicule de patrouille. Les policiers font usage de spray au poivre, lui passent les menottes et le plaquent au sol, face contre terre. Un troisième intervenant lui maintient les jambes.
La vidéo tournée depuis un immeuble voisin capture ses derniers instants. On l'y entend crier à plusieurs reprises : "Aiuto ! Basta ! Basta !" — "À l'aide ! Assez !" Sa voix s'éteint après quelques minutes d'immobilisation. Son décès est prononcé à 12h53, malgré la présence des secours sur place, dont la réactivité fait aujourd'hui l'objet de vives interrogations.
Un chef d'entreprise installé depuis l'enfance
Arrivé en Italie à l'âge de cinq ans, Fakir dirigeait une petite société de nettoyage, de déménagement et de manutention. Son avocate, Me Barbara Spinelli, qui l'avait assisté l'année précédente pour le renouvellement de son titre de séjour, décrit à Médias24 une personne estimée de son entourage. "C'était une bonne personne, très gentille, très respectueuse. Il était très préoccupé par la situation économique de son activité et se montrait extrêmement responsable envers ses employés."
Me Spinelli révèle également une angoisse profonde qui pesait sur l'entrepreneur : la peur de l'expulsion, alimentée par le climat politique entourant la nouvelle réforme européenne sur l'immigration. "Ce débat politique très fort, très menaçant, a saisi d'effroi de nombreuses personnes étrangères résidant régulièrement en Italie, qui ont craint d'être renvoyées chez elles", explique-t-elle. L'avocate suggère que cette pression psychologique permanente a pu contribuer à l'état de crise de Fakir.
Enquête préliminaire : six intervenants visés
La procureure de Bologne a ouvert une enquête préliminaire. Deux policiers et quatre membres du personnel sanitaire sont concernés, sous l'hypothèse juridique d'un homicide involontaire. En vertu du "bouclier pénal" introduit par un récent décret de sécurité, ces six personnes ont été enregistrées sous le régime du "modello 45-bis" plutôt que sur le registre classique des suspects.
Les enquêteurs examinent actuellement les enregistrements des caméras piétons des agents ainsi que la vidéo du témoin. L'autopsie doit déterminer si le décès résulte d'une asphyxie liée à l'immobilisation, d'un arrêt cardiaque provoqué par le stress et le spray au poivre, ou d'une pathologie préexistante.
La technique de plaquage ventral en question
Au-delà des responsabilités individuelles, c'est la technique d'immobilisation ventrale qui se retrouve directement mise en cause. Me Spinelli rappelle que l'Italie a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour l'usage de cette méthode, "pour ne pas avoir suffisamment formé les policiers sur son caractère létel et pour ne pas avoir créé d'organe d'enquête indépendant."
Une circulaire du ministère de l'Intérieur stipulait pourtant que cette manœuvre ne pouvait être pratiquée qu'en dernier recours, de façon temporaire et proportionnée, après évaluation rigoureuse du contexte. L'avocate juge urgent de revoir la formation des forces de l'ordre mais aussi celle du personnel médical, qui devrait surveiller les fonctions vitales lors de telles interventions.
Le ministère de l'Intérieur a, pour sa part, promis une totale transparence dans le traitement de l'affaire.
Colère dans les rues, fractures politiques
La mort de Fakir a provoqué une vague de protestations à Bologne et à Turin, où des centaines de personnes se sont rassemblées. Lors d'un rassemblement pacifique soutenu par le maire de centre-gauche de Bologne, Matteo Lepore, les manifestants arboraient des banderoles portant les inscriptions : "Justice et vérité pour Fakir !" ou "Assassins d'État."
Certains rassemblements ont dégénéré en affrontements, avec des bris de vitrines et le recours à des gaz lacrymogènes et des canons à eau. L'avocat de la famille a fermement condamné ces violences, y voyant "un coup porté" à la dignité de Fakir, et a appelé à ne pas instrumentaliser le drame.
Sur le plan politique, le ministre de l'Intérieur Matteo Piantedosi a pris la défense de l'institution policière sur la chaîne publique Rai Uno, affirmant que toute critique préjudiciable envers la police témoignait d'un manque de confiance envers les forces de l'ordre.
La sœur de la victime, Khadija Fakir, a exprimé sa douleur au quotidien Corriere della Sera. "On ne peut pas mourir comme ça ! La police doit nous protéger... Si quelqu'un est agité, il faut le calmer, pas le tuer comme un chien."
L'ambassade du Maroc en Italie a indiqué qu'elle suivait l'affaire avec attention.
Source: Google News MA