Troisième tunnel de trafic de drogue suspecté à Sebta par les enquêteurs espagnols

Les enquêteurs espagnols soupçonnent l'existence d'un troisième tunnel clandestin reliant le Maroc à Sebta pour acheminer de la drogue vers l'Europe. L'affaire s'inscrit dans le cadre de l'opération « Ares ».

Troisième tunnel de trafic de drogue suspecté à Sebta par les enquêteurs espagnols

Sebta : un troisième tunnel de contrebande dans le viseur des enquêteurs espagnols

Des enquêteurs espagnols soupçonnent l'existence d'un nouveau tunnel clandestin de trafic de drogue entre les abords de Sebta et l'enclave elle-même, selon des médias espagnols relayés par fr.hespress.com. Cette hypothèse a émergé après l'interception d'enregistrements et de conversations attribués à un réseau criminel actif dans la région.

Les premiers éléments de l'enquête indiquent que ce tunnel aurait été utilisé, ou était destiné à l'être, pour acheminer des chargements de stupéfiants dans le cadre des activités du réseau visé par les investigations espagnoles.

Deux tunnels déjà découverts dans la zone de Tarajal

Ces soupçons font suite à la mise au jour de deux tunnels clandestins dans le secteur de Tarajal à Sebta. L'une de ces infrastructures a été décrite comme particulièrement sophistiquée : équipée de rails, de wagonnets et d'un système de levage, elle permettait le transport de grandes quantités de haschich vers Sebta puis vers l'Europe.

Les enquêteurs cherchent désormais à établir si ce troisième tunnel existe réellement, à en localiser l'emplacement et à déterminer ses liens avec le réseau démantelé lors de l'opération « Ares », qui a débouché sur l'arrestation de dizaines de suspects.

Un expert : chaque renforcement sécuritaire ouvre de nouvelles routes

Pour Abdelhamid Bajouki, spécialiste des relations maroco-espagnoles, ces découvertes successives traduisent une réalité nouvelle dans la région. Selon lui, chaque renforcement des dispositifs de sécurité pousse les organisations criminelles internationales à rechercher de nouvelles voies de passage.

Bajouki estime que les succès de la coopération sécuritaire ferment progressivement certaines routes de trafic, contraignant les réseaux à développer d'autres moyens pour contourner les contrôles. Il s'interroge toutefois sur la capacité des services de sécurité à identifier l'ensemble de ces infrastructures clandestines et sur la possibilité que d'autres tunnels soient mis au jour dans les prochains mois.

L'expert rappelle également que la coopération sécuritaire entre le Maroc et l'Espagne, ainsi qu'entre le Maroc et l'Union européenne, constitue l'un des piliers essentiels des relations bilatérales, et que cette coordination s'est renforcée ces dernières années à travers de nombreuses réunions et opérations conjointes. La contribution marocaine à la lutte contre les réseaux criminels opérant en Espagne est, selon lui, régulièrement saluée dans des rapports officiels espagnols, certains responsables marocains ayant même été décorés pour leur coopération. Il estime par ailleurs entre trois et quatre le nombre de visites de hauts responsables espagnols au Maroc depuis le début de l'année.

Des mafias de plus en plus technologiques

L'expert sécuritaire Abderrahmane Mekkaoui souligne de son côté que les organisations mafieuses ont tenté par le passé de s'implanter durablement au Maroc, sans succès. Les autorités font aujourd'hui face à des réseaux criminels structurés, composés de professionnels du crime organisé, en parallèle d'une délinquance de droit commun qui représente la majorité des infractions enregistrées dans le pays.

Après avoir échoué à s'établir au Maroc, ces organisations auraient développé des réseaux spécialisés dans le trafic de drogue et de migrants irréguliers, en recourant à des technologies de plus en plus avancées. Elles auraient d'abord utilisé de petits avions de type Cessna avant de se tourner vers la construction de tunnels traversant des zones montagneuses difficiles d'accès.

Mekkaoui précise que la région frontalière entre Sebta et le Maroc présente un relief particulièrement difficile, composé notamment de roches granitiques très dures. Le percement de tunnels dans un tel environnement nécessiterait, selon lui, des équipements de forage très avancés, dotés de têtes capables de fracturer des masses rocheuses importantes.

L'expert évoque également l'utilisation croissante de moyens technologiques variés par ces réseaux : drones, embarcations télécommandées, torpilles marines chargées de drogue ou encore sous-marins. Il affirme que le Maroc accélère l'acquisition de sous-marins auprès de la Corée du Sud afin de renforcer sa capacité à lutter contre ces nouvelles formes de trafic.

Des alliances transcontinentales génératrices de milliards

Mekkaoui affirme enfin que les mafias mexicaines et brésiliennes entretiennent désormais des liens étroits avec plusieurs organisations criminelles européennes, notamment italiennes. Cette alliance transcontinentale serait à l'origine de projets logistiques et technologiques d'envergure dans la région, générant des profits de plusieurs milliards de dollars. L'expert souligne néanmoins que les autorités marocaines disposent aujourd'hui de moyens de lutte plus importants que jamais pour faire face à ces défis.

Source: Google News MA