Chef du Tren de Aragua au Chili arrêté à Lima grâce au FBI et à la police péruvienne
La police péruvienne a interpellé samedi Ibelmery Adon Colina Maldonado, alias « R15 », chef du gang Tren de Aragua au Chili, à Lima. L'opération tripartite impliquait le FBI et la PDI chilienne.
Arrestation à Lima du chef du Tren de Aragua opérant au Chili
La police péruvienne a interpellé samedi Ibelmery Adon Colina Maldonado, alias « R15 », 48 ans, identifié comme le chef du gang Tren de Aragua au Chili, lors d'une opération conjointe réunissant les forces péruviennes, la PDI chilienne et le FBI américain. Selon Google News FR — Crime (fr), qui relaie l'information de RFI, l'arrestation a eu lieu dans le district animé de San Martín de Porres, au nord de Lima.
« Il a été capturé grâce à l'intervention d'une équipe de la police, avec le soutien du FBI des États-Unis et de la PDI du Chili », a déclaré le ministre de l'Intérieur péruvien, le général César Astudillo, lors d'une conférence de presse. Astudillo a précisé que le suspect sera expulsé vers le Chili. Le chef des investigations criminelles de la police, le général Manuel Lozada, a indiqué que l'entrée de Colina Maldonado sur le territoire péruvien depuis le Chili était « irrégulière » et que le suspect était en possession de faux documents.
Le Vénézuélien était notamment recherché pour son implication présumée dans l'enlèvement et la séquestration, en 2024, de Ronald Ojeda, opposant vénézuélien résidant au Chili. Cette arrestation s'inscrit dans un cadre de coopération renforcée : le FBI et la police péruvienne avaient signé en mai un accord destiné à « faire face au crime organisé transnational grâce à la coopération et aux enquêtes spécialisées ».
Coup de filet régional en cascade
L'interpellation de « R15 » intervient deux jours après une opération similaire à Bogotá. Jeudi, la police colombienne a arrêté Luis Saúl Pérez Nieto, alias « Páez » ou « Nairobi », identifié comme l'un des dirigeants présumés du Tren de Aragua au Pérou. Les deux arrestations illustrent une coordination régionale croissante face à une organisation dont les ramifications s'étendent bien au-delà du Venezuela.
Par ailleurs, douze membres du gang avaient récemment été condamnés à de lourdes peines au Chili, selon des informations relayées en parallèle.
Une organisation transnationale née dans une prison vénézuélienne
Le Tren de Aragua s'est constitué en 2014 dans l'État vénézuélien du même nom, à l'intérieur de la prison de Tocorón. Selon des rapports du renseignement, il s'est depuis étendu à huit pays d'Amérique du Sud, dont le Panama, le Chili, le Pérou, la Colombie et le Brésil. Les États-Unis le classifient comme organisation terroriste.
La journaliste Ronna Rísquez, auteure de El Tren de Aragua, le gang qui révolutionne le crime organisé en Amérique latine (éditions Dahbar, 2023), décrit un groupe impliqué dans « plus de 20 activités criminelles, du narcotrafic au trafic de migrants en passant par le secteur de la mine ». Le think tank InSight Crime, spécialisé dans le crime organisé, le qualifie dans un rapport d'octobre 2023 d'« une des menaces sécuritaires dont la croissance est la plus rapide en Amérique du Sud ». Son expansion au-delà des frontières vénézuéliennes a débuté en 2018.
Le gang est accusé de traite d'êtres humains, d'assassinats, d'enlèvements, de vols, de trafic de drogue et d'extorsion. Sur la route de l'exil des Vénézuéliens, il proposerait des « forfaits incluant hébergement et nourriture pendant tout le voyage », rapporte Insight Crime. En décembre 2023, le Pérou avait démantelé un réseau de proxénétisme lié à Los Hijos de Dios, une faction du Tren de Aragua : une soixantaine de victimes avaient été identifiées.
Tentative de démantèlement et persistance du groupe
En septembre 2023, le ministre de l'Intérieur et de la Justice vénézuélien, l'amiral Remigio Ceballos, avait annoncé le « démantèlement » du gang après la reprise de contrôle de la prison de Tocorón — qui abritait alors, selon Rísquez, « une piscine, un zoo et des commerces ». L'opération avait mobilisé quelque 11 000 policiers et militaires ; environ un millier auraient péri, selon Caracas.
Malgré cette opération, l'organisation a poursuivi son expansion internationale. L'ex-procureur de la Cour pénale internationale Luis Moreno Ocampo, dans la préface du livre de Rísquez, estime que « les systèmes de sécurité, basés sur des hiérarchies nationales, ne sont pas préparés pour faire face aux réseaux criminels qui traversent les frontières ». L'arrestation de « R15 » à Lima témoigne précisément de la coopération multilatérale que ces autorités cherchent désormais à mettre en place pour contrer ce type de menace.
Source: Google News FR — Crime (fr)