Cyberattaques en France : des hackers mineurs vendent vos données pour 1 000 euros
Un adolescent de 18 ans placé en détention après le piratage de 678 000 contribuables. TF1 Info révèle les coulisses d'un marché souterrain alimenté par de très jeunes hackers.

Données volées, armes dérobées : la face cachée des cyberattaques en France
Le piratage massif de la Fédération française de tir (FFTir), survenu en octobre 2025, est au cœur d'une affaire qui illustre les conséquences concrètes du vol de données personnelles. Selon TF1 Info, un cambriolage commis un mois plus tard au domicile d'Angelo, tireur sportif depuis dix ans, pourrait en être une conséquence directe. Un individu cagoulé et ganté a forcé sa baie vitrée après avoir au préalable déconnecté la caméra de surveillance. « Avec un tournevis, tout simplement, il est venu prendre appui, et par effet de levier... La porte s'ouvre », raconte la victime.
Le cambrioleur s'est dirigé sans hésitation vers la chambre puis le bureau, repartant avec deux coffres-forts contenant deux pistolets semi-automatiques, des munitions, un passeport, de l'argent et des métaux précieux. Les coffres ont été retrouvés en forêt par des promeneurs, vidés de leur contenu. « Il n'y a pas d'à-peu-près, c'est presque militaire. Il se dirige vers les zones qu'il a déjà ciblées, certainement, et il repart directement. C'est une opération qui doit durer moins de cinq minutes », estime Angelo, convaincu d'avoir été ciblé en raison d'un courriel reçu de la fédération, un mois avant les faits, l'informant que ses données avaient été dérobées.
Un marché souterrain qui ne connaît pas de frontières sectorielles
Les données personnelles de millions de Français alimentent un vaste marché en ligne. Fédérations sportives, opérateurs téléphoniques, mutuelles, services de santé, petites et grandes entreprises, administrations de l'État : aucun secteur n'est épargné. Les informations volées sont revendues sur des forums spécialisés. Les plus prisées concernent les détenteurs d'armes ou de cryptomonnaies, mais aussi les données de santé et les coordonnées bancaires.
Un hacker, se présentant comme mineur et vivant avec sa mère quelque part en Europe, a accepté de décrire aux journalistes de TF1 Info le fonctionnement de cet univers. Il revendique le piratage de nombreux sites français, dont, selon lui, la base de données d'une mutuelle renfermant les coordonnées bancaires de 770 000 particuliers. « Quand j'ai des IBAN ou plus d'un million de lignes, je vends [...] Pour une même base de données, je peux toucher entre 200 et 1 000 euros. Parfois, je la vends à plusieurs acheteurs, soit en entier, soit juste des extraits », explique-t-il.
Sur ses motivations, il se montre direct : « C'est surtout pour le challenge. » Il ajoute : « Ça me fait rire quand le gouvernement français ou une entreprise disent qu'ils viennent de nous détecter, alors qu'en réalité, ça fait des mois qu'on est là. »
Profil d'un hacker : jeune, seul, en quête de reconnaissance
Au fil des arrestations, un profil se dessine. Les hackers impliqués dans ces affaires sont jeunes, souvent mineurs. Ils agissent seuls ou en petits groupes, animés par la recherche du défi et de la notoriété au sein de leur communauté. Me Julien Roelens, avocat au barreau de Paris, défend un jeune homme interpellé à l'été 2025 avec trois autres suspects. Son client, jusqu'alors inconnu de la justice, est soupçonné de cyberattaques contre de nombreuses victimes françaises depuis l'étranger. Il encourt jusqu'à dix ans de prison.
« C'est un cheminement très solitaire. Ce sont des jeunes qui se forment eux-mêmes, qui sont souvent dans l'obscurité de leur chambre, sur leur ordinateur. C'est de la fierté, c'est de l'immaturité et c'est l'envie de montrer un petit peu à cette communauté-là qu'on est capable de contourner le système de sécurité en une nuit de telle ou telle entreprise », indique l'avocat.
Un adolescent de 18 ans, suspecté d'être l'un des hackers à l'origine du piratage du fisc — qui a touché les données de 678 000 contribuables — a pour sa part été placé en détention provisoire à Paris.
Des données croisées pour tout savoir sur presque n'importe qui
Lorsqu'un hacker publie des données volées, elles sont immédiatement récupérées par d'autres cybercriminels, qui les croisent avec des informations issues de fuites antérieures. Un pirate contacté par l'équipe de TF1 Info propose ce service à ses clients pour une centaine d'euros. « Informations personnelles, fiches d'état civil, fiches clients, des photos, des numéros. Il y en a beaucoup, je te jure, il y en a trop en fait », assure-t-il. Sur l'usage qui en est fait, il se montre indifférent : « Je n'ai aucun remords à ce sujet. Je ne regarde pas le type de clients et ce qu'ils font avec. »
Pour mesurer concrètement l'étendue de ces données disponibles, les journalistes de TF1 Info ont sollicité Clément « Saxx » Domingo, expert en cybersécurité, afin qu'il recherche les informations publiquement accessibles sur un journaliste reporter d'images de la rédaction. « Juste en tapant son prénom, son nom, on voit qu'il y a déjà énormément d'éléments qui ressortent », indique l'expert. Adresse, numéro de téléphone, coordonnées bancaires, certains achats en ligne, réservations de vacances et même le nom de jeune fille de sa compagne sont ainsi récupérés. Ces informations intéressent les escrocs, les usurpateurs d'identité et les cambrioleurs, mais aussi, selon l'expert, des États étrangers et des entreprises françaises cherchant à enrichir leurs fichiers clients.
L'État face à une menace croissante
Face à la multiplication des incidents, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé la création d'une nouvelle unité cyber chargée d'intervenir rapidement en cas d'attaque grave contre les systèmes informatiques de l'État. La recrudescence des piratages ces derniers mois impose désormais une réponse institutionnelle d'envergure, alors que les auteurs de ces infractions restent, dans de nombreux cas, difficiles à localiser et à poursuivre.
Source: TF1 Info