Tirs dans un parc de Jambes : neuf ans requis pour tentative d'assassinat après une vendetta de rue

Deux épisodes de violence liés à des rivalités de groupes, survenus en juin et août 2024 à Namur et Jambes, étaient jugés mercredi au tribunal correctionnel de Namur.

Tirs dans un parc de Jambes : neuf ans requis pour tentative d'assassinat après une vendetta de rue

Coups de couteau, puis trois coups de feu : un dossier de vendetta devant le tribunal de Namur

Selon DHnet, le tribunal correctionnel de Namur examinait ce mercredi 9 septembre 2026 deux épisodes de violence survenus à quelques semaines d'intervalle en 2024 : une agression au couteau le 6 juin et une fusillade le 30 août. Pour le parquet, les faits s'inscrivent dans un enchaînement de provocations, de vengeance et de rivalités entre groupes urbains.

Le premier épisode prend naissance rue de Fer, à Namur, autour du vol d'une casquette Gucci. Une altercation éclate et les tensions se déplacent jusqu'à Jambes, où trois personnes sont blessées à coups de couteau. L'enquête n'a toutefois pas permis d'identifier les auteurs avec certitude.

Un livreur Uber Eats repart chercher une arme

Le 30 août 2024, un jeune homme de 18 ans, livreur pour Uber Eats, croise au cours de sa tournée un homme qu'il identifie comme l'une des personnes impliquées dans les événements de juin. Selon ses propres déclarations au juge d'instruction, il fait demi-tour, se procure une arme et revient sur place.

Trois coups de feu sont tirés dans le parc de Jambes. La victime est atteinte à la jambe et s'effondre. Le tireur prend la fuite à scooter, mais chute et laisse tomber son GSM. Récupéré par les enquêteurs, l'appareil permet de remonter rapidement jusqu'à lui. Une arme sera par ailleurs jetée à l'eau.

Le prévenu, arrêté deux mois et demi après les faits alors qu'il se cachait chez une amie, est toujours détenu. À l'audience, il affirme avoir visé les jambes et nie toute intention de tuer. « Je ne l'ai pas touché, il est parti, puis j'ai retiré », déclare-t-il. Des témoins contredisent cette version et affirment l'avoir vu viser la tête.

Neuf ans requis, une victime handicapée à 66 %

Le parquet retient l'intention meurtrière et considère le fait d'être retourné chercher une arme comme un élément de préméditation. « On choisit le moyen le plus dur chez soi, donc on veut tuer », soutient l'accusation, qui réclame neuf ans de prison pour tentative d'assassinat.

La victime, constituée partie civile, fait état d'une hospitalisation, de soins intensifs, d'une nouvelle opération en janvier 2025 et d'un handicap évalué à 66 %. Son avocat souligne que les séquelles ne sont pas uniquement physiques et que la peur reste présente au quotidien. En août 2025, une publication liée à un compte du détenu aurait en outre été interprétée comme une menace faisant référence aux tirs et à une future vengeance.

La défense invoque un « phénomène de bande urbaine »

Me Geoffroy Bouvier, avocat du prévenu poursuivi pour les coups de couteau, décrit l'affaire comme un « phénomène de bande urbaine », alimenté par les provocations et les réseaux sociaux. « La haine virtuelle dépasse la réalité », estime-t-il. Son client nie avoir porté les coups de couteau en juin et affirme être rentré chez lui à Jambes après l'altercation initiale. La défense conteste l'interprétation des images de vidéosurveillance et note que plusieurs individus visibles sur celles-ci n'ont jamais été identifiés. Elle sollicite un sursis probatoire assorti d'un accompagnement destiné à éloigner le jeune homme de la violence et de la consommation de cannabis.

Me Balon-Perrin, avocat du tireur et de deux autres victimes des coups de couteau, évoque pour sa part « l'omerta qui règne dans ce genre de dossier ». Son client aurait été blessé en juin avant de rejoindre Charleroi pour se faire soigner, sans déposer plainte. La vengeance aurait mûri dans les semaines suivantes. L'avocat conteste néanmoins lui aussi la tentative d'assassinat : « Quand on veut tuer, on tire ailleurs. »

À l'audience, chacune des parties décrit le même engrenage tout en rejetant la responsabilité de son déclenchement. Le tribunal correctionnel de Namur rendra son jugement le 14 octobre.

Source: DHnet