Ex-douanier polynésien jugé pour corruption, blanchiment et trafic d'ice
Un ancien fonctionnaire des douanes de Polynésie française comparaîtra le 6 octobre pour corruption, blanchiment et trafic de drogue. Plus de 22 millions de francs ont été retrouvés à son domicile.

Un ex-douanier face à la justice pour corruption, blanchiment et trafic d'ice
Un homme de 45 ans, ancien fonctionnaire des douanes de Polynésie française et désormais employé à l'EPIC Vanille, sera jugé en correctionnelle le 6 octobre prochain. Selon les éléments de l'enquête consultés par tntvnews.pf, les charges portent sur des sommes inexpliquées se chiffrant à plusieurs dizaines de millions de francs, ainsi que sur des soupçons de trafic d'ice et de corruption.
Des avoirs inexpliqués et des justifications sans preuve
Plus de 22 millions de francs ont été retrouvés à son domicile. Les enquêteurs ont également relevé 220 000 dollars sur un compte bancaire aux États-Unis, des virements réguliers de plusieurs centaines de milliers de francs, ainsi que des objets de luxe. Pour expliquer ces richesses, le mis en cause invoque des « reventes de perles » générant selon lui entre 30 et 60 millions de francs de bénéfices. Il est pourtant dans l'incapacité de fournir le moindre justificatif écrit, ni aucun nom de vendeur ou d'acheteur, arguant qu'il s'agit d'« un petit milieu » et qu'il ne veut pas « mettre des gens dans l'embarras ».
En garde à vue devant les gendarmes, il a également évoqué d'importants gains au casino de Las Vegas et affirmé que les virements reçus correspondaient à des remboursements de prêts. Son salaire mensuel s'élevait à 500 000 francs — un niveau confortable, mais insuffisant pour expliquer son train de vie. Il a notamment acquis une BMW à dix millions de francs sans recourir au crédit.
Un réseau de transactions suspectes
Les enquêteurs se sont penchés sur une longue liste de personnes ayant échangé avec lui des sommes allant jusqu'à cinq millions de francs : des commerçants, des membres de sa famille, mais aussi un gradé de la police nationale, présenté comme un ami avec lequel il avait un projet immobilier à Bora Bora.
Les soupçons de la justice portent sur la période 2017-2019. En deux ans, le mis en cause aurait dépensé 7,3 millions de francs en voyages et dix millions pour l'achat de sa voiture. Des écoutes téléphoniques établissent qu'il affirmait pouvoir débloquer des marchandises retenues en douane — un service que certains commerçants auraient sollicité. Lors d'une perquisition en 2019, les enquêteurs ont découvert dans un coffre 17 millions de francs, plus de 18 000 euros, 16 000 dollars américains, ainsi que des yens, des dollars néo-zélandais et des pesos.
Des soupçons de trafic de drogue et de corruption
Plusieurs personnes interrogées ont reconnu lui avoir acheté de l'ice. Son propre frère, qui partageait alors son domicile, a été arrêté pour trafic de cette même drogue. En Polynésie française, le blanchiment est, le plus souvent, associé au trafic de stupéfiants.
Le mis en cause soutient que tout l'argent perçu en dehors de son salaire provenait de ventes de perles non déclarées, réalisées sans carte de négociant ni de producteur, et sans qu'il ait eu conscience d'agir illégalement. Il est pourtant titulaire d'un master en droit. Par ailleurs, aucun professionnel du secteur perlicole contacté par la gendarmerie ne déclare le connaître.
Suspension, démission et autres accusations
« Il avait été suspendu en 2020 et avait démissionné pour échapper à la sanction disciplinaire », a précisé à tntvnews.pf le directeur de la Douane, Serge Puccetti. Selon une autre source, il aurait également versé un cautionnement pour éviter l'incarcération.
Indépendamment de cette affaire, le quadragénaire est aussi suspecté de violences conjugales. Une autre femme a par ailleurs déposé plainte pour viol pour des faits qu'elle dit avoir subis en 2021.
Les personnes mises en cause restent présumées innocentes.
Source: Google News MA — Crime (fr)