Lettres anonymes racistes à des personnalités : un même corbeau soupçonné derrière plusieurs envois
Une magistrate de l'Arcom a déposé plainte après avoir reçu un courrier haineux à son domicile. Selon franceinfo - Justice, plusieurs lettres envoyées à des journalistes et élus présentent de fortes similitudes.

Un corbeau présumé derrière une série de lettres haineuses adressées à des personnalités françaises
Franceinfo - Justice révèle qu'une magistrate du régulateur audiovisuel Arcom a déposé plainte le mercredi 2 septembre après avoir reçu chez elle un courrier anonyme à caractère haineux. L'enquête de la cellule investigation de Radio France établit que cette lettre présente de nombreux points communs avec d'autres courriers envoyés ces dernières années à des journalistes et des responsables politiques à travers la France.
Laurence Pecaut-Rivolier, membre du collège de l'Arcom et conseillère à la Cour de Cassation, a découvert le courrier à son retour de vacances début août. Rédigée en majuscules au stylo noir sur papier blanc, la lettre lui enjoint de faire « bien ton travail de tapin pour Macron » et qualifie l'Arcom de « ramassis de parasites de la République ». « Je l'ai vécu comme une intrusion dans mon intimité, un peu comme un cambriolage », a-t-elle déclaré.
La magistrate souligne la différence entre recevoir des insultes dans un cadre professionnel et en être la cible à domicile. « Quand on découvre ça par surprise, chez soi, en dehors du lieu professionnel, c'est différent, c'est une vraie agression : on n'est pas préparés », explique-t-elle. Elle s'interroge sur la personnalité de l'auteur : « Qui a pu avoir assez de violence, de haine pour chercher une adresse, mettre une enveloppe et un timbre à destination d'une personne qu'elle ne connaît pas ? » L'Arcom a déposé une plainte en soutien, également pour injures, dans un commissariat parisien.
Des similitudes troublantes entre plusieurs courriers
La cellule investigation de Radio France a établi que plusieurs lettres reçues par différentes personnalités partagent des caractéristiques communes : même écriture au stylo noir en majuscules, mêmes types d'enveloppes, et pour certaines, un bureau de poste identique comme point d'expédition.
En juin 2024, le journaliste de France Télévisions Karim Rissouli avait publié sur Instagram le contenu d'une lettre reçue à son domicile, souhaitant, selon ses termes, « dénoncer la parole raciste qui se libérait à l'époque ». Le corbeau y écrivait notamment : « Le peuple français historique en a plein le cul de tous ces bicots » et « Le souchien ne t'acceptera jamais, ni toi ni tes frérots ».
La journaliste Nassira El Moaddem, d'Arrêt sur Images, a également reçu un courrier présentant la même écriture et les mêmes caractéristiques graphiques. Elle avait elle-même signalé ces ressemblances sur son compte X en juin 2024 avec la formule : « Même individu, la même haine. » Elle souhaite désormais s'associer à la plainte déposée par la magistrate de l'Arcom.
À la même période, à l'été 2024, Sonia Devillers, journaliste à France Inter, avait reçu à son domicile un courrier étonnamment semblable, survenu peu après qu'elle avait réalisé une interview de Marion Maréchal.
Des élus également visés dans plusieurs régions
L'enquête de Radio France ne se limite pas au milieu médiatique. Des conseillers municipaux implantés dans différentes régions de France figurent également parmi les destinataires de courriers présentant des similitudes avec ceux déjà identifiés. Aly Diouara, député LFI de Seine-Saint-Denis, avait lui aussi dénoncé publiquement en 2025 « un courrier raciste déposé à son domicile » et annoncé avoir porté plainte à cette occasion.
La diversité des profils visés — une magistrate, des journalistes de médias nationaux, des élus locaux et un député — renforce l'hypothèse d'un auteur unique agissant de manière ciblée et méthodique, capable de se procurer des adresses personnelles. Les investigations se poursuivent pour tenter d'identifier formellement le ou les auteurs de ces envois.
Source: franceinfo - Justice