L'« arnaque au carré » : deux fois escroquée, une victime perd 145 000 euros
Des escrocs ciblent délibérément des victimes d'une première fraude financière pour leur soutirer de l'argent une seconde fois. TF1 Info révèle que ce phénomène a déjà fait l'objet de 2 000 signalements en 2025.

Ciblées deux fois : le mécanisme de la double escroquerie financière
TF1 Info révèle l'ampleur d'un phénomène en pleine expansion : l'« arnaque au carré », dans laquelle des victimes d'une première fraude financière sont recontactées par de nouveaux escrocs qui prétendent les aider à récupérer leur argent. Le dispositif a déjà fait l'objet de 2 000 signalements depuis le début de l'année 2025.
Un homme, qui témoigne anonymement dans le reportage du JT de TF1, raconte avoir tout perdu en deux temps. Tout commence lorsqu'il s'inscrit sur une plateforme d'investissement en ligne et verse environ 300 euros. « Je me suis inscrit sur ce site et j'ai versé à peu près 300 euros. Et voilà, ça s'est lancé », relate-t-il.
Une prétendue conseillère, puis un faux avocat
Une soi-disant conseillère de la plateforme le contacte rapidement. Elle l'intègre à un groupe d'investisseurs et l'encourage à placer des sommes toujours plus importantes. À l'écran, ses gains affichés montent jusqu'à 1,2 million de dollars. « Tout était bon pour essayer de vous faire verser, de vous inciter pour avoir plus de gains. Et en plus, comme les gains montaient, il y avait tout intérêt à réinvestir », explique-t-il.
Lorsqu'il décide de retirer ses fonds, la conseillère exige un paiement de 60 000 euros pour « débloquer » la somme. Il comprend avoir été trompé. Mais la mécanique frauduleuse ne s'arrête pas là.
Un second individu, se présentant comme avocat spécialisé dans le recouvrement de fonds, le contacte alors. L'homme présente une pièce d'identité et une attestation de licence d'avocat. « Il me dit : 'On va pirater le site et faire revenir une partie des fonds' », précise la victime. Des dizaines de milliers d'euros d'honoraires lui sont réclamés. Après des semaines sans résultat, il réalise qu'il a été escroqué une deuxième fois. Préjudice total : 145 000 euros. « Là je me suis dit, c'est une catastrophe », lâche-t-il. Un an après le début de la procédure judiciaire, il n'a toujours pas récupéré son argent.
Des fichiers de victimes revendus entre réseaux
Me Véronique Rondeau-Abouly, avocate spécialisée en droit du numérique, reçoit de plus en plus de victimes de ce type de double arnaque dans son cabinet. Elle décrit un ciblage méthodique : « Les victimes ne sont pas ciblées au hasard. Elles sont ciblées en général par des fichiers que les escrocs se sont redonnés, soit au sein du même groupe, soit rachetés. Ce sont des bandes organisées. »
Ces réseaux fonctionnent selon une division du travail précise. Des développeurs web conçoivent des plateformes d'investissement fictives et des publicités sur les réseaux sociaux. De faux conseillers financiers établissent ensuite la relation de confiance avant de dépouiller les victimes. Une fois l'argent perdu, d'autres complices prennent le relais, se faisant passer pour des avocats, des experts en cybersécurité, des policiers ou des hackers éthiques. Des blanchisseurs gèrent enfin les flux financiers pour faire disparaître les fonds.
Au niveau européen, Europol traque ces organisations. Le général Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint de l'agence, souligne leur sophistication croissante : « C'est extrêmement compliqué de remonter les enquêtes jusqu'aux donneurs d'ordres. Ce sont des réseaux extrêmement puissants, structurés, qui récupèrent beaucoup d'argent et qui peuvent s'organiser, souvent dans plusieurs pays. »
Un retraité piégé pendant des mois via SMS
Un second cas illustre la patience dont font preuve ces escrocs. Un retraité reçoit un SMS d'une inconnue qui prétend s'être trompée de numéro. La conversation s'engage malgré tout. « Pour une raison que j'ignore, j'accroche au message et du coup, une conversation s'engage. Régulière, très aimable, très cordiale. Des échanges sur la vie en France, la vie à Londres », témoigne-t-il anonymement.
Pendant des mois, les échanges se multiplient, presque quotidiennement, agrémentés de photos de la jeune femme. La confiance installée, elle l'incite à investir sur une plateforme qu'elle lui recommande. Il verse plus de 120 000 euros. La double arnaque se met alors en place : pour récupérer ses fonds, il lui faut à nouveau payer. Il comprend que tout était frauduleux depuis le début. « Je me sens coupable d'avoir été aussi facilement abusé. Alors qu'on passe le temps à se dire qu'il faut faire attention à telle arnaque… Et puis là, on se laisse embarquer par un courant », regrette-t-il. Les escrocs n'ont pas été retrouvés.
Comment se protéger
L'Autorité des marchés financiers (AMF) estime que les deux tiers des victimes d'arnaques financières sont recontactées après une première escroquerie.
Anne Delannoy, responsable de la surveillance des offres financières et des alertes à l'AMF, recommande de vérifier systématiquement si une plateforme d'investissement figure sur la liste noire publiée par l'autorité, qui recense régulièrement les sites identifiés comme frauduleux. En cas de contact d'une personne proposant de récupérer des fonds perdus, elle conseille de vérifier son identité directement auprès de l'organisme qu'elle prétend représenter : « Le mieux est vraiment de vérifier auprès du vrai organisme. Appelez l'Autorité des marchés financiers, appelez la banque, appelez le cabinet d'avocats. Vérifiez si cette personne travaille effectivement chez eux ou pas. »
Source: TF1 Info