Meurtre d'Aramburu à Paris : le témoin Hegarty décrit les derniers instants de l'ex-rugbyman

Shaun Hegarty a témoigné mardi devant la cour d'assises de Paris, affirmant que Loïk Le Priol a tiré sur Federico Aramburu « pour en terminer ».

Meurtre d'Aramburu à Paris : le témoin Hegarty décrit les derniers instants de l'ex-rugbyman

« Il a tiré pour en terminer » : le témoignage de Shaun Hegarty au procès Aramburu

Quatre ans après les faits, Shaun Hegarty a pris la parole mardi 15 septembre devant la cour d'assises de Paris. Ami et associé de Federico Martin Aramburu, l'ex-rugbyman argentin assassiné en 2022, il a livré, selon BFM TV, son « intime conviction » : Loïk Le Priol, principal accusé, a fait feu « pour en terminer ».

« Ça fait plus de quatre ans que j'attends d'être ici », a déclaré Hegarty en ouvrant sa déposition. Il avait espéré que les accusés reconnaissent qu'ils ont « fait n'importe quoi » et manifestent « un peu d'humanité ». « Je n'ai pas l'impression que ce sera le cas », a-t-il regretté.

Une dispute alcoolisée comme point de départ

Hegarty retrace le fil d'une nuit parisienne qui a mal tourné. Tout commence sur la terrasse d'une brasserie, où l'arrogance et l'agressivité de Loïk Le Priol envers d'autres clients font monter la tension. En quittant les lieux, Federico Martin Aramburu met le jeune homme au sol en lui tirant la capuche — un « geste malheureux », selon Hegarty, provoqué par l'exaspération de son ami face au comportement de l'accusé.

S'ensuit une bagarre « assez dure » mais « courte » — « dix, douze secondes ». Les deux rugbymen s'éloignent ensuite, convaincus que l'incident est clos : « pour nous c'est fini, on part se coucher ». Loïk Le Priol prend alors la même direction à pied.

La Jeep et la question de la préméditation

Après une halte dans un hôtel pour soigner leurs hématomes, une Jeep s'immobilise à leur hauteur. À son bord : Romain Bouvier, co-accusé, en passager, et la compagne de Le Priol au volant, poursuivie pour complicité de tentative d'assassinat. Hegarty se souvient d'une « voix plutôt masculine » lançant : « ils sont là ! »

Ce moment est au cœur du débat sur la préméditation. Les accusés affirment que le véhicule cherchait simplement à retrouver Le Priol pour rentrer. Hegarty les contredit sans ambiguïté : « ils nous cherchaient ».

Romain Bouvier descend du véhicule et échange quelques mots avec Aramburu, hors de portée d'oreille de son ami. Il tire ensuite à quatre reprises, atteignant deux fois la victime, avant de prendre la fuite.

La dissociation, puis la réalité

Hegarty décrit alors un état de « dissociation » : son cerveau n'était « pas prêt à voir ce qu'il se passe ». « J'ai entendu comme des petits pétards mouillés », raconte-t-il. « Pour moi, c'était une arme factice, je ne comprends pas que Federico est blessé. Je n'ai pas conscience qu'il s'est pris deux balles. »

Aramburu, malgré ses blessures, perçoit la dangerosité de Le Priol qui arrive en courant. Les deux hommes s'agrippent et tombent au sol. Hegarty tente d'intervenir, les mains encombrées d'un tissu rempli de glaçons. La défense a tenté de présenter ce chiffon comme une « arme par destination ». Hegarty balaie l'argument : « j'aurais lâché ce chiffon si j'avais voulu faire du mal à Monsieur Le Priol. Ce chiffon m'empêche de lui mettre des coups… Qu'on me dise que c'est une arme par destination... C'est totalement à côté. »

Six tirs, deux mortels dans le dos

Le Priol ouvre le feu et vide son chargeur. Six tirs au total, quatre qui atteignent Aramburu, deux mortels dans le dos. Hegarty voit son ami « tomber sur les poubelles et s'allonger sur la route ». Tétanisé, il se dit encore que l'autre doit « se lever pour qu'on rentre ».

Il n'y a eu aucun tir de sommation, contrairement à ce qu'avance la défense, insiste le témoin : « il lui a clairement tiré dessus, c'est mon intime conviction la plus totale. Il a tiré pour en terminer. »

Hegarty s'approche alors. Aramburu lui dit : « Shaun, appelle la police, je vais mourir. » Hegarty le prend dans ses bras, voit le sang dans la bouche, l'entend s'étouffer. Les secours arrivent rapidement. « Mais moi, je sais qu'il est parti. »

Les accusés nient toute intention homicide

Loïk Le Priol, 32 ans, ancien militaire, et Romain Bouvier, 35 ans, ex-étudiant, comparaissent tous deux pour assassinat ou tentative d'assassinat. Tous deux militants d'ultradroite aux lourds antécédents de violences, ils nient toute intention homicide et invoquent la légitime défense, alors qu'Aramburu était désarmé. Le Priol encourt la réclusion criminelle à perpétuité ; Bouvier, poursuivi pour tentative d'assassinat, est également passible de la réclusion à perpétuité. Le verdict est attendu pour le 25 septembre.

Face à la manière dont les accusés « essaient d'échapper à leurs responsabilités », Hegarty estime qu'ils demeurent « dangereux » et doivent rester « le plus longtemps possible en prison ».

Source: BFM TV

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