Procès Dati à Paris : l'absence de Carlos Ghosn paralyse les débats dès le premier jour
Le procès de Rachida Dati pour corruption passive s'est ouvert à Paris sans Carlos Ghosn, dont la convocation a été délivrée trop tard. Le tribunal a décidé de poursuivre malgré la polémique.

Carlos Ghosn absent, Rachida Dati seule à la barre pour le premier jour de son procès
L'audience avait à peine démarré lorsque la présidente de la 32e chambre correctionnelle de Paris a posé la question : « Y a-t-il un avocat pour Carlos Ghosn ? » Silence dans la salle. Le greffier a confirmé qu'aucun représentant ne s'était manifesté — ignorant que le conseil libanais de l'ex-PDG de Renault-Nissan suivait discrètement les débats depuis le fond de la salle. Selon 20minutes.fr, cette absence était attendue : Ghosn avait fait savoir dès la fin de l'été qu'il ne comparaîtrait pas, sa convocation lui ayant été remise avec une semaine de retard. Après plus de deux heures de débats sur un éventuel renvoi, le tribunal a décidé de maintenir le procès.
C'est donc seule, devant une salle comble, que Rachida Dati a comparu à la barre, vêtue d'un tailleur-pantalon noir, brushing impeccable. L'ancienne ministre et actuelle maire du 7e arrondissement de Paris est soupçonnée d'avoir perçu 900.000 euros entre 2009 et 2013 de RNBV, une filiale de Renault, en échange d'un lobbying illégal au sein du Parlement européen, où elle siégeait alors comme députée. Elle a toujours nié ces faits, affirmant avoir fourni des conseils juridiques en qualité d'avocate.
« Rachida Dati va devoir assumer seule ce qu'on reproche à M. Ghosn », a déploré son avocat, Me Olivier Pardo. Paradoxalement, la défense s'est opposée au renvoi de l'affaire. « Rachida Dati veut être jugée car elle veut sortir par la grande porte », a-t-il insisté. Tout au long de l'après-midi, la prévenue est restée assise, les bras et les jambes croisés, le visage fermé, sans réaction apparente.
Une convocation arrivée trop tard
L'erreur procédurale est au cœur des tensions de cette première journée. La présidente du tribunal, Claire Saas, a précisé que Carlos Ghosn aurait dû être cité au plus tard le 6 juillet 2026. Or, sa convocation ne lui a été remise que le 6 juillet — jour de la date butoir — ce qui la rendait de fait invalide. La missive était pourtant partie du parquet national financier (PNF) dès novembre 2025. Fin décembre, elle a été acheminée au consulat général de Beyrouth, qui a envoyé une lettre — non recommandée — à Carlos Ghosn. Pendant plusieurs mois, plus aucune suite n'a été donnée.
Début mai, constatant que Ghosn n'avait pas récupéré sa convocation, la justice française a relancé le consulat à quatre reprises. Ce n'est que le 2 juillet qu'une nouvelle lettre, recommandée cette fois, a été expédiée à l'intéressé. Il ne l'a reçue que le 6 juillet. Dès le lendemain, Ghosn a contacté les services consulaires, mais sa convocation n'était déjà plus valable. Le PNF, mis en cause par la défense, a rejeté toute responsabilité, invoquant ses multiples relances.
Une manœuvre dilatoire, selon les parties civiles
Pour les avocats des parties civiles, le scénario ne laisse aucun doute : il s'agit d'une stratégie délibérée de l'ancien magnat de l'automobile pour échapper aux débats. « La réalité, c'est que Carlos Ghosn n'a aucunement l'intention de se présenter devant la justice », a affirmé Me Kami Haeri, avocat de Renault, partie civile au procès. Ghosn « connaissait les dates de ce procès, il lui suffisait de s'assurer qu'il était intouchable jusqu'au 6 juillet », a-t-il ajouté.
Me Jérôme Karsenti, avocat de l'association AC Corruption, a été plus direct encore : « Il est évident que Carlos Ghosn n'avait absolument pas l'intention d'être jugé […] son seul objectif est de faire tourner la justice en bourrique. »
Personne ne s'attendait à ce que Ghosn, exilé au Liban et visé par un mandat d'arrêt depuis 2023, soit physiquement présent à Paris. Mais son absence a des conséquences juridiques concrètes. « Avec une citation régulière, nous aurions au moins eu ses écrits », a rappelé Me Pardo. Plus significatif encore, cette irrégularité lui ouvre la voie à une opposition au jugement à venir, ce qui lui permettrait d'être rejugé en première instance.
Le ministère public reste sceptique quant à l'utilité d'une nouvelle convocation. « Il y a une probabilité très forte de réitération de la situation si une nouvelle convocation est envoyée », a estimé le parquet. Le fond du dossier, lui, n'a pas encore été abordé.
Source: Google News LU FR