Procès Bouygues à Orléans : 5 ans de sursis et 750 000 € d'amende requis pour braconnage d'espèces protégées

La procureure d'Orléans a requis cinq ans de prison avec sursis et 750 000 € d'amende contre le milliardaire Olivier Bouygues, jugé pour destruction d'espèces protégées en Sologne.

Procès Bouygues à Orléans : 5 ans de sursis et 750 000 € d'amende requis pour braconnage d'espèces protégées

Réquisitions sévères contre Olivier Bouygues au tribunal correctionnel d'Orléans

Selon france3-regions.franceinfo.fr, la procureure de la République d'Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, a requis le mardi 8 octobre une peine de cinq ans d'emprisonnement avec sursis simple et 750 000 euros d'amende à l'encontre d'Olivier Bouygues, jugé pour destruction illicite d'espèces protégées. Le montant de l'amende correspond au maximum légal, retenu « au vu de la situation financière du prévenu ». Le milliardaire se verrait en outre interdit de toute pratique agricole ou d'élevage pendant cinq ans.

Le procès, qui s'est tenu les lundi 7 et mardi 8 octobre au tribunal correctionnel d'Orléans, concerne également cinq employés du domaine de Fontenaille, propriété loirétaine de 600 hectares appartenant à Olivier Bouygues, en Sologne. Ils sont tous poursuivis pour atteinte illicite en bande organisée à la conservation d'espèces protégées.

Des peines requises pour les cinq co-prévenus

Pour les cinq employés — actuels ou anciens garde-chasses et régisseurs du domaine —, la procureure a réclamé des peines allant d'un à quatre ans de prison avec sursis, assorties d'amendes diverses. Les charges retenues à leur encontre incluent l'élevage de sangliers sans autorisation, la chasse hors des périodes légales d'ouverture, le piégeage au moyen d'engins interdits ainsi que la détention d'armes sans autorisation.

« Un système de destruction et d'incitation »

Emmanuelle Bochenek-Puren a ouvert son réquisitoire en soulignant l'abondance de « preuves matérielles » réunies lors de la perquisition du domaine de Fontenaille, menée le 4 juin 2025. Les enquêteurs y ont notamment découvert un charnier « avec des carcasses ou restes d'espèces protégées », un livre de chasse « et des feuilles de prime mentionnant des espèces protégées », ainsi qu'un inventaire des animaux protégés tués sur une année entière.

La magistrate a décrit « un système de destruction, d'élimination et d'incitation », dont l'objectif était de « préserver les parties de chasse organisées régulièrement sur le domaine en prélevant les prédateurs du petit gibier ». Elle a relevé que cinq des six prévenus avaient reconnu, dès leurs gardes à vue à l'été 2025, avoir détruit des espèces protégées, et que le régisseur comme les garde-chasses avaient admis avoir été rémunérés pour abattre des nuisibles, parmi lesquels figuraient des espèces protégées : hérons cendrés, buses variables, grands cormorans, chats forestiers ou encore hérissons.

Bouygues seul à nier toute implication

Olivier Bouygues est le seul prévenu à contester toute participation ou connaissance des faits qui lui sont reprochés. Depuis un an, les co-prévenus sont revenus sur leurs déclarations initiales concernant son implication. L'un d'eux avait pourtant affirmé devant les enquêteurs qu'« Olivier Bouygues est complètement informé des pratiques », avant de se rétracter à l'audience.

La procureure a dit ne pas croire à la version du milliardaire, qui affirme « déléguer et faire confiance » à ses employés sans s'occuper des détails. « La confiance n'exclut pas le contrôle, déléguer n'est pas se dédouaner », a-t-elle lancé. Elle a aussi souligné que, malgré les changements de personnel au fil des années, « la seule permanence » à Fontenaille durant vingt ans de chasse d'espèces protégées « c'est Olivier Bouygues comme responsable sur le domaine ». Les employés se trouvent, selon elle, « dans un lien de subordination absolue vis-à-vis de leur employeur ».

Dix-sept associations parties civiles, un préjudice écologique chiffré à 756 787 euros

Avant les réquisitions du parquet, les avocats des parties civiles avaient eux aussi fermement mis en cause les prévenus, tout en saluant les aveux de certains garde-chasses et du régisseur. Au total, 17 associations — environnementales et de chasseurs — s'étaient constituées parties civiles avant l'ouverture du procès. Toutes déplorent « le préjudice environnemental et écologique considérable » que les six prévenus auraient causé.

La Ligue de protection des oiseaux (LPO) estime à environ 220 animaux protégés abattus chaque année entre 2019 et 2025 par les employés d'Olivier Bouygues sur le domaine. « C'est une estimation a minima, à partir des pièces du dossier et des déclarations des prévenus », a précisé Me Jérôme Graefe, avocat de la LPO.

L'association a mis au point un système d'évaluation du préjudice écologique engendré par la destruction d'un animal protégé, selon des critères de rareté, d'impact sur la population animale et des efforts consentis par la société pour défendre l'espèce concernée. Ce calcul aboutit à un préjudice total de 756 787,50 euros pour six années de destructions sur le domaine de Fontenaille. Sept associations de protection de l'environnement — dont One Voice et le centre Athenas — s'engagent à se partager équitablement ces fonds pour financer des opérations de « réparation » environnementale : acquisition d'un terrain proche de la Sologne destiné à servir de refuge aux espèces détruites à Fontenaille, ainsi que des programmes de protection, de réintroduction et de suivi scientifique.

« Un système industriel de destruction »

Pour Me Graefe, il ne s'agit pas d'abattages isolés mais « de destructions répétées et sur la durée ». L'avocate Laure Abramowitch a qualifié les faits de « système industriel de destruction d'espèces protégées » : « Il y a des objectifs de production : il faut du gibier de qualité et en quantité pour que chaque invité puisse repartir avec son trophée de chasse. Ce n'est pas gérer un domaine, c'est l'exploiter à des fins récréatives, et éliminer tout ce qui peut contrarier. On appelle ça du caprice. »

Me Coline Robert, conseil de trois associations, a également évoqué des « pratiques cruelles », rappelant que les investigations ont mis en évidence un héron tué à coups de bâton et l'utilisation de pièges interdits. Le verdict est attendu fin octobre.

Source: Google News LU FR

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