Procès Dati : tensions explosives avec les parties civiles, « fichez-moi la paix ! »

Le quatrième jour d'interrogatoire de Rachida Dati pour corruption a dégénéré en échanges acerbes avec les avocats de Renault et Transparency International.

Audience houleuse pour Rachida Dati face aux parties civiles

Le quatrième jour d'interrogatoire de Rachida Dati à la barre du tribunal de Paris s'est achevé jeudi dans une atmosphère électrique, rapporte france24.com. L'ex-ministre de la Culture, poursuivie pour corruption, est accusée d'avoir illégalement fait du lobbying au Parlement européen pour le compte de Renault-Nissan entre octobre 2009 et février 2013.

Ce jour d'audience, initialement prévu pour n'en durer qu'un seul, s'est finalement étalé sur quatre jours. Dati y a essuyé une matinée entière de questions offensives émanant des parties civiles — dont ses avocats contestent la présence au procès —, à savoir le constructeur automobile Renault et plusieurs associations de lutte contre la corruption.

« On prend un thé, on est entre Arabes »

Les avocats de Renault, Mes Philippe Goossens et Kami Haeri, ont ouvert les échanges. Quelques minutes suffisent pour que l'atmosphère tourne au vinaigre. Interrogée sur ses compétences juridiques internationales — qui lui ont valu une convention d'honoraires de 300 000 euros par an avec Renault-Nissan —, Dati réplique avec ironie : « C'est marrant, il n'y a que vous qui êtes compétent et le reste du monde ne sait rien. »

Elle enchaîne, de plus en plus agacée : « Vous voulez réduire mon travail d'avocate à de la conversation, on prend un thé, on est entre Arabes... Hier on m'a posé la question : est-ce qu'elle sait lire un contrat, est-ce qu'elle est vraiment avocate ? Je sais lire et écrire. »

La présidente Claire Saas tente d'apaiser les esprits, plaidant pour des échanges « sereins et courtois ». Elle se résout finalement à suspendre l'audience vingt minutes pour que « tout le monde retrouve son calme ».

Tweets sexistes et règlement de comptes

À la reprise, le calme espéré ne dure pas. Cuisinée par Me Haeri sur les détails des sanctions onusiennes contre l'Iran — sujet sur lequel elle soutient avoir travaillé pour Renault-Nissan —, Dati s'emporte contre son « ton doucereux » et y voit un « règlement de compte ».

Elle bascule alors sur le terrain personnel, reprochant à l'avocat d'avoir publié des « tweets sexistes » à son encontre entre 2010 et 2013. « Il a fallu que j'intervienne auprès de votre patron pour que ça cesse », déclare-t-elle, se disant prête à communiquer ces messages aux juges. « On a un dossier suffisamment volumineux, à ce stade on peut s'en passer », soupire la présidente Saas.

« Fichez-moi la paix ! »

Le Parquet national financier (PNF) reproche à Dati d'avoir noué un pacte de corruption et exercé une influence illégale au sein du Parlement européen, dont elle était élue, au profit de Renault-Nissan. L'élue parisienne de 60 ans soutient n'avoir effectué qu'un travail d'avocate, légalement compatible avec son mandat, pour l'ex-PDG Carlos Ghosn — aujourd'hui réfugié au Liban et jugé en son absence.

Lorsque l'avocate de Transparency International France, Me Clémence Witt, exhume de vieux articles de presse et soulève des interrogations sur le parcours professionnel et les diplômes de la prévenue, Dati franchit un nouveau seuil. Droite à la barre, la voix cinglante, elle lâche : « Madame, je n'ai pas eu votre vie. À 14 ans, j'ai commencé à travailler. Ensuite il y a eu beaucoup de moments extrêmement violents. Je n'ai pas de lecture sociologique de mon parcours, fichez-moi la paix ! »

Les questions suivantes se heurtent à un mur. « J'ai déjà répondu », répond-elle systématiquement, qualifiant certains propos de « totalement béotiens » ou de « jugements de valeur », sans un regard pour son interlocutrice.

Suite de la procédure

Le procès se poursuit avec les plaidoiries des parties civiles, avant le réquisitoire et les plaidoiries de la défense attendus lundi.

Source: Google News MA

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