Meurtre d'Aramburu : 20 et 27 ans de prison requis contre Le Priol et Bouvier
Le parquet a requis 27 et 20 ans d'emprisonnement contre les deux militants d'ultradroite jugés pour l'assassinat du rugbyman Federico Aramburu, tué à Paris en mars 2022. Le verdict est attendu vendredi.
Réquisitions au procès Aramburu : le « tandem maléfique » encourt jusqu'à 27 ans de prison
France 24 - France rapporte que l'avocat général Philippe Courroye a requis, mercredi 23 septembre, 27 ans d'emprisonnement pour assassinat contre Loïk Le Priol (32 ans) et 20 ans pour tentative d'assassinat contre Romain Bouvier (35 ans), devant la cour d'assises de Paris. Les deux hommes sont jugés pour la mort de Federico Martin Aramburu, ancien rugbyman argentin abattu le 19 mars 2022 dans les rues de la capitale.
Au terme de 3 h 40 de réquisitoire, Courroye a décrit une « chasse à l'homme » orchestrée par ce qu'il a qualifié de « tandem maléfique ». Les faits ont débuté par une rixe alcoolisée en fin de soirée sur la terrasse de la brasserie Le Mabillon, impliquant Aramburu et son ami Shaun Hegarty, ancien coéquipier et associé au sein d'une agence événementielle. Le 19 mars 2022, Le Priol a tiré six fois sur la victime, désarmée.
Les deux accusés ont maintenu tout au long des 13 journées d'audience n'avoir pas « tiré pour tuer ». Des dénégations qui n'ont pas convaincu l'accusation. Le verdict sera rendu vendredi.
L'acquittement partiel requis pour la compagne
L'avocat général a demandé que Lyson Rochemir (29 ans), compagne de Loïk Le Priol au moment des faits, soit acquittée de la complicité de tentative d'assassinat. Elle reste néanmoins poursuivie pour soustraction et destruction de preuves et encourt trois ans de prison, tout comme Antony Sorrentino, qui a notamment aidé Romain Bouvier à prendre la fuite.
Une amitié interdite, un passé violent
Au cœur des débats de la salle Voltaire du palais de justice : la relation entre les deux accusés. Depuis 2017, Le Priol et Bouvier n'avaient légalement plus le droit de se fréquenter, en raison de démêlés judiciaires communs. Le soir des faits, tous deux étaient soumis à un contrôle judiciaire pour leur participation au passage à tabac, en octobre 2015, d'un dirigeant du Groupe Union Défense (GUD), organisation étudiante radicale dissoute en juin 2024. C'est au sein de ce mouvement qu'ils s'étaient rencontrés au début des années 2010.
Cette agression contre Édouard Klein leur avait valu, en juin 2022, des peines de prison ferme : trois ans pour Bouvier, deux ans pour Le Priol — ce dernier bénéficiant d'une altération de responsabilité liée à un trouble de stress post-traumatique (TSPT) consécutif à ses années militaires.
Leur casier comportait d'autres épisodes de violence : quelques semaines avant l'agression contre Klein, un accident de la route causé par Le Priol en état d'ivresse avait laissé une jeune femme dans le coma. En février 2015, les deux hommes avaient déjà violemment agressé des fêtards montés dans le véhicule de Le Priol à la sortie d'une boîte de nuit.
Trajectoires brisées
Membre décoré des forces spéciales, Loïk Le Priol avait été radié des cadres de l'armée en 2017, après une hospitalisation pour troubles psychologiques et une mise en cause dans une agression contre une ressortissante éthiopienne à Djibouti. Romain Bouvier, lui, était étudiant à l'université Panthéon-Assas et se destinait à une carrière d'avocat.
Lors du procès, Bouvier a évoqué « un grand lien amical quasi fraternel » avec Le Priol. Son ancien compère, lui, a qualifié cette amitié de « toxique » devant la même cour. Dans le box, les deux accusés se sont ignorés, têtes baissées, prenant parfois des notes.
Engagement d'ultradroite et éléments à charge
Des experts psychiatres ont relevé, la semaine dernière, les « traits psychopathiques manifestes » de Loïk Le Priol, sa propension à se poser en victime et à esquiver ses responsabilités. Pendant l'audience, il a minimisé son engagement dans les milieux d'ultradroite et nié tout racisme — y compris face aux images extraites de son téléphone, parmi lesquelles des photos du « George Floyd Challenge », défi prisé dans les cercles suprémacistes blancs, ou un photomontage représentant Marine Le Pen tenant une pancarte à contenu raciste. Le Priol a soutenu qu'il appartenait à de nombreux groupes en ligne sans en cautionner les contenus.
Collectionneur d'armes, Romain Bouvier a également évolué dans la mouvance d'ultradroite parisienne. Il a été interrogé sur la présence dans son appartement d'un exemplaire de Mein Kampf datant de 1933, d'ouvrages qualifiés de « sulfureux » par le président de la cour, ainsi que d'une figurine représentant Hitler. Bouvier a répondu que les livres politiques ne constituaient « même pas 5 % » de sa bibliothèque, précisant détenir aussi des volumes liés à l'extrême gauche.
Regrets et attente du verdict
Loïk Le Priol a été le premier à exprimer des regrets aux proches de Federico Aramburu, père de trois enfants. Dès l'ouverture du procès, le 7 septembre, il avait déclaré : « Je ne cesserai jamais de demander pardon », après avoir reconnu sa responsabilité dans la mort de la victime. De nombreux soutiens de la famille de l'ancien rugbyman ont pris place sur les bancs de la salle d'audience tout au long des débats.
La cour d'assises de Paris rendra son verdict vendredi.
Source: France 24 - France