Trafic de civelles en bande organisée : huit hommes jugés aux Sables-d'Olonne
Huit hommes comparaissent devant le tribunal correctionnel des Sables-d'Olonne pour un trafic international de civelles estimé à plus de deux millions d'euros.

Civelles braconnées vers l'Espagne et la Roumanie : le procès d'un réseau structuré
Huit hommes âgés de 34 à 64 ans ont comparu jeudi 22 et vendredi 23 juin devant le tribunal correctionnel des Sables-d'Olonne pour un trafic en bande organisée de civelles, selon actu.fr. Les faits concernent la période 2017-2018 et portent sur quatre à cinq tonnes d'alevins collectés entre le nord de la Charente-Maritime, la côte vendéenne et le sud de la Loire-Atlantique, avant d'être exportés clandestinement vers l'Espagne et la Roumanie.
Les enquêteurs évaluent le chiffre d'affaires illicite à plus de deux millions d'euros. C'est une écoute téléphonique qui a permis de mettre au jour l'affaire — une phrase interceptée résumant cyniquement l'activité : « Les civelles, ça peut rapporter beaucoup de sous, mais aussi beaucoup d'emmerdements. »
Un poisson protégé surnommé « l'or blanc »
Le président d'audience Nicolas Pautrat a rappelé la valeur et la fragilité de l'espèce. La civelle, alevin de l'anguille européenne, naît dans la mer des Sargasses et remonte vers les côtes européennes. En voie d'extinction, elle fait l'objet de quotas stricts encadrant aussi bien les périodes de pêche que les volumes autorisés. Son prix oscille entre 300 et 500 euros le kilo selon la saison.
Les prévenus se seraient livrés à des pêches hors période, à des dépassements de quotas et à l'utilisation d'engins illégaux. Le procureur de la République Julien Duchoze a rappelé les risques encourus : « Vous risquez jusqu'à sept ans de prison et 750 000 euros d'amende. »
Une organisation pyramidale calquée sur les trafics de stupéfiants
Le procureur a souligné la structuration du réseau, comparable à celle observée dans les trafics de drogues : « tout est parfaitement réglé avec sa structure pyramidale, des petites mains, aux lieutenants jusqu'au boss. »
À la base, des transporteurs ont effectué une quarantaine de convois, rémunérés 250 euros pour un trajet vers l'Espagne et 1 700 euros vers la Roumanie — pour le compte d'un ressortissant bulgare. Chaque véhicule chargé d'alevins était précédé d'une voiture éclaireur, identique aux pratiques relevées dans les filières de stupéfiants. Les chauffeurs rapportaient des enveloppes de billets confiées ensuite à une « nourrice », chargée de conserver les liquidités avant remise au « patron ».
Au maillon intermédiaire figure un marin-pêcheur professionnel, surnommé le « Gaulois », actuellement en détention provisoire dans le cadre d'une affaire similaire plus récente. Il débarquait la marchandise, issue à la fois de sa propre pêche et de celle de braconniers opérant sur plusieurs zones côtières. Ces derniers n'ont pas été identifiés.
Les têtes de réseau
Deux responsables d'entreprises de mareyage apparaissent au sommet de la hiérarchie. Le principal organisateur, surnommé « Biscotte », est âgé de 55 ans et affiche neuf condamnations à son casier judiciaire, dont quatre pour infractions à la législation sur la pêche. Il avait été interpellé le 8 avril 2018, alors qu'il s'apprêtait à quitter le territoire, et placé en détention provisoire.
Neuf parties civiles, un préjudice estimé à 15 millions d'alevins
Neuf parties civiles se sont succédé à la barre, parmi lesquelles plusieurs associations de protection de la nature et les comités nationaux, régionaux et locaux des pêches. Leurs avocats ont chacun mis en avant « un lourd préjudice économique, mais aussi écologique ». L'affaire représente, selon eux, quelque 2,2 tonnes de civelles, soit près de 15 millions d'alevins prélevés illégalement. Ils ont également dénoncé « la sous-estimation de la réalité ».
Les réquisitions du parquet
Le procureur Duchoze a affirmé que « cette affaire doit servir d'exemple » et a précisé sa ligne : « Les trafiquants doivent comprendre que, quand on se fait prendre on perd tout. L'argent recueilli illégalement a été blanchi, tout doit être saisi. »
Pour les « petites mains » et la « nourrice » : entre 10 000 et 15 000 euros d'amende et une interdiction d'exercer toute activité de pêche pendant trois ans. Pour le « Gaulois » : six mois d'emprisonnement, 30 000 euros d'amende et cinq ans d'interdiction de pêche. Pour le premier chef d'entreprise : dix-huit mois de prison dont douze avec sursis probatoire sur cinq ans, 100 000 euros d'amende et cinq ans d'interdiction de pêche.
Pour « Biscotte » : trois ans d'emprisonnement dont quinze mois avec sursis probatoire, 100 000 euros d'amende et remboursement des sommes dues. Pour l'ensemble des prévenus, le parquet a requis la confiscation des comptes bancaires, des véhicules et de tout bien acquis avec les fonds blanchis.
La défense plaide contre des peines « mortifères »
Les avocats de la défense ont convergé sur un même argument, dénonçant « des peines particulièrement lourdes qui signifient la mort sociale » de leurs clients. Me Esthère Gallardo a défendu plus particulièrement la « nourrice », qu'elle présente comme « le bon pigeon dans cette affaire » : selon elle, « Biscotte » lui aurait fait miroiter un contrat de travail qui ne s'est jamais matérialisé.
Le délibéré a été fixé au 21 septembre.
Source: Google News FR — Crime (fr)