Attaque de gangs à Kenscoff : au moins 40 morts dans un camp de déplacés
Des membres de la coalition Viv Ansanm ont attaqué un camp de déplacés dans une église à Kenscoff, faisant au moins 40 morts, des dizaines de blessés et plusieurs disparus.

Massacre à Kenscoff : des gangs armés frappent un camp de déplacés dans une église
Des membres de gangs armés ont attaqué dans la nuit de dimanche à lundi un camp de personnes déplacées hébergé dans une église à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince. Selon aa.com.tr, le bilan provisoire s'établit à au moins une quarantaine de morts, des dizaines de blessés et plusieurs disparus.
« Nous avons dénombré une quarantaine de cadavres. Les recherches se poursuivent. Certaines personnes sont toujours portées disparues », a déclaré le maire de la commune, Massillon Jean, aux médias locaux, qualifiant l'événement de « nuit de terreur ».
Le maire a précisé que les assaillants « ont fait une incursion dans un camp de déplacés situé dans une église », exécutant plusieurs personnes et procédant à des enlèvements. L'attaque, menée entre dimanche soir et le début de la matinée de lundi, a également ciblé des habitations du quartier, dont plusieurs ont été incendiées.
Parmi les maisons détruites figure celle du médecin et chercheur haïtien Jean William « Bill » Pape, spécialiste reconnu de la lutte contre le VIH et la tuberculose, absent du pays au moment des faits.
Bilans divergents, accès difficile
Le bilan exact demeure provisoire en raison des difficultés d'accès et de communication sur place. L'Organisation des Nations unies fait état d'au moins 47 morts et 22 blessés, tandis que l'organisation haïtienne de défense des droits humains RNDDH estime le nombre de victimes entre 30 et 40 morts et 15 à 20 blessés.
Le maire Massillon Jean a attribué l'attaque à la coalition de gangs Viv Ansanm, désignée comme organisation terroriste étrangère par les États-Unis.
Des habitants ont manifesté leur colère lundi, dénonçant l'insuffisance de la protection policière, alors que le commissariat local se situe à quelques minutes seulement du lieu de l'attaque.
Réponse du gouvernement
Dans un communiqué, le bureau du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a exprimé sa « profonde compassion » aux familles des victimes et annoncé l'envoi de renforts pour « rétablir la sécurité » dans la zone. « Kenscoff ne sera pas abandonnée », a-t-il affirmé.
Kenscoff, commune stratégique perchée à environ 1 500 mètres d'altitude dans les collines au sud-est de la capitale, est régulièrement la cible d'incursions armées depuis le début de l'année 2025. Les attaques y ont déjà causé plusieurs centaines de morts et contraint des milliers d'habitants à fuir.
Une crise qui s'aggrave
Cette nouvelle tuerie s'inscrit dans une spirale de violence qui dévaste Haïti depuis plusieurs années. Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays est plongé dans une instabilité profonde. Les gangs armés, souvent regroupés en coalitions, contrôlent aujourd'hui une large partie de Port-au-Prince et étendent progressivement leur emprise aux zones périphériques et aux routes stratégiques.
Ces groupes sont responsables de meurtres, d'enlèvements contre rançon, de viols, de recrutement d'enfants et d'incendies de maisons.
Selon les Nations unies, plus de 3 100 personnes ont été tuées et près de 1 200 blessées entre janvier et juin 2026. Le nombre de personnes déplacées internes a atteint un record d'environ 1,5 million, soit près de 13 % de la population. Plus de la moitié des Haïtiens souffrent d'insécurité alimentaire.
Sur le plan politique, le pays est dirigé par un gouvernement de transition. Les élections générales, longtemps reportées, sont annoncées pour décembre 2026, mais leur tenue reste incertaine en raison de l'insécurité persistante. Une mission internationale de soutien à la police haïtienne, mandatée par les Nations unies, est déployée mais n'a pas encore atteint sa pleine capacité opérationnelle.
Malgré des sanctions ciblées et le classement de certains gangs comme organisations terroristes par Washington, la violence continue de s'étendre et la population civile en paie le plus lourd tribut.
Source: Google News HT — Crime