Fraude à l'aide sociale de 181 000 $ : un demandeur d'asile sénégalais maintenu en détention à Montréal
Omar Ndiaye, 45 ans, est accusé d'avoir fraudé le ministère québécois de l'Emploi pour 181 000 $ via 55 demandes fictives. Une juge de la Cour du Québec refuse sa libération, jugeant son risque de fuite trop élevé.

Demandeur d'asile accusé d'avoir fraudé 181 000 $ à l'aide sociale québécoise
Selon Google News CA — Québec (FR), une juge de la Cour du Québec a refusé à la fin juillet de libérer Omar Ndiaye, un ressortissant sénégalais de 45 ans accusé d'avoir soutirés 181 000 $ au ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale entre 2024 et 2026.
« La preuve tend à démontrer que M. Ndiaye était en possession de plusieurs faux passeports dont certains arborent sa photographie. La preuve permet de voir que M. Ndiaye n'est pas transparent ni avec les autorités canadiennes ni avec le Tribunal », a conclu la juge Sonia Mastro Matteo, au palais de justice de Montréal.
55 demandes fictives, 37 accordées
La Couronne allègue que Ndiaye a multiplié les demandes frauduleuses d'aide de dernier recours en usurpant l'identité de vraies personnes et en fabriquant de faux profils. Sur 55 demandes soumises, 37 lui auraient été accordées. Une photo de l'accusé — ou d'une personne qui lui ressemblerait — figurait sur plusieurs de ces dossiers fictifs.
La défense conteste cette version : selon elle, une tierce personne aurait effectué les 55 demandes en usurpant l'identité de Ndiaye.
Arrêté début juillet, l'accusé espérait obtenir une libération sous conditions en proposant un cautionnement de 4 000 $, qualifié de « colossal » par sa défense. La juge a écarté cette offre, estimant que le risque de fuite demeurait trop élevé.
Passeports multiples et parcours migratoire opaque
À son arrestation, Omar Ndiaye détenait un passeport congolais au nom d'une autre personne, sur lequel sa propre photo avait été « collée » ou « superposée », selon la preuve. Un second passeport, au nom d'un autre homme, portait également la photo de l'accusé.
La juge a par ailleurs relevé que Ndiaye s'était montré « opaque » sur son parcours migratoire. Il avait d'abord affirmé avoir travaillé au Sénégal de 2010 à 2023, dissimulant qu'il était résident permanent en Espagne durant cette même période. Entre juillet 2024 et juillet 2025, il faisait l'objet d'une interdiction de territoire au Canada ; des images le montrent pourtant en train de retirer des fonds à des guichets automatiques en sol canadien. Ndiaye maintient « avec conviction » avoir respecté cette interdiction.
La juge a en outre conclu que l'accusé « ne réside pas habituellement au Canada », sa famille — une femme et cinq enfants — vivant au Sénégal, et qu'il n'a aucun ami au pays. Cette conclusion a eu pour effet de renverser le fardeau de preuve : c'était donc à Ndiaye de démontrer que sa détention n'était pas nécessaire, et non à la Couronne.
Un stratagème similaire en Espagne, selon El Mundo
Le modus operandi allégué au Québec rappelle étroitement celui qu'aurait employé Ndiaye en Espagne, d'après une enquête du quotidien madrilène El Mundo. La police basque l'aurait arrêté en 2022 alors qu'il détenait 23 passeports. Selon les autorités espagnoles, il aurait créé 62 fausses identités pour frauder l'aide sociale du gouvernement basque, encaissant 1,09 million d'euros — soit environ 1,76 million de dollars canadiens — sur une période de 14 ans.
Un reportage d'El Mundo montre une vingtaine de passeports étalés sur une table, aux côtés d'une pancarte de la police nationale espagnole, dont un passeport sénégalais au nom d'un autre individu mais arborant la photo de Ndiaye.
Statut de réfugié en suspens
Omar Ndiaye détient le statut de demandeur d'asile au Canada. Son dossier est à l'étape de l'évaluation de risque avant renvoi : il affirme être persécuté au Sénégal en raison de son homosexualité alléguée. Le Canada a déjà refusé ses trois demandes de visa ou d'asile entre 2023 et 2025, mais son avocat demeure optimiste quant à l'obtention du statut de réfugié.
Ndiaye est accusé de fraude, de fabrication de faux documents et d'utilisation de documents contrefaits. S'il est reconnu coupable, il encourt une peine de trois à cinq ans de pénitencier. Il est présumé innocent à ce stade.
L'affaire reviendra en cour dans les prochaines semaines. Mᵉ Julien Beaulieu représente le ministère public ; Mᵉ Gabriel Bérubé-Bouchard assure la défense de l'accusé.
Source: Google News CA — Québec (FR)