Fusillade d'Aarau : des dizaines de milliers d'armes interdites achetées légalement grâce à des dérogations
Après la tuerie d'Aarau, une enquête révèle que des dizaines de milliers de fusils semi-automatiques interdits ont été acquis légalement en Suisse via des autorisations exceptionnelles cantonales.

Après Aarau, la loi suisse sur les armes mise en question
Dans la nuit du 29 au 30 août, l'auteur de la fusillade d'Aarau a ouvert le feu sur les participants d'une rave avec un AKS-74, une variante de la Kalachnikov, tirant plus de 40 coups. Le bilan est d'un mort et six blessés. L'arme utilisée appartient pourtant à une catégorie officiellement interdite en Suisse depuis l'entrée en vigueur de la révision de la loi sur les armes en 2019 — une révision qui vise précisément les fusils semi-automatiques équipés de chargeurs de grande capacité.
Le Temps rapporte les conclusions d'une enquête publiée par la NZZ am Sonntag, qui s'est penchée sur la portée réelle de cette interdiction. Le résultat est sans équivoque : l'acquisition de ces armes reste accessible à large échelle, à condition d'obtenir une « autorisation exceptionnelle » délivrée par les cantons.
Or ces dérogations sont accordées en nombre considérable. Depuis 2019, plusieurs dizaines de milliers d'armes relevant de cette catégorie interdite auraient ainsi été achetées légalement sur le territoire suisse. Les cantons, compétents pour traiter ces demandes, n'ont manifestement pas restreint les autorisations de manière significative depuis l'entrée en vigueur de la loi révisée.
La tuerie d'Aarau relance ainsi un débat récurrent sur les limites effectives de la législation suisse en matière d'armes à feu. L'interdiction formelle de certains types de fusils ne suffit pas à en empêcher la circulation, dès lors que le mécanisme d'exception reste largement ouvert. L'enquête de la NZZ am Sonntag pointe une contradiction au cœur du dispositif légal : une norme d'interdiction dont la portée pratique est largement neutralisée par le volume des dérogations accordées.
Source: Le Temps